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Deux grands courants s’affrontent. Pour les uns - les afro-pessimistes - la première moitié du siècle des indépendances est irrémédiablement ratée sous toutes ses formes tant politiques, économiques que sociales. L’Afrique est condamnée à jamais à rester dans le sous-développement. L’autre partie - les afro-optimistes - par contre, ne l’entend pas de cette oreille. Il y a eu certes l’exubérance des indépendances dans les années 60, suivie d’une série de ratés. La raison est-elle suffisante pour que le redécollage n’ait pas lieu après que l’on se soit assagi de l’expérience des cinquante ans passés? Les déperditions, les tâtonnements, tout cela n’était que le passage obligé pour un redémarrage efficient. Les ressources humaines et naturelles sont toujours là. Elles ne demandent qu’à être utilisées à bon escient. On a le droit d’espérer que cela ne manquera pas de se réaliser dans les cinquante années à venir.
Après un demi-siècle de mésures de développement dans un continent mal en point, la conjoncture économique de l’Afrique a enlevé à la majorité de ses habitants leur pain de la bouche en plongeant tous les paraamètres de l’économie dans une crise profonde. Cependant, tout n’est pas que zones d’ombre, des éclaircies sont là aussi. Autrement dit, en dépit des dérives, il y a également une capacité à se ressaisir. Ainsi, là où il y a le moins, on peut mettre le plus. «L’Afrique noire est mal partie», écrivait René Dumont dans les années 60 dans un best-seller que toute l’élite africaine avait lu en son temps. La note a semblé pessimiste, mais l’auteur plantait là des balises qui, une fois respectées, placeraient le développement du continent noir sur les rails. Pour sa part, près d’un demi-siècle plus tard et face à l’effondrement des économies africaines, Jean-Pierre Foirry dans «L’Afrique: continent d’avenir?», se dit comprendre la position de l’afro-pessimisme qui habite les gens et explique pourquoi il est encore possible d’envisager un avenir radieux pour l’Afrique. Suite à une décolonisation majoritairement pacifique, écrit-il, la première décennie d’indépendance a été synonyme d’espérance et – effectivement - les indicateurs sociaux ont en général gardé le rythme, et parfois ont pu être améliorés ci et là.
La politique et l’économie Mais à partir des années 1970, les stratégies de développement adoptées ont montré leurs limites: les cultures d’exportation sont concurrencées, le déficit alimentaire s’est accru, la situation sociale s’est aggravée. Au plan politique, à la fin des années 70, les régimes en place ont pris un tour dictatorial très affirmé et les économies sont tombées dans un état catastrophique. Les vingt années suivantes sont celles des fameux PAS (plans d’ajustement structurels) qui se sont avérés suicidaires pour les Africains et un cuisant échec pour l’Afrique. Faut-il en rire ou pleurer? Un demi-siècle d’indépendance, c’est ce que la plupart des pays africains viennent de parcourir. De tout côté, l’on médite. Des progrès remarquables réalisés dans bien de domaines ont alterné avec des gâchis des plus impénitents. « Faites-moi de la bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances» a dit en son temps le ministre français Guizot (1784-1870), sous le règne du roi Louis-Philippe. Autrement dit, la politique et l’économie vont toujours de pair. Au cours des premières décennies des indépendances africaines, qui auguraient un monde d’espérance, les dirigeants de ce continent ont tablé sur des grands paramètres de l’économie classique hérités du colonialisme (mise en place des infrastructures économiques et sociales, expansion de l’investissement, mobilisation de l’épargne, aide étrangère…). Raison avancée: les économies nationales, encore trop fragiles, manquaient encore des ressources humaines et de savoir-faire. Pour marquer la différence, certains pays sont sortis des sentiers battus, pour se lancer dans ce qu’ils ont appelé «la décolonisation de l’économie» et se sont ainsi tournés vers le socialisme, dans un conglomérat de variantes du cru et qui ont notamment eu pour noms: socialisme africain (Ghana), socialisme démocratique et coopératif (Mali), socialisme néo-destourien et/ou réaliste et de bon sens (Tunisie), ujamaa kijiji (village communautaire, Tanzanie), socialisme scientifique (Congo), socialisme de développement (Algérie), …
Ensemble Ces différentes désignations ont-elles réussi à tonifier les économies nationales, dans la perspective d’assurer la transformation des produits primaires et de créer une politique de substitution à leurs transactions économiques? Assurément pas grand-chose puisque les schémas de la colonisation avaient toujours la peau dure et ne cessaient d’orienter les politiques économiques vers une dépendance à l’extérieur. Pareillement dans le secteur de l’activité industrielle, avec des objectifs aussi alléchants tels que la satisfaction des besoins essentiels pour les populations, la mise en valeur des ressources locales, la création d’emplois ainsi que la mise en place d’un cadre de promotion de la technologie, la formation d’une base de développement dans tous les secteurs économiques, la réussite n’a pas été aussi totale qu’on l’eût espéré, car les capitaux, la technologie et même les initiatives restaient dominés par la main des étrangers et poussaient en sourdine au relâchement de l’agriculture. Et vite, les Africains se sont rendus à l’évidence, déjà à travers la Commission Economique pour l’Afrique, CEA, créée par l’ONU dès 1958, ensuite et surtout par l’Organisation de l’Unité Africaine, OUA, bâtie cinq ans plus tard par les Africains eux-mêmes. Ils se sont alors lancés dans le développement économique du continent, y compris dans ses dimensions sociales, prenant pour fondement de suivre et de renforcer les relations économiques des territoires indépendants entre eux ainsi qu’avec le reste du monde. Ainsi ont vu le jour plusieurs organisations politico-économiques sur base des groupements sous-régionaux: le Comité économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO; l’Union Douanière et Economique de l’Afrique Centrale, UDEAC; la Communauté des Etats des Grands Lacs, CEPGL (Rd Congo, Rwanda, Burundi); la Communauté de l’Afrique de l’Est, EAC (Kenya, Ouganda, Tanzanie).
Les malentendus La volonté de bien faire était certes là, mais l’interpénétration des pays s’était butée surtout à une insuffisante compréhension de la coopération économique entre les parties en présence, notamment dans le partage des coûts et des avantages de la coopération économique, ainsi que dans le fait que de nombreux partenaires de ces accords se sont montrés exagérément sourcilleux en matière de la souveraineté nationale et ont fini par refuser net la moindre parcelle de leur autorité dans des secteurs cruciaux inter-Etats en matière de politique économique (source: Bibliographie générale. Histoire générale de l’Afrique par l’Unesco). Les conséquences de tous ces malentendus ne se sont pas fait attendre, ils sont là, bien présents aux yeux de ceux qui vivent aujourd’hui le cinquantenaire des indépendances africaines: la détérioration généralisée de la qualité de vie, le déséquilibre social, l’insuffisance des moyens pour l’éducation des jeunes, la carence des services sanitaires et sociaux de base, le lourd et insupportable fardeau de la Dette et de son service, l’horreur des guerres fratricides alimentée par un trafic d’armes sans scrupules, une gestion crapuleuse des affaires nationales avec, en prime, une corruption à grande échelle et à ciel ouvert, la compromission dans la divagation des ressources naturelles, un système judiciaire inefficace… Décidément, l’Afrique n’est pas au plus beau de sa forme! Et l’on a même honte de présenter un tableau aussi horrible.
Parti de presque rien Au sortir de la colonisation, au Congo belge, il n’y avait même pas dix Congolais qui avaient suivi des études supérieures. Trente ans plus tard déjà, ils se comptaient par centaines de milliers. De même dans les écoles secondaires, on dénombrait pour tout le pays 472 diplômés en 1960, nombre qui sera porté à plus de 472.500 cinquante ans après. Décidément, le progrès est énorme! Depuis 1990, des pays comme le Cap Vert, le Malawi, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe ont atteint des taux de scolarisation dans le primaire de 80% ou plus. Du côté de l’Unicef, des organisations non gouvernementales, des communautés locales ainsi que des hautes instances de certains autres pays, on s’active pour une politique qui garantirait l’abolition totale des frais scolaires dans toutes les écoles primaires, comme l’exigent les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Ce n’est pas tout puisqu’à la Conférence mondiale sur l’Education pour tous, tenue à Jomtien, en Thaïlande, du 5 au 9 mars 1990, déjà 23 pays africains avaient affirmé leur engagement à atteindre l’objectif de l’enseignement primaire universel à l’horizon 2015. Aujourd’hui encore, les efforts se poursuivent. Jusqu’ici, l’écart entre garçons et filles est plus avantageux aux premiers, le fossé entre enfants riches et pauvres continue de s’élargir. La réflexion fait craindre que les enfants nantis, capables de suivre de bonnes études hors continent, finissent plus tard, dans quelques dizaines d’années, par occuper tous les postes de commande en terre africaine, surtout que les conditions matérielles des écoles du continent ne cessent de flétrir. La déclaration du ministre sud-africain de l’éducation, Kader Asmal, tranquillise tant soit peu: «Nous devons trouver des solutions africaines aux problèmes éducatifs africains», mais elle ne rassure pas totalement, tant les budgets éducatifs africains sont encore loin de la performance. S’il est vrai qu’entre le dire et le faire, il y a de la marge, cela n’empêche nullement que des progrès se fassent sentir de quelque façon: si 42 millions d’enfants en âge de scolarisation en primaire sont encore privés d’école en Afrique subsaharienne, il y a tout de même 17 millions de scolarisés de plus par rapport à 1990.
La Dette en question Un véritable conte de fées, mais vu sous l’angle de la macro-économie. Au commencement étaient des prêts des bailleurs des pays développés aux pays moins avancés. Début 70, avec la flambée des prix du pétrole, des taux d’intérêts de plus en plus élevés, la faiblesse du prix des produits de base ainsi que la récession dans les pays industrialisés, l’Afrique a connu un énorme dégât financier. Décidément, près de 40 ans durant, la Dette, avec sa kyrielle de programmes d’ajustement structurel, fracassent littéralement l’Afrique et la vie de ses habitants, atteste à juste titre le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, CADTM. Ainsi, la dette extérieure publique de l’Afrique subsaharienne, c.à.d. contractée par les pouvoirs publics ou garantie par eux, continue sa progression effrénée. Le CADTM donne les chiffres: entre 1980 et 2004, la Dette a été multipliée par trois, atteignant le chiffre colossal de 204 milliards de dollars, et le service, pour sa part, exige en plus 13,4 milliards de dollars au profit des emprunteurs. Comme si cela ne suffisait pas, les institutions internationales n’ont cessé de prôner des réformes économiques des investissements privés, valant d’un côté, perte de souveraineté des Etats d’Afrique dans des domaines stratégiques, et de l’autre, profits qui, en général, rentrent aux pays donateurs à la vitesse de l’éclair. En gros, la Dette extérieure n’a jamais atteint les buts de l’élimination de la pauvreté que les ‘donateurs’ ont semblé lui donner. Au contraire, elle a superbement enrichi les riches et honteusement appauvri les pauvres. Mais l’Afrique est-elle vouée à végéter éternellement? Pas forcément! Jean-Pierre Foirry, ci-dessus cité, estime que si l’Afrique et les bailleurs de fonds internationaux se mobilisent réellement autour des Objectifs du Millénaire pour le Développement, OMD, et d’un développement humain durable, il n’est pas impossible que ce continent ne décolle pas comme certains signes le démontrent déjà. Bien plus, il serait question de remplacer toutes ces mesures strictement économiques par une voie qui envisagerait toutes les dimensions de la pauvreté. Il est certes vrai que les interventions extérieures des institutions financières internationales ont souvent été meurtrières pour l’Afrique. Heureusement que le fait de crier haut et fort à cette injustice criante de la Dette a eu raison de quelques-uns parmi les ‘donateurs’. Ainsi le langage des temps actuels, plus modéré, se verse dans ‘la réduction’ de la dette, bien qu’encore sous certaines conditionnalités, cela s’entend. Ou encore l’on parle des PPTE, Pays Pauvres Très Endettés, avec des tournures faites pour réduire tant soit peu ce fardeau qui pèse si lourdement sur l’Afrique. Mais le mieux serait que, pour éviter la Dette et ses conditionnalités, les pays africains prennent la résolution de moins en moins s’endetter – le temps des ‘éléphants blancs’ n’est-il pas révolu? – et, entretemps, de gérer au mieux les ressources financières tirées de l’exploitation des richesses naturelles de son sol et de son sous-sol. Mais il y a aussi…
…La corruption Oui, il y a la corruption dans nos pays africains. Une corruption à grande échelle! Une organisation non gouvernementale, Transparency International, se complaît, chaque année, de dresser une liste situant le degré de perception de corruption dans le monde. Paradoxalement, d’année en année, les Africains n’ont jamais droit aux premiers rangs des «purs», on ne les trouve qu’en queue des listes. Autrement dit, la corruption, en terre africaine, y a élu fermement domicile. Aucune transaction ne se fait plus sans dessous de table. Et cela à partir des hauts lieux politiques et économiques. Des ressources de nos pays bradées, cela ne fait même plus scandale. La liste de Transparency International pour 2008 révèle que sur tous les pays du monde visités, le premier africain, le lauréat donc, se classe en 31ème position, et c’est le Botswana, tandis que la queue, composée de 15 pays de tous les continents, affiche sept africains: le Zimbabwe, la RDC, la Guinée Equatoriale, la Guinée, le Tchad, le Soudan et la Somalie, soit près de la moitié parmi les médiocres. Indépendamment de Transparency International, un autre classement, celui d’Amnesty International pour 2008, plaçait parmi les derniers sur sa liste, la Somalie, le Soudan, le Tchad, la RDC, le Congo, l’Angola, la RCA, la Côte d’Ivoire, le Zimbabwe, le Cameroun et le Nigeria. Des recoupements à prendre au sérieux. Triste record! Mais le feu qui couve sous la cendre, c’est le fait qu’il n’existe pas de corrupteur sans corrompu, et vice-versa. Dans l’Indice de Corruption des Pays Exportateurs, ICPE, de 2006, il est souligné que même les pays les plus soumis aux instruments internationaux de lutte contre la corruption sont enclins aux pots-de-vin et autres pratiques de corruption. Ce qui a fait dire à Casey Kelso, directeur régional pour l’Afrique de Transparency International, que «les entreprises étrangères qui enfreignent la loi en versant des pots-de-vin ébranlent les efforts de lutte contre la pauvreté du continent africain. Les pays africains devraient les poursuivre implacablement en justice. Les institutions régionales d’aide au développement, telle que la Banque Africaine de Développement, peuvent jouer un rôle important en mettant en œuvre des programmes d’exclusion qui empêcheraient les entreprises corrompues de profiter de l’aide au développement… » Paraphrasant le directeur régional de Transparency International, Philippe Montigny, président d’Ethic-Intelligence et du Groupe de travail sur la prévention de la corruption du Conseil français des investisseurs en Afrique, n’a pas eu froid aux yeux pour déclarer sans ambages: «Les secteurs les plus exposés à la corruption sont toujours ceux où le pouvoir régalien est en jeu: l’armement, les télécoms, les industries extractives.» Il souligne encore que «la lutte contre la corruption est plus compliquée dans les pays où il y a des ‘rentes d’extraction colossales’ et cite notamment la RDC, le Nigeria, le Gabon, …, les revenus y étant plus importants et donc plus difficiles à abolir… » C’est bien pensé et bien dit. La corruption, en Afrique, a des tentacules à tous les niveaux. Elle va de la tète aux pieds. L’exemple – surtout le mauvais- venant toujours d’en haut, comment le petit fonctionnaire ne pourra-t-il pas accorder un privilège indu à quelqu’un qui n’y a aucun droit contre quelques billets de banque qui valent la somme de plusieurs mois de son salaire, un salaire qu’il ne perçoit qu’au compte-gouttes, et avec des arriérés étalées sur de très longues périodes? En matière de corruption, la situation est bien celle-là dans le continent! John Sullivan et Aleksander Shkolnikov, tous deux haut responsables travaillant au Center for International Private Enterprise, CIPE, aux Etats-Unis, ont noté que selon la Banque Mondiale, un million de milliards de dollars est détourné chaque année en pots-de-vin et, ont-ils ajouté, d’après les Nations Unies, plus de 400 milliards de dollars ont été détournés de l’Afrique et dissimulés dans des pays étrangers. Mais –signe d’espérance - ci et là, des voix s’élèvent, timidement ou à grands cris, constituant une opposition croissante à la corruption. Il y a donc urgence d’étudier des voies et moyens pour favoriser davantage l’émergence de politiciens intègres, déterminés à protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gaspillage, de détournement, de corruption.
La santé, eh oui! ... La santé, voilà encore un point chaud où l’Afrique subsaharienne bat une fois de plus tous les records…négatifs : VIH/Sida, paludisme, tuberculose,… sont les maladies les plus citées qui affectent les Africains, particulièrement ceux du Sud du Sahara. Le sida, à lui seul, avait touché plus de 22 millions de personnes à fin 2007, selon l’Onusida. Il n’a donc pas fallu plus de 20 ans après son apparition pour que ce fléau devienne la première cause de la mortalité dans cette partie du continent, arrachant le triste record aux deux autres endémies citées. Les chiffres là-dessus sont effarants: avec une population estimée à 11 % de la planète entière, l’Afrique subsaharienne abrite à elle seule les 60% de personnes vivant avec le VIH/Sida dans le monde. Suivent, sur ce cliché néfaste, les maladies infantiles (la rougeole et autres), les maladies d’accouchement et celles liées à la malnutrition… En deux mots comme en dix, l’Afrique subsaharienne, c’est le sous-continent des extrêmes, aux taux les plus élevés de la natalité, comme de la mortalité, et où l’espérance de vie est la plus faible du monde (50 ans contre 78 aux pays développés). Néanmoins, l’Afrique est en train de trouver des solutions africaines à ses problèmes de santé, quelques signes avant-coureurs du relèvement de la situation sont quelque peu tangibles. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, l’on s’est longuement battu contre la mortalité infantile, la poliomyélite et l’onchocercose. Ces maladies ont sensiblement diminué durant le cinquantenaire des après-indépendances. Bien plus, les indicateurs sociaux de la santé montrent que certains pays se sont équipés en mieux en structures valables et en personnels médicaux compétents. Le cas de l’Ouganda, du Botswana ou des Seychelles mérite d’être cité. Ils ont globalement réussi à traiter quelque 50 % de leurs séropositifs avec des antirétroviraux grâce à des programmes originaux de formation des infirmières et des agents de santé, lesquels programmes compensent assez bien l’insuffisance des médecins , complétés par l’administration des soins communautaires à domicile. Mais le grand écueil dans le domaine a pour nom l’exode du personnel médical africain vers l’Occident. Dans le continent, du personnel en place aux étudiants en médecine ou en sciences infirmières, tous ne rêvent plus que de s’exporter en Europe, au Canada ou aux Etats-Unis d’Amérique, voire… en Afrique du Sud. En 2007, le déficit de personnel de santé s’élevait à un million de personnes. C’est là la résultante d’une série de contreperformances économico-politiques de l’Afrique : baisse des salaires, crise économique et financière, gel de recrutement et de formation, programmes de santé souvent inefficaces. .. Quoi donc ! Faut-il entrevoir par là la nécessité d’entreprendre des actions des pays riches pour soutenir les nôtres qui, jour après jour, perdent leurs compétences ? – Peut-être oui, mais globalement non, dans la mesure où le diagnostic étant connu, il ne reste plus que la thérapie à administrer, aussi amère soit-elle !
Ressources, Guerre et Paix De tous les continents en ces cinquante dernières années, il n’en est pas qui ait souffert autant des guerres et des conflits que l’Afrique. Chasse gardée de certains colonisateurs qui se sont partagé le butin à Berlin en 1885, l’Afrique indépendante d’aujourd’hui est à la portée de tous, de quelque origine qu’ils soient. L’Afrique, on ne l’a que trop répété, est un continent aux ressources incommensurables et, paradoxalement, aux guerres en continu. En effet, là où gisent les richesses naturelles, là sévissent les conflits meurtriers! Le pétrole est-il découvert quelque part, au Nigeria, au Tchad, en Angola, au Soudan, au Cameroun, au Congo,…? Les médias internationaux se précipitent aussitôt sur l’événement et parlent plutôt des conflits interreligieux ou du génocide du Darfour, des confrontations sur la presqu’ile de Bakassi, des gisements off-shore dits ‘Nkossa’ au Congo, des luttes interethniques en Angola, des luttes de positionnement dans les pays des Grands Lacs… tout pour ne pas dire ouvertement que les multinationales sont là, se pourléchant les babines et confortant les belligérants par des armes qui causent des millions et des millions de morts dans le seul but d’engranger des milliards et des milliards d’argent que rapporte l’exploitation des gisements. Il va sans dire que des conflits qui perdurent aux frontières de la République Démocratique du Congo, Ouganda, Rwanda et Burundi, n’ont d’autre point de mire que les gisements fabuleux du coltan et de tant d’autres richesses minières du riche sous-sol de la contrée ou du pétrole enfoui sous les lacs Albert, Edouard et Tanganyika. 20 ans de guerre en Sierra Leone, 14 ans au Liberia, des morts à ne pas compter, c’est le tribut qu’ont payé ces pays pour livrer leur richesse faite de l’or, de diamant, de fer, de rutile, du chrome,… à des rapaces multinationales étrangères. L’Afrique contient un immense massif forestier de 3.700.000 km2. Ce bois à profusion couve également une biodiversité de mammifères, de gent ailée et d’espèces végétales. Là aussi, les multinationales foncent: nos bois, nos eaux, nos bêtes et oiseaux, même les plus rares, ne sont nullement épargnés. Et que dire de ces immenses superficies de terres cultivables que d’aucuns parmi la classe dirigeante africaine cèdent à si bon compte à des investisseurs étrangers pour assurer une production alimentaire pour des pays d’autres continents, pendant que les populations locales africaines croupissent dans la misère, les rangeant au plus bas du classement des extrêmement pauvres du monde? Ces armes qui passent par des mains africaines pour tuer des Africains, voilà encore une épée de Damoclès sur la tête de tout le continent! Rien qu’en Afrique occidentale depuis 1990, plus de deux millions d’individus ont perdu la vie par armes légères. La prolifération généralisée des armes, légères soient-elles, ne fait que prolonger l’instabilité sur le continent. Il appartient donc aux gouvernements de veiller au grain afin de détruire les armes confisquées et ... aussi à la sécurité des armes de l’Etat. Il y a quelques années, lasse du vagabondage des armes à travers les pays les moins développés du monde, l’Organisation des Etats américains avait mis en place une structure visant à renforcer les contrôles aux frontières et assurer l’échange d’informations concernant les producteurs et les marchands d’armes. Pas moins de 200 organisations ont créé des réseaux d’action sur les armes légères afin d’indiquer leur fourniture et d’en réduire les stocks en circulation. Hélas! Bonnes intentions, oui.. mais mirages tout au plus! Sur ce chapitre, à travers plusieurs déclarations, lettres pastorales, l’Eglise Catholique n’a cessé de faire comprendre que des Africains détruisent leurs pays et s’entretuent pour les intérêts et les profits des ‘autres’. Ce commerce des armes prolifère grâce notamment aux tensions et divisions ethniques qu’exacerbent certains leaders. Une réalité dans laquelle se concrétise une attitude de fond: la négation de la valeur sacrée de la vie humaine. Ce trésor le plus précieux dans les traditions africaines est détruit avec une légèreté et une facilité déconcertantes, même à très grande échelle, et tout à fait impunément encore en pas mal d’endroits. Pince-sans-rire, d’autres n’hésitent même pas à instrumentaliser ces actes dans le cadre des cultures africaines. Mais un des exemples des plus intéressants nous est venu du Mali qui est parvenu à un accord avec les nomades rebelles dans les régions septentrionales du pays. Environ 13.000 anciens combattants ont échangé leurs armes contre des investissements gouvernementaux dans le secteur des services sociaux.
La grande espérance L’histoire du continent africain, en ce demi-siècle des indépendances nationales, aura certes enregistré une multitude d’écueils: démocratie hésitante et mauvaise gouvernance; guerres et conflits intermittents; exploitation éhontée des ressources; épidémies et pandémies de tout genre; une famine qui perdure depuis des temps éloignés; crimes contre l’humanité; records de l’analphabétisme dans le monde; système judiciaire inefficace; pots-de-vin circulant à ciel ouvert; mauvaise gestion des affaires et mauvais résultats économiques; déséquilibre entre population et ressources; commerce des armes; … Bref, un sous-développement sous toutes ses formes! Qu’à cela ne tienne! Des signes d’espérance ne manquent pas! La société civile, à travers ses organisations non gouvernementales de tout genre, fait tout pour que la barque ne s’enfonce pas. Par ailleurs, étant donné sa grande crédibilité auprès des populations locales, l’Eglise joue, elle aussi, un rôle important et croissant dans la promotion du développement du continent, notamment dans l’éducation, la santé, la lutte pour l’émergence des états de droit… Appel est aussi fait à l’Union Africaine, en sa qualité de régulatrice dans des grands problèmes inter-nations, de se rendre plus efficace dans la résolution des conflits entre nations et d’éviter au milliard et plus d’Africains de rester admiratifs de ce qu’ils ont répudié hier pour retomber ainsi dans la nostalgie du passé. Le continent noir est en train de connaître une de ses plus grandes mutations à travers l’enclenchement de la démocratie. La lutte contre la pauvreté a pris un nouveau tournant, avec en vue les Objectifs du Millénaire pour le Développement, OMD, et les Programmes Stratégiques de Réduction de la Pauvreté, PSRP. Même si l’on sait à l’avance qu’on ne les atteindra pas nécessairement dans les délais fixés, c’est néanmoins là un processus qui marque une volonté du changement sur le long terme, avec, sur la sellette, de multiples pistes pour envisager une Afrique plus belle qu’avant, notamment des relations justes et équitables inter-Etats africains et avec les grandes puissances politiques, industrielles et économiques du monde, la construction des Etats démocratiques avec une justice impartiale, la distribution à égalité des richesses du pays, la redistribution à l’école, à l’instruction, de son rôle d’ascenseur social, la lutte contre la corruption et le chômage, l’érection de la méritocratie comme mode de promotion sociale,… Ainsi tournée vers l’avenir en ce début de la deuxième moitié du centenaire des indépendances, l’Afrique se doit de renverser la vapeur et de promouvoir une nouvelle culture, faite de transparence et d’ouverture. Si l’Afrique exploite judicieusement son potentiel et le met véritablement au service du développement, il va sans dire que le miracle sera bien possible, à l’exemple de la Chine ou de la Corée du Sud,… dont on disait voici quelques 50 ans que ces pays n’étaient pas mûrs pour l’industrialisation et qu’au vu des prouesses réalisées entretemps, on les appelle aujourd’hui et simplement ‘pays émergents’, faute de trouver de qualificatif plus fort. Et ‘l’Afrique sera sauvée’, comme le clame si bien un chant populaire, fredonné sur tout le continent.
Patrick-R. Monzemu Moleli (Sources diverses) |