La nationalisation de l’industrie minière sud-africaine, reste toujours un sujet aussi chaud que délicat, susceptible d’enflammer les relations entre Sudafricains, Blancs et Noirs. Il suscite des débats très animés, même à l’intérieur de l’ANC (Congrès National Africain), où l’aile jeune (ANCYL  - Ligue de la jeunesse de l’ANC), insiste pour qu’on arrive à la nationalisation, surtout  du secteur minier, qui demeure toujours le principal pilier de l’économie du pays. Ils ont fabriqué une chanson intitulée: « Sizo nationaliser » c’est à dire, nous allons nationaliser.

 

Cette initiative de l’Ancyl a été soutenue par les délégués venus des provinces minières, et plus précisément de Limpopo et du Nord Ouest.

« Nos provinces sont bénies et dotées des nombreuses ressources du sol et du sous-sol, mais la population locale n’en profite pas et croupit toujours dans la misère».

Des propositions qui ont favorisé un débat remarquable entre les différents groupes présents.

Parmi les 2000 délégués du Conclave, les uns considéraient l’initiative de nationaliser les mines comme une voie indiquée pour faire bénéficier à tous les Sudafricains des richesses provenant des ressources minières; tandis que les autres voyaient dans cette initiative une aventure périlleuse et destructrice de l’économie.

 

Principal pilier

L’Afrique du Sud est un leader mondial dans le domaine de l’exploitation minière. Il est le premier producteur mondial d’or et de platine, et fournit les 80% de platine du monde; il génère 4,490 milliards de dollars par an avec l’exportation de l’or et 3,668 milliards de dollars avec l’exportation de platine.

L’industrie du diamant, l’une des plus importantes au monde, occupe la 4è place après le Botswana, le Canada et la Russie, et génère, chaque année, plus de 500 millions de dollars à l’exportation. A part l’or, le diamant et le platine, les autres principaux produits miniers de l’Afrique du Sud sont le manganèse, les minerais de fer et de chrome, le charbon, le gaz naturel, l’uranium etc.

Toute cette industrie minière représente la principale richesse économique du pays; elle apporte le tiers de la valeur globale des exportations et une contribution très significative à l’activité économique, à la création d’emplois et aux recettes en devises.

Le secteur minier est aussi le plus gros employeur du pays, avec plus d’un demi million de travailleurs, auxquels s’ajoutent environ 400.000 salariés travaillant pour le compte des fournisseurs de biens d’équipement et de services.

Mais les mines sudafricaines vieillissent (elles sont opérationnelles depuis plus d’un siècle) et ont besoin d’investissements pour leur expansion et pour améliorer les conditions sanitaires et sécuritaires des mineurs.

Elles sont considérées comme étant particulièrement meurtrières; et d’après la Chambre minière basée à Johannesburg, l’année 2010 aurait été celle de la meilleure sécurité dans les mines de ce pays, avec 128 décès seulement.

 

Défis majeurs à relever

L’industrie minière sudafricaine est largement aux mains des groupes locaux appartenant surtout aux Sudafricains blancs, dont la plupart sont basés à Johannesburg.

Il y a aussi des groupes internationaux spécialisés dans un type bien déterminé de ressources; et depuis la fin de l’apartheid et la mise en place des institutions démocratiques, on trouve de plus en plus quelques petites et moyennes entreprises opérant dans ce secteur de l’économie.

Parmi les grands groupes miniers, nous pouvons mentionner le géant Anglo-American, qui a des intérêts dans l’ensemble du secteur minier. Cette société est actionnaire majoritaire dans Anglo-Gold-Ashanti pour l’exploitation d’or; dans De Beers pour le diamant; dans Anglo-Platine pour le platine; dans Anglo-Coal pour le charbon et dans Kumba Ressources pour la production des minerais de fer. En ce qui concerne le cuivre, Anglo-American est actionnaire minoritaire dans Palabora Mining Company, dont la majorité des parts sont détenues par un autre grand conglomerat connu sous le nom de Rio Tinto.

La plupart des sociétés minières sont souvent critiquées avec raison pour leurs pratiques injustes face aux droits sociaux de leurs employés, et surtout face à la situation sanitaire et sécuritaire des ouvriers dans les mines.

Ces compagnies ne tiennent pas compte des droits des populations locales et ne font presque rien pour ces populations sur le plan de la santé et de la formation. Heureusement depuis l’avènement du régime démocratique, le changement est en train de s’opérer. Certains groupes miniers mettent en pratique une politique sociale et environnementale au profit des populations locales. Ils construisent des infrastructures sanitaires, scolaires, routières et même sportives, d’autant plus que leurs profits annuels le permettent. Ainsi la société De Beers (opérant dans la production du diamant) contribue avec environ 12 millions de dollars pour construire ces infrastructures et aider les ONG caritatives et humanitaires.

 

Efforts pour la valorization des mines

Les atouts du pays en tant que producteur important des ressources minières, sont non seulement l’abondance des réserves, mais aussi le haut niveau des connaissances techniques et des activités de recherche et de développement. Le pays possède également des équipements de haute qualité pour le traitement et la transformation des matières minérales avant leur exportation. L’enrichissement et la transformation des minerais sont ainsi identifiés par le gouvernement comme un secteur important de croissance. Dans beaucoup d’autres pays africains, ces activités sont inconnues et les minerais sont exportés à l’état brut, alors qu’en Afrique du Sud de nombreux programmes encouragent l’exploitation minière aussi par des petites et moyennes entreprises minières et apportent une assistance aux communautés rurales noires dans la négociation des accords avec des compagnies et dans la recherche des moyens pour obtenir les droits d’exploiter les ressources minières dans leurs concessions.

Il y a même une charte minière, approuvée par le gouvernement sous le mandat de l’ancien Président Thabo Mbeki, encourageant les Sudafricains noirs à participer à l’économie dans ce secteur minier. Mais son application procède lentement. D’où la plus grande richesse du pays est toujours contrôlée par des intérêts étrangers et par ceux des Sudafricains blancs.

 

Rêves et risques

Le débat sur la nationalisation ne fait pas l’unanimité. Certains la considèrent une aventure imprudente. Le Secrétaire général de la Chambre des Mines a affirmé: « Nulle part, la nationalisation n’a réussi; elle ne réussira pas non plus en Afrique du Sud ». Il suffit de penser à l’hécatombe de l’économie de la RDC après la zaïrianisation des biens des étrangers, décrétée par le régime dictatorial: la grande société minière, la Gécamines s’est effondrée comme un château des cartes.

Il suffit également de se souvenir des déboires de l’économie zimbabwéenne après la nationalisation des fermes.

Le Secrétaire général de la Chambre des Mines a aussi souligné que les vrais problèmes du secteur minier se trouvent plutôt ailleurs: il s’agit d’abord d’améliorer la sécurité et la santé des mineurs.

« Il faudra que chaque jour, tout ouvrier des mines rentre chez lui sain et sauf ».

Louis Kalonji

Au Coeur du débat

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