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Le travail |
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Le père Augustin Mobele Lobia, dominicain congolais, vient de publier le livre: La foi authentique par le travail et les œuvres de charité, (Maison d’éditions Verbum Bible, Kinshasa, pp 156.
Qu’est ce qui vous a poussé à publier un livre sur la dignité du travail? Je suis fils d’un pays dont l’un des problèmes majeurs consiste justement à transformer nos grandes richesses en moyens de développement. Dans cet ouvrage, j’ai voulu dire à nos frères et sœurs congolais que se lamenter ne sert à rien et que nous ne pouvons vivre sans travailler. Je voudrais surtout faire connaître la spiritualité du travail et la nécessité de s’insérer dans le monde.
N’est ce pas une provocation que d’écrire un livre sur le travail dans un pays où il y a tant des chômeurs forcés? Le rôle du pasteur et du théologien doit être celui d’interpeller la conscience de tous. Les fils de Dieu sont propriétaires de ce monde et la foi chrétienne les oblige à chercher les moyens pour vivre dignement.
Aujourd’hui, le travail ne permet pas au travailleur de manger à sa faim. C’est vrai. J’ai essayé dans mon livre de faire le parcours du travail du Congolais avant et après l’indépendance. Je montre comment nous avons perdu le sens du travail. Nous sommes réduits au travail informel et ce travail ne nous permet plus de vivre dignement. Il y a eu un temps, quand 1 franc congolais valait 2 $, où les travailleurs étaient bien payés et ils pouvaient tout s’acheter. Je suis convaincu que les croyants pourraient faire beaucoup pour aider à récupérer le sens et la dignité du travail, l’urgence d’arriver à une rétribution juste.
Vous dites aussi que les Congolais ont perdu le sens du bien commun. Malheureusement c’est vrai. Tout d’abord, le travail doit m’aider à vivre dignement et à me prendre en charge d’une manière juste, moi et ma famille, mais aussi à donner un coup de main à ceux qui sont sans travail. Le travail pris dans ce sens devient un bien commun. A partir du moment où le salaire n’arrive plus à me soutenir ni à soutenir ma famille, le bien commun devient un mot vide.
Pour ceux qui ont du travail, leurs salaires répondent-ils aux besoins des travailleurs? Non. Il y a souvent des salaires de misère. Un enseignant qui reçoit 30.000 francs congolais par mois ( = 30$) ne peut pas vivre de cela. C’est de la comédie, tandis que certains professionnels, politiciens, musiciens, etc. disposent de salaires fabuleux.
Beaucoup de Kinois cherchent la solution de leurs problèmes dans la prière et non dans le travail… Je pense que c’est un défi lancé à tous, en particulier à nous, hommes et femmes d’Eglise. Nous devons nous remettre en question, et nous demander si notre message passe. On doit parler davantage de la valeur du travail. Oui, il faut venir à l’église le dimanche, mais le reste de la semaine, on doit travailler. C’est ainsi que nous démontrerons aux non-chrétiens que notre prière a un sens et qu’elle est une force pour changer la société.
Quelle est cette spiritualité africaine du travail dont vous parlez dans votre livre? La valeur du travail a toujours été présente dans notre culture. L’objectif qu’on voulait atteindre pour un jeune homme c’était qu’il apprenne, dès qu’il a l’âge, à faire son champ, à bâtir sa maison, à aller à la chasse, à la pêche, c’est-à-dire, à être un homme complet pour fonder un foyer et s’intégrer dans le monde des adultes. Pour la jeune fille c’était la même chose, elle devait être préparée par sa maman à cuisiner, à accueillir, à soigner les enfants... Un homme ou une femme qui n’était pas capable de travailler ne pouvait pas se marier, c’était un danger pour la famille.
Les grands problèmes nous échappent, êtes-vous d’accord? Oui, la macro-économie nous échappe, mais il appartient à chaque communauté, là où on est, de pouvoir étudier les potentialités qu’on a et avec détermination commencer à travailler. Je ne dis pas qu’on va résoudre les problèmes du monde entier, mais là où nous sommes, nous pouvons faire quelque chose, en commençant avec les gens là où nous vivons. Même le Christ a commencé par la Palestine: il a formé un petit noyau auquel il a confié un travail immense: celui d’annoncer la Bonne Nouvelle.
Propos recueillis par Kike Bayo |