Une histoire presque incroyable: après des siècles de persécutions cruelles et l’interdiction de tout signe chrétien, des milliers de Japonais, la plupart des paysans et des pêcheurs, ont réussi à garder leur foi. En cachette.

Lorsqu’on entra en contact avec eux, on trouva que ce qu’ils s’étaient passé d’une génération à l’autre, c’était un culte un peu vague et métissé. Mais leurs héritiers s’engagent maintenant à approfondir la connaissance de cette foi pour la transmettre à la nouvelle génération.

 

Le 17 mars 1865, P. Bernard Petit- jean trouva 15 Japonais à la porte de la nouvelle église qui venait d’être bâtie pour la communauté européenne de Nagasaki. Trois femmes du groupe s’agenouillèrent et dirent au prêtre: «Le cœur de nous tous ici est le même que le vôtre ».

On avait entendu raconter que malgré plus de deux siècles de persécution, il y avaient encore des chrétiens au Japon, les kakure kirishitan ou «chrétiens cachés» qui secrètement avait transmis la foi d’une génération à l’autre. Ces gens qui avaient risqué leur vie pour visiter l’Oura Eglise étaient la preuve que les rumeurs se sont avérées fondées.

Vraiment, ils risquaient la vie. Le Christianisme était toujours défendu, et lorsque les autorités apprirent la nouvelle de cette visite, une nouvelle persécution se déclencha à Urakami, un village dans la banlieue de Nagasaki. La persécution commença avec l’arrestation de 100 kirishitan. Même si par les protestations des gouvernements occidentaux, le gouvernement japonais décida de cesser la persécution des chrétiens en 1873, 13 furent exécutés et 3.000 exilés dans de différents coins du pays.

Les origines de kakure kirishitan remontent aux années 1630, après la révolte contre le gouvernement shogun, dans laquelle les chrétiens jouèrent un rôle capital. La religion chrétienne fut interdite en 1587 et la persécution commença dix ans plus tard avec l’exécution de 26 chrétiens à Nagasaki. Lorsque la rébellion Shimabara échoua, la persécution devint générale dans tout le Japon et les chrétiens durent se cacher. Beaucoup passèrent dans les petites îles, loin des yeux des autorités des villes. Certains prêtres courageux, japonais et étrangers, firent de leur mieux pour assister les fidèles éparpillés un peu partout, mais à partir des années 1640, au Japon il n’y avait plus de prêtres.

 

Les racines

L’évangélisation du Japon avait commencée avec l’arrivée de St François Xavier, le 15 août 1549 et visa, comme dans les autres continents à ce temps là, le baptême du plus grand nombre possible. . Nombreux étaient les missionnaires persuadés que leur œuvre assurait le salut de beaucoup d’âmes autrement condamnées à lenfer.

Un résultat d’une telle vision fut une catéchèse peu profonde. Les gens recevaient le baptême, mais leur connaissance des vérités de la foi était rudimentaire. Ils apprenaient quelques prières, des choses concernant la dévotion à la Vierge Marie et aux saints. Il y eut sans doute des chrétiens qui se préoccupèrent d’approfondir leur foi. C’est leur présence dans les communautés qui se cachaient à cause de la persécution qui assurera parfois la transmission de leur foi. Mais avec le temps, même les communautés mieux formées, entrèrent en crise. Les prières en latin, passées par des paysans et de pêcheurs à leurs enfants, devinrent incompréhensibles. Les mots: «Ave maria, gratia plena, dominus tecum, benedicta…», devinrent: «Ame Maria, karassa binno domisu terikobintsu». Du charabia, et personne n’était en condition de savoir ce que signifiaient ces mots.

Durant deux siècles et demi, les gens oublièrent par exemple la doctrine concernant la Trinité que les missionnaires avaient apprise à leurs ancêtres. Bibles et catéchismes étaient défendus et cachés. Après tout, la plupart des kirishitan étaient des illettrés. Ils se retrouvaient en cachette pour réciter les prières adressées à des colis de tissus cachés sous les autels bouddhistes. Ces colis contenaient des médailles, des statues ou des crucifix qu’ils avaient hérités. Leur religion commença à devenir un mixage de Bouddhisme, de Shinto et de ce que la mémoire gardait du Christianisme.

 

Loyauté vers les ancêtres

Les parents étaient responsables d’enseigner les traditions de la communauté à leurs enfants. Les anciens du village dirigeaient la prière. Si on les découvrait, la mort était sûre. Malgré cela, de petits groupes arrivèrent à garder un sens d’identité comme chrétiens, même si presque toute la théologie catholique était disparue de leur religion. La loyauté vers leurs ancêtres et entre eux les liait.

Lorsque des prêtres comme le P. Petitjean arrivèrent au Japon au cours du dix-neuvième siècle et rencontrèrent des kirishitan, ils se trouvèrent devant un dilemme. Les gens se considéraient ‘chrétiens’, mais leur pratiques et les croyances étaient très loin de ce qu’on pouvait retenir comme ‘catholique’.

Les missionnaires répondirent au défi en invitant les kirishitan à renoncer aux traditions de leurs ancêtres et à entrer de ‘nouveau’ dans l’Église. Environ la moitié de 30.000 kirishitan accepta de renoncer à cette foi héritée et protégée pendant des siècles de persécution. Dans certains endroits, les différences entre leurs croyances et celles de l’Église catholique étaient devenues si grandes que les gens ne s’y retrouvaient plus! Certains vivaient dans des régions si isolées qu’ils n’avaient jamais rencontré un missionnaire.

Aujourd’hui aussi, notamment dans certaines petites îles au large de Nagasaki, quelques milliers de kirishitan gardent les traditions de leurs ancêtres. Mais les jeunes qui quittent ces iles à la recherche d’un travail, abandonnent ces pratiques. Certains deviennent catholiques, la plupart non. Il est probable que dans quelques générations il n’y aura plus de kirishitan.

Lorsque Jean Paul II visita le Japon en 1981, il rencontra un petit groupe de leaders kakure kirishitan. Un de ces derniers, expliqua ensuite: «Nous ne sommes pas intéressés de rejoindre votre Église. Nous sommes de vrais chrétiens, pas les autres».

 

L’holocauste de Nagasaki

Pour ces kirishitan qui ont décidé de devenir catholiques, les missionnaires ont construit des églises dans leurs villages et commencé le travail de leur apprendre la foi actuelle de leurs ancêtres. La plus grande église en Asie, à ce moment là, était celle de Urakami, lieu de la première persécution.

A partir de 1945, la communauté d’Urakami comptait environ 12.000 fidèles, presque tous descendants des kakure kirishitan. Lorsque le 9 août 1945 une bombe atomique explosa dans la zone, les paroissiens tués furent environ 8.500. Aujourd’hui, les descendants de kakure kirishitan forment le cœur de l’Église catholique de Nagasaki. Ils sont fiers d’être les descendants d’hommes et de femmes restés fidèles malgré la persécution, bien que leurs croyances se soient écartées du vrai catholicisme.

Juste à cause de l’histoire de la persécution, leur catholicisme est considéré un peu particulier par rapport au reste du pays. Un peu ‘conservateur’.

Récemment, cependant, l’Église liée au kakure kisishitan a changé. D’une Église qui cherchait à garder la foi, elle est en train de devenir une qui désire partager la foi. Ces catholiques, tout en gardant de la vénération pour leurs ancêtres, se consacrent à l’approfondissement de leur foi et à la faire connaître.

 

Fr. William Grimm, MM, WM.

 

Les chrétiens cachés

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