La Chine occupe une place toujours plus grande dans les échanges commerciaux avec l’Afrique, après les Etats Unis et l’Union Européenne. Leur volume n’a fait qu’augmenter. Décidément, il y a de quoi donner raison à Napoléon 1er, qui en 1816 a dit: «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera»!

 

Tout d’abord, on pourrait se demander: «Qu’est-ce qui attire tant la Chine?» Il va sans dire qu’actuellement la Chine, hier encore ‘pays émergent’, aspire, elle aussi, au leadership du monde. D’ailleurs, sur le continent asiatique elle a déjà dépassé de plusieurs longueurs le Japon, jusqu’à hier devant elle.

La Chine est devenue, en quelques décennies, un grand acheteur de matières premières, notamment de pétrole. L’ex-Empire Céleste est bien le deuxième consommateur de pétrole au monde après les Etats-Unis.

 

C’était parti!

C’était en 1965 que les Chinois posaient les premiers jalons de leur coopération avec l’Afrique en construisant le chemin de fer reliant la Tanzanie à la Zambie, le TanZam (1.859 km, 2.000 ponts et viaducs, 19 tunnels, 147 gares. Travaux effectués par 15.000 Chinois et 40.000 Africains). Et c’était parti! Sans oublier les Chinois de Formose (Taïwan), aussi très actifs dans certains pays d’Afrique.

Aujourd’hui, 53 pays africains sont en étroite collaboration commerciale avec la Chine. Celle-ci accorde depuis 2005 des exonérations importantes aux pays en développement les plus pauvres.

En juin 2010, un total de 800 millions de dollars des produits africains avaient bénéficié de ce traitement préférentiel. Lors de la conférence organisée à Beijing le 16 septembre 2010 à l’intention des grandes entreprises chinoises sur les investissements chinois hors de Chine, le gouvernement a fait savoir que le montant des investissements chinois dans le monde en 2009, année de crise et de récession dans de nombreux pays, avait atteint 56,5 milliards de dollars, en progression de 1,1, % par rapport à 2008. Les investissements chinois en Afrique pour la même année atteignaient 1,5 milliard de dollars. Et ils sont en progression.

Environ 1.000 entreprises chinoises sont enregistrées et autorisées à faire du commerce en Afrique. Elles occupent des places importantes dans les secteurs du commerce des produits manufacturés, du développement des ressources, du transport, de l’agriculture et de la transformation des produits agricoles.

La Chine est très active avec l’Afrique du Sud, devenue l’un de ses premiers réservoirs de matières premières indispensables pour son développement économique et un débouché commercial important pour sa puissante industrie manufacturière. En novembre 2010, par exemple, un accord sur la construction d’une centrale d’énergie solaire, estimée à un montant de 435 millions de dollars a été signé entre les deux parties.

Cet accord s’inscrit dans le cadre du programme destiné à réduire la dépendance de l’Afrique du Sud à l’égard de l’industrie du charbon en misant sur les sources d’énergie renouvelables.

Le vice-président sud-africain, Kgalema Motlanthe, a mis l’accent sur la nécessité des investissements de la Chine pour l’expansion du réseau routier et ferroviaire de toute la région subsaharienne. Après l’Afrique du Sud, M. Xi s’est rendu au Botswana et en Angola.

Un tiers du pétrole consommé par les Chinois vient de l’Afrique. L’Angola est le premier fournisseur mondial de pétrole brut de la Chine. Viennent ensuite le Nigeria, la Guinée Equatoriale, le Congo-Brazzaville et le Gabon. Beijing exploite la majorité des ressources pétrolières du Soudan: les plus importants investissements actuellement au Sud-Soudan sont chinois. Du pétrole à l’uranium, du cobalt au manganèse, cuivre, chrome, fer, coltan, bois précieux, coton.., «les Chinois ont trouvé le bon filon» (Sources:’Café de la Bourse’’ et ‘’Situation de la Chine en Afrique’’).

Ils sont engagés dans près de 100 projets énergétiques couvrant le solaire, le biogaz et des mini-centrales hydrauliques.

 

Sans trop d’intermédiaires

L’Afrique a sans doute souffert et continue de souffrir dans ses rapports avec l’Europe et les Etats-Unis, par le biais de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Ainsi, a-t-elle trouvé opportun de s’arranger avec une Chine qui accorde certaines facilités sans trop de conditions, de manière directe et sans intermédiaire.

De prime abord, en 2006, la Chine annulait la dette de 31 pays africains les plus pauvres et accordait des prêts à des conditions très favorables. Pour un total de 10 milliards de U$, en vue de financer des projets d’infrastructures (routes, chemins de fer, villes, hôpitaux, bâtiments publics, ports, réseaux d’électricité, distribution d’eau,…)

 Ainsi donc, la Chine se présente à l’heure actuelle comme le premier collaborateur financier du continent africain, avec des investissements directs supérieurs à ceux des anciennes puissances coloniales. Un peu flou restant évidemment le déficit commercial, parfois colossal, entre le plus grand pays du monde et certains de ses partenaires.

En matière sanitaire: la Chine a déjà envoyé sur le continent africain près de 15.000 médecins qui œuvrent dans 47 pays et est présentement occupé dans la formation, d’ici à 2012, de 3.000 médecins et infirmiers. Dans son programme, il est aussi établi qu’elle fournira divers médicaments et du matériel pour lutter principalement contre le paludisme.

Le plan culturel se traduit spécialement en l’octroi des bourses aux étudiants africains et dans la formation de professionnels dans divers secteurs.

Ce qui a fait dire à un expert béninois, participant à la rencontre sur «la problématique de la présence asiatique en Afrique», tenue les 28 et 29 octobre 2010 à Rabat, au Maroc, que «du point de vue du développement strictement économique, la présence de la Chine en Afrique est avantageuse pour cette dernière sous certains aspects. La demande chinoise dope les prix des matières premières, ce qui améliore les termes de l’échange et des recettes d’exploitation des pays africains dans des flux internationaux du commerce formel dont elle s’est trouvée à l’écart des décennies durant.» (Source: Jamana, Mali).

 

En principe

La Chine, en Afrique, est en principe bien accueillie. Pour les autorités africaines, la présence de ce pays permet au continent de se libérer tant soit peu de l’étreinte économique occidentale. Les Chinois ne posent pas de problèmes politiques, même pas dans des pays à régime autocratique et même si on entend dire que Beijing serait le principal fournisseur d’armes légères des groupes armés en Afrique. On n’est plus à l’époque de la guerre froide où l’aide de la Chine ne s’exprimait qu’en termes militaires contre des régimes au pouvoir. La Chine avait profité de l’occasion pour manifester son intérêt pour l’Afrique, continent qui avait de la peine pour se libérer entièrement du joug de la colonisation.

Le pays de Mao Zedong avait offert de l’aide militaire aux mouvements africains en quête de l’indépendance de leurs pays respectifs: Algérie, Angola, Afrique du Sud notamment.

Autre point à l’actif de ce programme de coopération: la Chine engage de gros volumes d’investissements et dégage rapidement des fonds. Un officiel algérien n’a-t-il pas dit que «les Chinois sont compétitifs et ils travaillent vite »? (afrik.com).

Pour sa part, le président sénégalais Abdoulaye Wade affirmait en 2007: «Lorsque je veux construire une autoroute, il me faut cinq ans pour conclure avec la Banque Mondiale. Avec la Chine, c’est réglé en quelques jours, je dis oui ou non, et je signe».

 

Des griefs?

Il n’y a pas de roses sans épines, dit un adage. Un autre Africain, Thabo Mbeki, de l’Afrique du Sud, avait été l’un des premiers dirigeants africains à se montrer plutôt critique devant une présence chinoise jugée envahissante. Ce ressentiment à l’endroit de la Chine s’était exprimé par exemple, en février 2007 lors de la visite du président chinois, Hu Jintao, en Zambie. A cette occasion, il avait même renoncé à une visite programmée dans les mines de Chambeshi.

Au juste, que reproche-t-on à cette coopération? Les griefs portent tant sur l’influence commerciale que sur les méthodes de travail des Chinois en Afrique, notamment parmi les plus marquantes une certaine opacité tant dans les termes des contrats avec les pays concernés que dans les comptes des entreprises chinoises; les conflits locaux nés de la recherche des gisements, conflits qui confortent certains régimes, favorisent la corruption et ne concourent pas au développement social des populations; une déforestation massive; un trop plein de main-d’œuvre importée de Chine alors que le chômage bat son plein en Afrique; des rémunérations très maigres pour la main-d’oeuvre locale.

L’opinion africaine s’interroge aussi sur le rôle de la Chine dans l’opération de l’accaparement des terres qui fait fureur dans le monde actuellement. De nombreux pays asiatiques, européens et nord-américains, sentant venir dans les prochaines années et décennies, l’insuffisance des terres arables chez eux, sont occupés à acquérir ailleurs des espaces entiers aussi pour leur sécurité alimentaire. Et l’Afrique se présente en exécutoire docile de ces volontés exprimées par des partenaires en mal de terres, à travers des contrats de bail allant de 50 à 99 ans. La Chine, avec une population de bientôt 1,5 milliard d’habitants, ne peut pas se contenter des dernières places dans cette nouvelle forme de braderie. En République Démocratique du Congo par exemple, une concession de 2,8 millions d’hectares serait en voie d’être cédée à la Chine pour l’implantation de… la plus grande palmeraie du monde.

Patrick Monzemu Moleli
(Durable.info, Marketing-chine.blogspot.com, etc.)

 

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