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Un mot qui peut signifier beaucoup de choses. Le 30 octobre 1974, Georges Foreman disputa au stade Tata Raphael de Kinshasa le titre de champion du monde de poids lourds, avec Mohamed Ali (Cassius Clay). Tous deux Américains. Le cachet prévu: 5 millions de dollars chacun. À bout de souffle, Foreman tomba au 8e round et abandonna le ring.
Un abandon qui, naturellement, ne l’empêcha pas de retirer la somme prévue et les organisateurs du match ne le poursuivirent pas devant la justice pour ‘abandon de combat’! Son échec avait été constaté, ce qui avait permis à Mohamed Ali d’être primé champion du monde. Un abandon preuve de sagesse. Lorsque le président camerounais Amadou Ahidjo Ahidjo, qui tenait le pays d’une main de fer, décida, tout d’un coup, de se retirer du pouvoir, le 4 novembre 1982, il surprendra soit les amis soit les adversaires. Il était malade, à tel point qu’il acceptait d’abandonner le pouvoir sur conseil de ses médecins privés. Une décision sans précédents dans la région. La presse fit de l’événement la une de l’actualité et des commentaires des politiciens. La communauté nationale et internationale en fera un argument pour exercer des pressions sur d’autres chefs d’Etat dont le carnet de santé est chargé. L’abandon ici est la preuve de la vertu du courage ou d’un bon calcul politique. Alors que si un travailleur, dont le contrat est en cours, ne se présente pas au travail ou s’absente en toute liberté, les jours ouvrables, sans donner d’explications, on parlera d’abandon de poste: et le patron sera autorisé par la loi du travail à résilier sans préavis le contrat.
Des atteintes à la famille Les choses ne vont pas ainsi dans d’autres cas. Toutes les constitutions du monde, par exemple, reconnaissent l’importance de la famille, cellule de base de la communauté humaine (dans la Constitution congolaise art. 40). Certains actes susceptibles de porter atteinte à son unité et à la protection des ses membres sont punis par la loi. Il en est ainsi, notamment, de l’adultère, de la non déclaration de naissance, de la non déclaration de paternité ou d’affiliation, du fait d’inciter un époux à quitter, d’abandon des responsabilités conjugales’, etc. Parmi les atteintes à la famille, l’abandon est un sujet important. Cela entre dans les conversations ordinaires: « Tu as entendu? Il est parti sans laisser d’adresse… Il a tranché… Il a tout quitté, pas d’adresse ni de pension alimentaire, les enfants n’existent plus à ses yeux… Sa mère travaille à l’étranger mais pas de nouvelles depuis trois ans… » La loi congolaise, d’après les modifications introduites en 1987, dans le code de la famille, prévoit deux sortes d’abandon: abandon du foyer et abandon matériel et moral. Était considérée infraction d’abandon de famille lorsqu’un des parents, dont les moyens financiers sont suffisants pour subvenir à la nourriture des membres de son foyer, ne le fait pas ou refuse de le faire. L’autre époux, dépourvu de moyens, a le droit de saisir la justice pour obtenir la condamnation de son conjoint. Une fois condamné, l’époux devra le faire sous la contrainte du jugement. Pour qu’il y ait infraction d’abandon de famille, il faut que l’époux incriminé demeure pendant plus de deux mois ininterrompus sans fournir de la nourriture à son conjoint et aux enfants. Dans cet abandon, c’est le caractère ‘alimentaire’ qui prévaut. L’abandon du foyer, consacré par l’article 464 du code de la famille congolaise est une infraction qui ne concerne que les époux. Lorsque deux personnes se sont mariées, elles doivent résider ensemble, sous le même toit. La loi veut que l’épouse puisse habiter obligatoirement avec son mari et le suivre partout où il établit la résidence conjugale. Il y a abandon de foyer chaque fois qu’il y a refus de cohabitation. L’abandon de famille est un terme fort pour évoquer la situation d’une personne qui n’honore pas convenablement ses devoirs. Il ne se limite pas seulement à la relation mari-femme, car selon le code de la famille, l’homme et la femme doivent subvenir aux besoins substantiels de la famille selon leurs possibilités.
Ils sont dans la rue L’abandon des enfants est sans doute une des étapes les plus tristes et illégales dans la vie d’une famille. Et c’est une réalité très actuelle dans une société où l’évolution des mœurs, le divorce facile, les naissances hors mariage, les difficultés économiques, l’explosion de la population urbaine ouvrent la porte à la délinquance juvénile et infantile. C’est dans cet univers que naissent la plupart des enfants de la rue. Le phénomène «Kuluna» et «Shege» (noms donnés aux enfants de la rue à Kinshasa), qui sévit actuellement en RDC et dans d’autres pays du monde, sont presque toujours la conséquence directe ou indirecte de l’abandon de famille. Une infraction très grave, car un enfant plongé dans la misère est toujours poussé à l’inconduite telle que la mendicité et la criminalité, au nom de l’instinct de la conservation de l’espèce. «Le temps de l’enfance est synonyme d’amour parental, de protection familiale, de joie des premières découvertes, de jeux, d’apprentissage d’une vie harmonieuse en société. Pourtant, pour des milliers d’enfants à travers le monde, ne sera qu’un sombre et triste souvenir, qu’il leur faudra atténuer ou effacer, souvent en vain une fois devenus adultes », affirme un site Unesco en parlant des enfants des rues au Brésil. Le phénomène abandon dans les rapports familiaux se manifeste différemment: soit l’un des parents-père ou mère-fuit la maison laissant les enfants seuls avec l’autre conjoint; soit les deux conjoints ont abandonné le foyer, laissant les enfants seuls; soit l’enfant est chassé de la maison par les parents et se retrouve dans la rue. Il arrive aussi que lorsque les parents, généralement le père, ne sont plus en vie, les membres de la famille du défunt s’emparent de la maison, chassant les enfants et leur maman; soit la justice, qui au lieu de trancher correctement sur un conflit parcellaire, donne la maison à la partie qui l’a corrompue et décide l’éloignement du vrai propriétaire et de sa famille, etc. Jusqu’à mettre des familles entières dans la rue.
Les responsabilités. Des réalités qui résistent aujourd’hui à tout remède musclé, tel que les prisons spécialisées en RDC: Buluwo (Katanga), Angenga (Equateur), etc. Des dizaines d’organisations religieuses et humanitaires s’emploient pour faire face à cette réalité. Alors que si les précautions étaient prises en amont, c’est-à-dire au niveau des familles, ces phénomènes n’allaient pas devenir si tragiques. Une loi très récente (n°09/001, 10.janvier 2009), concernant la protection de l’enfant, apporte une grande innovation sur la responsabilité des parents et celle de l’Etat. De nos jours, les catastrophes naturelles et la guerre constituent souvent une des raisons de la crise de la cohésion familiale (abandon). Ainsi que la mort des parents à la suite de l’infection par le VIH-SIDA. La démission délibérée des parents de leur charge vis-à-vis des enfants s’appuie parfois sur la complicité de certains soi-disant prophètes de Dieu, qui ne craignent pas de conseiller ou même d’imposer l’expulsion d’un enfant jusqu’à le jeter dans la rue, sous prétexte qu’il serait à l’origine de malheurs qui ont frappé la famille. Des crimes que la loi devrait sanctionner sévèrement, comme elle le fait pour les infractions en rapport avec les violences sexuelles. Le rôle économique que la femme joue aujourd’hui dans la survie du foyer, fait d’elle une productrice de richesses, dont la capacité surpasse parfois celle de l’homme. L’emprise des femmes sur le commerce national, petit ou grand, est remarquable et cela devrait conduire à la conclusion que l’abandon matériel ou moral n’est plus seulement une ‘affaire de l’homme’! Kilim Ibeng ibn Sabaoth
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Abandon: qu’est-ce que c’est? |