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Le risque de l’oubli |
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«Partout et toujours». C’est par ces mots que le pape Benoît XVI met en route un projet consacré à la Nouvelle Evangélisation de l’Europe. Un Conseil pontifical se chargera de répondre à ce défi
Se replaçant dans une réflexion déjà engagée par ses prédécesseurs, le pape a publié en octobre 2010 un ‘document’ qui souligne l’importance et l’urgence de ce programme: l’Eglise est appelée à «faire face au phénomène de l’abandon de la foi dans les sociétés et les cultures imprégnées depuis des siècles du message évangélique ».
Un nouveau chantier Des changements provoqués par des causes «complexes, enracinées dans le temps, qui ont profondément changé notre perception du monde », constate le pape. Tout n’est pas si négatif: «Dans certaines régions, en dépit de la progression de la sécularisation, la pratique chrétienne manifeste encore une belle vitalité et un bon enracinement populaire», écrit le pape. Mais ailleurs le paysage est différent: «D’autres régions se trouvent, hélas, presque totalement déchristianisées, et la lumière de la foi ne brille plus que dans de petites communautés». Or, justement « ces régions, qui ont besoin d’une ré-évangélisation de base sont, sous bien des aspects, particulièrement réfractaires au message chrétien ». A cela il faut ajouter un phénomène qui n’est pas d’aujourd’hui, mais auquel les grands médias donnent une ampleur inusitée. Tout prétexte est bon pour critiquer l’Eglise: la conduite immorale de certains prêtres ou évêques; les déclarations de la part de l’Eglise contre certaines manipulations que les découvertes scientifiques semblent encourager dans le domaine de la vie - surtout début et fin- etc... Et aussi en matière de bonne gestion de l’économie (comment répondre d’une manière adéquate aux crises actuelles), respect des droits des migrants, etc. La parole de l’Église se pose à contretemps des flux courant de l’opinion, surtout dans les grands moyens de communication. A tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont mal accueilli la nouvelle de la ré-évangélisation, le pape a répondu par des mots rassurants qu’il n’y a «aucun projet expansionniste, mais seulement le désir de partager le don inestimable que Dieu nous fait, celui de prendre part à sa vie même». En Espagne (07.11.2010) il a répété qu’il «lance ce nouveau dicastère pour l’avenir de la foi et de la rencontre - pas de l’opposition - mais de la rencontre entre foi et laïcité, dans les grands pays occidentaux…»
Superflu et encombrant La ‘déchristianisation de l’Europe’ n’est pas un phénomène récent ou imprévu. Le 9 juin 1979, au pied de la croix de Mogilq près de Cracovie, Jean-Paul II parle de ‘nouvelle évangélisation’. Expression qui reviendra lors de la fameuse invocation de Compostelle, en novembre 1982, où le pape polonais appelait l’Europe à retrouver ses racines chrétiennes. Appel qu’il adressait aussi aux Français au Bourget, en 1980, en les conjurant de se souvenir de leur baptême. Et aux Allemands, à Paderborn en juin 1996: «La nouvelle évangélisation est la nécessité absolue du moment. Il ne s’agit pas de restaurer une époque passée. Il faut plutot oser faire des pas nouveaux. Ensemble nous devons à nouveau annoncer aux peuples de l’Europe le message joyeux et libérateur de l’Evangile».Ensemble Mais déjà au Concile Vatican II (il y a presque cinquante ans!), on avait parlé de l’athéisme ‘systématique’, «soutenant que l’homme est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan de sa propre histoire... Cette doctrine peut se trouver renforcée par le sentiment de puissance que le progrès technique actuel confère à l’homme... ». (Eglise dans le monde, 1964, n° 20). Et «les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité. Car l’athéisme, considéré dans son ensemble, ne trouve pas son origine en lui-même; il la trouve en diverses causes, parmi lesquelles il faut compter une réaction critique en face des religions et spécialement, en certaines régions, en face de la religion chrétienne. C’est pourquoi, dans cette genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent.» En 1975, dans son encyclique Annoncer l’évangile, Paul VI écrivait: « On est obligé de constater au cœur même de ce monde contemporain le phénomène du sécularisme. Un véritable sécularisme: une conception du monde d’après laquelle ce dernier s’explique par lui-même sans qu’il soit besoin de recourir à Dieu; Dieu devenu ainsi superflu et encombrant… De nouvelles formes d’athéisme pragmatique, programmatique et militant semblent en découler… On nous propose tous les jours, sous les formes les plus diverses, une civilisation de consommation, l’hédonisme érigé en valeur suprême, une volonté de puissance et de domination… Les non pratiquants: aujourd’hui un grand nombre de baptisés qui, dans une large mesure, n’ont pas renié formellement leur baptême, mais sont entièrement en marge de lui, n’en vivent pas… Sécularisme athée et absence de pratique religieuse se trouvent chez les adultes et chez les jeunes, chez l’élite et dans les masses, dans tous les secteurs culturels, dans les vieilles comme dans les jeunes Eglises» (nn. 55-56). Ce n’est pas seulement l’Europe qui est concernée, mais toute la civilisation actuelle. Benoît XVI lors de sa visite aux Etats-Unis en 2008, a parlé des trois principales «barrières» à l’annonce de l’Evangile: le sécularisme qui ne regarde pas au-delà de la ligne d’horizon actuelle, le matérialisme et la consommation effrénée qui font perdre l’essentiel de la vie et nuisent à son équilibre, sans oublier l’individualisme qui fait perdre de vue le sens de l’interdépendance entre les personnes et les communautés, le sens du bien commun.
Perte de l’espérance et de la mémoire C’était déjà au cours du Synode consacré au continent européen, qui s’était réuni en 1991, au lendemain de la chute des murs, que les Evêques affirmaient qu’il ne suffit pas d’en appeler à l’héritage chrétien antérieur: il lui faut trouver la capacité de décider à nouveau de son avenir dans la rencontre avec la personne et le message de Jésus Christ ». Alors que l’abandon de la pratique chrétienne ne cesse de vider les églises et que l’hypothèse d’un continent ‘sans Dieu’ semble s’imposer, les Evêques européens, sur base des paroles de la Première Lettre de saint Pierre, disaient à tous les chrétiens d’Europe au début du troisième millénaire: «N’ayez aucune crainte, ne vous laissez pas troubler… Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (3, 14-15). Aux chrétiens désorientés, incertains, déçus, Benoit XVI écrit: «Le temps que nous vivons, avec les défis qui lui sont propres, apparaît comme une époque d’égarement. Beaucoup d’hommes et de femmes semblent désorientés, incertains, sans espérance, et de nombreux chrétiens partagent ces états d’âme. Nombreux sont les signes préoccupants qui, au début du troisième millénaire, troublent l’horizon du continent européen, lequel, tout en étant riche d’immenses signes de foi et de témoignage, et dans le cadre d’une vie commune certainement plus libre et plus unie, ressent toute l’usure que l’histoire ancienne et récente a provoquée dans les fibres les plus profondes de ses populations, entraînant souvent la déception…, la perte de la mémoire et de l’héritage chrétiens, accompagnée d’une sorte d’agnosticisme pratique et d’indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d’Européens donnent l’impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont dilapidé le patrimoine qui leur a été légué par l’histoire. On n’est donc plus tellement étonné par les tentatives de donner à l’Europe un visage qui exclut son héritage religieux, en particulier son âme profondément chrétienne, fondant les droits des peuples qui la composent sans les greffer sur le tronc irrigué par la sève vitale du christianisme.»
C’est simple! Dans pas mal de régions, ce n’est qu’une minorité de baptisés à fréquenter régulièrement l’église. “L’évangélisation de notre pays – a dit le card. Philippe Barbarin, archevêque de Lyon – s’est faite sur une idée d’un grand pasteur des premiers siècles, saint Martin. Il voulait faire en sorte que tous les habitants de la Gaule puissent aller à la messe sans marcher plus de vingt minutes. Voilà pourquoi en France, il y avait 36.000 paroisses qui sont devenues, en 1789, nos 36.000 communes… En l’an 1900, il y avait un prêtre dans tous les villages, un pour 200 habitants dans l’ensemble de la France... Tout d’un coup beaucoup de repères ont sauté, dans la vie familiale et sociale... Que doit faire l’Eglise? Elle le sait, c’est simple, et c’est le cœur de sa mission, inchangée, toujours aussi utile et enthousiasmante: montrer le visage du Christ et continuer de semer la joie de l’Evangile, c’est-à-dire servir l’homme”. (Quel devenir pour le Christianisme? Salvator, Paris, 2009)
Laïcité, laïcisme Oui, beaucoup de repères ont sauté. Au nom de la liberté et du respect de l’opinion des autres, on encourage l’oubli d’un patrimoine millénaire de foi et de culture. Jusqu’à arriver à des formes d’intolérance et de marginalisation des chrétiens. Deux mots peuvent offrir une clé de lecture de cette réalité de crise et qui s’alimente de polémiques et d’accusations d’interférence dans le domaine d’autrui. D’abord, le terme laïcité, qui renvoie au principe de séparation de la société civile et de la société religieuse: l’Etat n’exerce aucun pouvoir religieux et les Eglises aucun pouvoir politique. Un principe important, résultat aussi d’innombrables contrastes et même de guerres, qui «comporte le respect de toute confession religieuse de la part de l’Etat, qui assure le libre exercice des activités culturelles, spirituelles et caritatives des communautés des croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation» (Jean-Paul II, au Corps Diplomatique, 12.01.2004). «L’Evangile n’offre aucun projet, aucun message collectif susceptible d’être traduit ou exploité en termes politiques ou juridiques. Décevant l’attente d’un bon nombre de ses contemporains, le Christ ne se pose pas en candidat à l’exercice du pouvoir, ni en libérateur d’une terre soumise à une domination étrangère... Pacifisme (amour du prochain, y compris des ennemis) et internationalisme (abolition de toute discrimination) sont les deux éléments fondamentaux que, dès l’origine, le christianisme adresse au monde » (René Rémond, Les grandes inventions du christianisme. Bayard Ed, 1999, p. 180)
Citoyen! L’Europe, notamment, a tout vu à ce propos, surtout au temps des Lumières (18è siècle) et au cours du 20è siècle. Voltaire, maître à penser d’innombrables laïcistes, écrivait: «Une fausse science crée des athées: une vraie science prosterne l’homme devant la divinité». L’histoire des régimes totalitaires a montré à quel point le refus de Dieu reste inséparable de la sauvagerie la plus massive et irrationnelle. A Paris, le 17.07.1794, on guillotina 16 Carmélites de la communauté de Compiègne, condamnées pour ‘fanatisme’. L’une des religieuses, Sr. Henriette, s’adressa au procureur général Fouquier-Tinville, qui les avait condamnées à la peine capitale: « Citoyen, votre devoir est de faire droit à la demande d’un condamné, je vous somme donc de nous répondre et de nous dire ce que vous entendez par le mot fanatique ». «J’entends - répond le procureur- votre attachement à des croyances puériles, à vos sottes pratiques de religion »! Les historiens estiment qu’il y eu plus de 100.000 martyrs immolés pour leur foi pendant la Révolution française: des prêtres, des religieuses, mais aussi une multitude de laïcs. Lénine disait, à propos de la religion: «Toute idée religieuse, toute idée de Dieu, même le simple fait de s’arrêter sur l’idée de Dieu, est signe d’indicible couardise». Au cours des années de la Terreur (1917-1941) en Russie furent fusillés 250 évêques et environ 150.000 prêtres et moines. Le bilan des victimes du communisme: total pour 40 ans: 42,3 millions. La guerre des Chemises rouges (Espagne, 1936-38) fit un million de morts (parmi lesquels, 5.000 prêtres!) Le nazisme de Hitler, raciste et assoiffé de pouvoir, parlera de la religion chrétienne comme d’un «poison, qu’il faut détruire, autrement il infectera les enfants. La croix chrétienne sera enlevée de toutes les Eglises, cathédrales et chapelles… et remplacée par l’unique symbole invincible, le svastika (= la croix gammée)». La guerre 1939-1945 provoquée par le nazisme, a été définie ‘le plus grand carnage de l’histoire’. Dans la lettre qu’il vient d’écrire aux séminaristes (18 octobre 2010), Benoit XVI se souvient de la réponse ‘hostile qu’avait reçue son intention de devenir prêtre’. «En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit: ‘Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, on n’a plus besoin de prêtres’. Je savais que cette ‘nouvelle Allemagne’ était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une ‘profession’ d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé.»
Dépassé Aujourd’hui il y a une espèce de dictature du “tu fais comme tu le sens”, du “c’est à toi de voir”, et parfois même d’un “c’est ton problème” qui n’est pas loin de la réponse de Caïn quand Dieu l’interroge à propos d’Abel. Tout cela ne rend guère service aux jeunes» (Quel devenir pour le christianisme? Philippe Barbarin, Luc Ferry, Controverses Salvator, Paris, 2009, p. 122). Surtout à travers la publicité, les grands medias passent des messages dont le seul but est d’encourager la consommation. Ce sont les lois du marché, mais «Plus nous avons de valeurs spirituelles, morales et culturelles, dans la tête, moins nous avons besoin, le samedi après-midi, de mettre les enfants à l’arrière de la voiture pour acheter des gadgets idiots au supermarché du coin. Voilà la vérité. Par conséquent, il faut, pour vendre, casser dans nos têtes, et surtout dans celles de nos enfants, tout ce qui freine cette consommation. Il faut que tout devienne fluide, que rien ne résiste à la logique du désir. C’est cela qui rend la transmission incroyablement difficile aujourd’hui. Les seuls antidotes véritables sont l’amour, la loi, les œuvres. (id. Luc Ferry, p 114-115) On oublie ou l’on refuse nettement que dans la foi religieuse la personne humaine acquiert une dignité et une valeur extraordinaires. «Il n’y a que par l’entrée dans le transcendant, dans le surnaturel, dans le spirituel authentique que l’homme devient supérieur au social», écrivait Simone Weil. La vocation religieuse? On se moque d’elle. «On a honte d’en parler! Quand le roi Saint Louis quittait les banquets royaux pour aller soigner les lépreux et leur donner à manger en leur essuyant les lèvres afin que la viande, à l’époque toujours salée, ne les blesse pas trop, tout le monde se moquait de lui. Il répondait calmement: “Si je partais à la chasse ou si j’allais au bal, tout le monde trouverait cela normal, alors laissez moi prendre soin des lépreux”. C’est cet amour là, l’amour de Dieu Père, qu’on doit vivre et faire connaître. Voilà le but du christianisme» (Ph. Barbarin, id., p. 76-77). Bien que dans un contexte très différent, on retrouve cet œil hostile aussi dans d’autres continents. A ceux qui critiquaient la construction de la basilique de Yamoussoukro, le président ivoirien Houphouët Boigny, (1905/1993) disait: “On me critique pour les dépenses faites pour la basilique. Elle a coûté comme deux Mirages de combat. Si j’en avais achetés une douzaine en France, ainsi que d’autres l’ont fait, on m’aurait applaudi.»
Un supplice odieux Apparemment tolérants, des secteurs importants de la culture moderne aimeraient qu’on efface de la vie ordinaire tout signe religieux. Ils arrivent à ranger le crucifix dans la même catégorie de «signe extérieur fort», que le foulard religieux ou le niqab qui dissimule le visage des femmes musulmanes ne laissant apparaître que les yeux; les mutilations génitales, le refus de l’avortement ou des mariages gay, la légalisation de l’euthanasie, la recherche détruisant les embryons humains... La sentence qu’en 2009 la Cour Européenne des Droits de l’H. publia en exigeant qu’en Italie on fasse disparaître le crucifix des salles de classe, ne fait que confirmer cette tendance. Grâce à Dieu, elle a été critiquée par une vingtaine de pays qui officiellement se sont rangés aux côtés de l’Italie! En effet, alors qu’au principe d’une totale distinction (non pas opposition) entre Etat et religion s’inspirent de nombreuses constitutions modernes, fréquents sont aussi les arrangements juridiques prévoyant des exceptions, le respect de l’histoire et de la sensibilité religieuse de tout un peuple, l’importance culturelle de certaines traditions religieuses, etc. Rien de nouveau ou d’exclusif, on pourrait dire. Dans la période de la Zaïrianisation, le maréchal Mobutu fit enlever les crucifix des salles de classe et remplacer l’image de la Vierge Marie par celle de sa mère. L’un de ses ministres, Engulu Baangampongo, expliquait: «Que vient faire le crucifix dans nos édifices publics? Il doit être remplacé par l’image de notre Messie» (= Mobutu! n.d.r.). Même si la croix est présente dans plusieurs cultures, son refus actuel semble récupérer l’opinion que de cet instrument de mort se faisaient les contemporains de Jésus: la croix était “un signe de honte”, un “infâme poteau”, “un bois criminel” (Sénèque). Cicéron la considérait “le supplice le plus cruel et le plus repoussant” et disait qu’ “entre gens bien élevés on n’osait pas prononcer le mot ‘croix’. Seuls subissaient la crucifixion les condamnés ayant le statut d’esclave ainsi que ceux qui étaient privés de la citoyenneté romaine.” Enfin, un supplice tellement odieux, que pendant trois siècles même les ‘disciples du Nazaréen’ en rougissaient de honte. Un logo détestable. Dans sa première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul (en 57) le disait ouvertement: «Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens» (1,23). Il faudra du temps et de la réflexion avant que les communautés chrétiennes arrivent à accueillir en toute sérénité ce «scandale», à le comprendre, à en faire même un signe de dévotion et d’art. Mais, chaque génération est invitée à faire son choix! Déjà dans une intervention au Jubilé des catéchistes (10/12/2000), le Card. Ratzinger expliquait le sens des mots Nouvelle évangélization: «Nous observons un processus progressif de déchristianisation et de perte des valeurs humaines essentielles qui est préoccupant. Une grande partie de l’humanité d’aujourd’hui ne trouve plus, dans l’évangélisation permanente de l’Eglise, l’Evangile, c’est-à-dire une réponse convaincante à la question: Comment vivre? C’est pourquoi nous cherchons, une nouvelle évangélisation, capable de se faire entendre de ce monde qui ne trouve pas l’accès à l’évangélisation ‘classique’. Tous ont besoin de l’Evangile; l’Evangile est destiné à tous, et pas seulement à un cercle déterminé, et nous sommes donc obligés de chercher de nouvelles voies pour porter l’Evangile à tous… Mais ici se cache également une tentation - la tentation de l’impatience, la tentation de chercher tout de suite le grand succès, de chercher les grands nombres. Ce n’est pas la méthode de Dieu. Les grandes réalités commencent dans l’humilité. Ne nous inquiétons pas de savoir si, et jusqu’à quel point. Un vieux proverbe dit: «Le succès n’est pas un nom de Dieu». La nouvelle évangélisation doit se soumettre au mystère du grain de sénevé, et ne doit pas prétendre produire tout de suite un grand arbre. Nous vivons tantôt dans la trop grande sécurité du grand arbre déjà existant, tantôt dans l’impatience d’avoir un arbre plus grand, plus vigoureux - nous devons au contraire accepter le mystère que l’Eglise est à la fois le grand arbre et le grain minuscule. Dans l’histoire du salut, c’est toujours en même temps Vendredi saint et Dimanche de Pâque»
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