Où sont les ressources?

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Entretien avec Mgr Télésphore Mpundu, archevêque de Lusaka, Zambie. La situation du pays n’est pas particulièrement bénie; 51% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, faisant de la Zambie l’un des pays les plus pauvres au monde.

 

 

Et pourtant, le pays est riche en ressources naturelles; vous avez la province du Copperbelt («la ceinture de cuivre »). Pourquoi la Zambie reste-t-elle ainsi à la traîne sur le plan économique?

R/ Je vous remercie beaucoup d’avoir soulevé la question. Tout d’abord, vous êtes très généreux; ce n’est pas 51% mais 80% de la population, au bas mot, qui est pauvre. Je dirais que 85% des gens en Zambie vivent en-deçà du seuil de pauvreté. Pourquoi? Vous avez mis un peu le doigt dessus. Ce n’est pas faute de ressources; les ressources naturelles sont là; au cours des quatre dernières années environ, nous avons accompli quelques progrès mais, malheureusement, pas assez pour en faire bénéficier la majorité de la population. La plupart des gens sont plus pauvres aujourd’hui que dans les années 60, et si je le dis, c’est parce que j’ai vécu ces années-là.Une des raisons est le manque de priorités appropriées, définies par les dirigeants politiques. L’éducation par exemple, qui est la clé du développement.

 

A propos de ressources naturelles, certes le cuivre fait partie de ces ressources; mais, hélas, on dirait que ça a été aussi une malédiction?

Les politiciens de la première génération nous ont enseigné après les Britanniques que, nous les Zambiens, avions bien de la chance d’être nés avec une « cuillère de cuivre » dans la bouche. Oui, on le disait, et je l’ai entendu de mes propres oreilles, et le résultat est que notre économie au Zambie a été une monoéconomie reposant uniquement sur le cuivre.

Les catholiques sont 3 millions sur une population de 12 millions en Zambie. L’enseignement catholique est très fort et présent. La corruption ne joue-t-elle pas un rôle dans ce problème de la croissance économique? Si la corruption joue un rôle, où l’éducation catholique a-t-elle péché en n’abordant pas ce problème avec les futurs dirigeants de la société zambienne?

R/ Nier que les laïcs catholiques soient impliqués dans cette corruption serait se boucher les yeux et faire l’autruche. Je peux vous donner un exemple. Un jour, les évêques ont eu l’honneur et le privilège de rencontrer l’ex président Chiluba: « Monsieur Le Président, vous devez faire quelque chose pour la corruption. La corruption est dans le gouvernement. La corruption est dans la vie civile. Vous devez, en tant que président, ouvrir la voie. Le gouvernement doit prendre la tête d’une restauration morale, notamment en ce qui concerne la corruption ». Et le président Chiluba nous a répondu: « Merci beaucoup. La corruption! Ne m’en parlez pas. Adressez-vous plutôt à vos catholiques; 70% des secrétaires permanents sont catholiques. Ce sont eux qui savent comment s’y prendre ». « Monsieur le Président, il ne s’agit pas d’un problème catholique, mais national », avons-nous rétorqué.

 

Quelle est la taille des classes en Zambie? En Europe ou aux Etats-Unis, elle est de 25 élèves par classe.

R/ C’est une très bonne question. Pendant longtemps, nous avons maintenu 40 élèves par classe, mais ce chiffre, à cause de la pression au cours des ans, est passé à 45, et maintenant à 50. Avec l’élimination du numerus clausus, il n’y a plus de limites. Prenez beaucoup d’enfants. Mais où les mettre? Nous n’avons pas assez de classes, laboratoires, et pas assez d’enseignants. Si vous avez beaucoup d’élèves et que vous n’avez pas assez de professeurs. Vous voulez faire passer un examen; mais vous ne pourrez pas le corriger. Vous voulez préparez votre cours; comment faire pour capter l’attention des élèves. Alors « plus est mieux »? Non! Et ce n’est là qu’un exemple.

Propos recueillis par Mark Riedemann, CRTN et AED.