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Pour la dignité de l’homme |
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Jean Paul II a été le premier pape non italien depuis le pape hollandais Adrien VI en 1520, et le premier pape polonais (slave) de l’histoire de l’Église. Avec ses 26 ans à la tête de l’Eglise catholique, il a connu le plus long pontificat de l’histoire de l’Eglise après ceux de Saint Pierre et de Pie IX (1846-1878). Le Vatican a annoncé qu’il sera proclamé ‘Bienheureux’ le 1er Mai.
Karol Jozef Wojtyła est né à Wadowice, près de Cracovie (Pologne) le 18 mai 1920, dernier enfant de Karol Wojtyła, officier en retraite, et d’Emilia Kaczorowsk. Sa jeunesse a été marquée par plusieurs deuils dans la famille: sa mère en 1929; son frère aîné, un médecin, en 1932; son père, en 1941. Dans son entretien avec le journaliste-écrivain André Frossard, en 1982, il dira: «À vingt ans, j’avais déjà perdu tous ceux que j’aimais, et même ceux que j’aurais pu aimer, comme ma sœur ainée morte six ans avant ma naissance»
C’est en Pologne que la 2è guerre mondiale prend son essor. L’Allemagne et l’URSS se la partagent en septembre 1939. Karol, qui fréquente la faculté des lettres l’Université Jagellonne de Cracovie, échappe de justesse au service militaire obligatoire allemand grâce à un emploi d’ouvrier qu’il décroche dans l’usine chimique. Solvay. «Cette expérience de la vie ouvrière avec tous ses aspects positifs et ses misères, aussi bien qu’à un autre niveau, les horreurs de la déportation de mes compatriotes polonais dans les camps de la mort, ont profondément marqué mon existence.» L’occupant allemand impose la fermeture de l’université ainsi que l’interdiction de fêter les saints polonais. Karol est le président, depuis l’âge de quinze ans, d’une association de jeunes consacrés à la Vierge Marie. Il se passionne de littérature et de théâtre, fait partie d’un mouvement de résistance. Au cours de l’automne 1942, après un long temps de réflexion, il décide de devenir prêtre, et entre au séminaire clandestin de Cracovie. Il lit Lénine et Karl Marx, afin de mieux comprendre la doctrine communiste. Il dira: « Le socialisme n’est pas contraire aux enseignements de l’Église, mais les méthodes des communistes sont contre l’Église. Le communisme prétend imposer aux gens des conceptions matérialistes, il torture la nation… Le communisme en tant que système s’est révélé “un remède plus dangereux que la maladie elle-même.» Prêtre le 1er novembre 1946, à l’âge de 26 ans. En 1953, il enseigne à la Faculté de théologie de Cracovie. Mais le gouvernement communiste interdit l’enseignement religieux dans les écoles et la faculté de théologie de l’Université est fermée en octobre 1954. Cependant, puisqu’à partir de la mort de Staline, en mars 1953, les relations entre la Pologne et l’URSS sont plus libres, l’abbé Karol Wojtyla peut reprendre son enseignement, comme professeur d’éthique à l’Université catholique de Lublin.
Au Concile Vatican II Le 28 septembre 1958, le pape Pie XII le nomme évêque auxiliaire de Cracovie. Il n’a que 38 ans. En 1964, il est nommé à la tête du diocèse. Pendant plus de 20 ans, Wojtyla défend, entre autres, les paroissiens de Nowa Huta, une ville ouvrière que les autorités communistes présentent comme ‘modèle’, mais privée de lieu de culte. L’évêque se bat pour la construction d’une église en célébrant des messes de Noël en plein air (- 10°!). Paul VI lui envoie même une pierre de l’ancienne basilique de Saint Pierre. En octobre 1962, Wojtyla se rend à Rome pour la première session du Concile Vatican II. La délégation polonaise est la plus importante du monde communiste et elle jouit d’une certaine autorité sur les questions concernant la vie de l’Église au sein du bloc de l’Est. Il invite l’Église à employer la méthode heuristique, «faire découvrir à l’élève ce qu’on veut lui enseigner.». Pour Wojtyla, l’athée est d’abord une personne. Une vérité qui précède l’idéologie, le contexte social et politique. Ainsi lors de son intervention du 28 septembre 1965, il déclare: «L’athée croit fermement à son «ultime solitude», parce qu’il croit que Dieu n’existe pas. D’où son désir de se rendre d’une certaine manière immortel, à travers la vie de la collectivité. Nous devons donc nous demander pourquoi le collectivisme favorise l’athéisme.». Au fil des débats - Wojtyla parle plusieurs langues – il se lie d’amitié avec des évêques africains, qu’il sent animés d’une foi jeune, vivante. La Pologne a une longue histoire de souffrance, d’humiliation et même d’annihilation. Il n’est pas étonnant - écrira un journaliste -que cet évêque polonais aie une grande sensibilité pour les gens opprimés, en particulier pour l’Afrique, le continent oublié. Paul VI le nomme cardinal le 28 juin 1967. Il est alors le plus jeune de tous les cardinaux. Une de ses initiatives originales, en tant qu’archevêque de Cracovie, est l’ouverture, en 1972, d’un Synode pastoral, visant à concrétiser la ‘collégialité’ du Vatican II avec les prêtres et fidèles de l’archidiocèse. Plus de 500 groupes d’étude, composés de fidèles de toutes conditions, vont approfondir régulièrement les textes du Concile; plus de onze mille personnes, étudient ainsi ses enseignements. Ce Synode de Cracovie se poursuit jusqu’en 1979. Dès la fin du concile, le pape Paul VI nomme Karol Wojtyla membre de la commission sur les questions de la contraception et de la sexualité. Il joue un rôle important dans le groupe consulté par le pape au sujet de la contraception juste avant l’encyclique «Humanae Vitae», publiée en 1968. Paul VI reçoit souvent le cardinal Wojtyla. En 1976, le cardinal prêche les Exercices spirituels du carême au pape et à la curie romaine. Le 26 août 1978, à la mort de Paul VI, Karol Wojtyla, cardinal, participe à l’élection du futur pape. Albino Luciani, patriarche de Venise, est alors élu, et prend le nom de Jean Paul I. Jean Paul I meurt trente-trois jours plus tard. Le 16 octobre, le conclave choisit Karol Wojtyla comme nouveau pape. Il prend le nom de Jean Paul II.
Dialogue Parmi les initiatives les plus marquantes de son pontificat: il n’a pas hésité à accepter l’invitation du roi du Maroc, Hassan II, en 1985, à s’adresser à 80.000 jeunes musulmans: «Nous adorons le même Dieu», dira-t-il au stade de Casablanca. En janvier de l’année suivante, à New Delhi, il visite le monument de Mahatma Gandhi. Pendant de longs moments, il demeure agenouillé en prière silencieuse pour ensuite faire l’éloge de l’apôtre de la non-violence. Il rencontrera six fois le Dalaï Lama. Après la visite au Vatican le 27.01.2003, ce grand portevoix du Bouddhisme déclara: « J’ai dit au pape mon admiration pour ce qu’il a fait pour la paix et l’harmonie religieuse dans le monde.» Le 13 avril 1986, il fait une visite historique à la synagogue de Rome. Quelques mois plus tard, il prend l’initiative d’inviter 200 représentants des grandes religions de la planète à Assise (Italie): c’est le 27 octobre 1986. Pour la première fois dans l’histoire, toutes les grandes traditions religieuses étaient présentes, afin de prier ensemble pour la paix. Un grand jour: “Puissions-nous y voir une préfiguration de ce que Dieu voudrait que soit le cours de l’histoire de l’humanité: une route fraternelle sur laquelle nous nous accompagnons les uns les autres vers la fin transcendante qu’il établit pour nous», dit le pape. En janvier 1993, Jean Paul II a réitéré son invitation à Assise afin de prier pour la paix en Europe et particulièrement dans les Balkans, et de nouveau en 2002, en réponse à l’attaque aux Tours jumelles de New York, le 11 septembre 2001. D’autres rencontres significatives: celle particulièrement chaleureuse avec les leaders musulmans à al-Azhar, au Caire. A Jérusalem, où il a déposé sa propre prière au Mur occidental et où se tint une rencontre de Juifs, de chrétiens et de musulmans. A Damas, avec la visite à la mosquée d’Omayyad. «À maintes reprises au cours de ses voyages, d’Ankara à Dakar, de Casablanca à Tunis et de Damas au Caire, Jean Paul II a appelé les catholiques à travailler avec les musulmans, pour qu’ensemble ils contribuent à la sauvegarde des valeurs spirituelles dont notre monde a tant besoin et à la recherche de la justice, condition de la paix entre les peuples, sur tous les continents, en particulier au Proche-Orient et en Afrique. (Jeune Afrique l’i., n° 2309, 2005) Il a manifesté son intérêt et son respect pour les religions traditionnelles africaines. S’adressant, par exemple, aux représentants du vaudou à Cotonou, au Bénin, en février 1993, il salue leur attachement aux valeurs de la tradition tout en soulignant la nouveauté de l’Évangile. Il vaut la peine de le citer au complet: “Vous êtes fortement attachés aux traditions que vous ont léguées vos ancêtres. Il est légitime d’être reconnaissant envers des aînés qui ont transmis le sens du sacré, la croyance en un Dieu unique et bon, le goût de la célébration, l’estime pour la vie morale et l’harmonie dans la société. Vos frères chrétiens apprécient, comme vous, tout ce qui est beau dans ces traditions, car ils sont, comme vous, des fils du Bénin. Mais ils sont également reconnaissants à leurs ‘ancêtres dans la foi’, depuis les Apôtres jusqu’aux missionnaires, de leur avoir apporté l’Évangile. Ces missionnaires leur ont fait connaître la Bonne Nouvelle que Dieu est Père et s’est rendu proche des hommes par son Fils, Jésus-Christ, porteur d’un joyeux message de libération.” «Il est aussi nécessaire de mentionner combien l’action de Jean Paul II en faveur de la paix l’a rendu sympathique à plusieurs, aux musulmans en particulier. Il a condamné la première guerre du Golfe. Il s’opposa aux sanctions contre l’Irak et la Libye. Il n’a jamais cessé de parler en faveur du Liban qu’il a appelé ‘un message’ pour l’humanité et déjà, en 1989, dans un geste inhabituel, il a adressé, à ce sujet, une lettre à tous les musulmans. Écrivant à la fois à Netanyahu et à Arafat, il les appelait à mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Il essaya d’empêcher l’invasion de l’Irak, envoyant des cardinaux pour plaider auprès de Saddam Hussein et de George Bush » (Mgr. Michael L. Fitzgerald, M. Afr.,)
Chute du mur de Berlin La chute du mur de Berlin en 1989 et la crise du ‘bloc communiste’ l’année suivante, furent considérées comme étant liées à l’action de Jean Paul II. Mikhaïl Gorbatchev affirmera: «Tout ce qui s’est passé en Europe orientale au cours de ces dernières années n’aurait pas été possible sans la présence de ce pape, sans le grand rôle qu’il a su tenir sur la scène mondiale». Il y a du vrai en cela. Par exemple, dans son encyclique Sollicitudo Rei socialis (L’intérêt actif que porte l’Eglise à la question sociale, 30.12.1987), presque un an avant la chute du mur de Berlin, le pape écrivait que ce qui bloque l’accès de peuples pacifiques aux biens destinés à tous les hommes, c’est l’existence des deux blocs «Chacun des deux blocs cache au fond de lui, à sa manière, la tendance à l’impérialisme, selon l’expression reçue, ou à des formes de néo-colonialisme: tentation facile dans laquelle il n’est pas rare de tomber, comme l’enseigne l’histoire, même récente ». Dans l’encyclique sociale de 1991 Centesimus Annus (Le Centenaire), il affirmera «La solution marxiste a échoué, mais des phénomènes de marginalisation et d’exploitation demeurent dans le monde, spécialement dans le Tiers-Monde, de même que des phénomènes d’aliénation humaine, spécialement dans les pays les plus avancés. Des foules importantes vivent encore dans des conditions de profonde misère matérielle et morale. Certes, la chute du système communiste élimine dans de nombreux pays un obstacle pour le traitement approprié et réaliste de ces problèmes, mais cela ne suffit pas à les résoudre. Il y a même un risque de voir se répandre une idéologie radicale de type capitaliste qui refuse jusqu’à leur prise en considération, admettant a priori que toute tentative d’y faire face directement est vouée à l’insuccès, et qui, par principe, en attend la solution du libre développement des forces du marché.»
Jubilé 2000 Il a donné un input extraordinaire au Jubilé de l’an 2000. Il ouvrit la Porte Sainte avec le métropolite orthodoxe Athanasios et le primat anglican George Carey. Il demanda pardon. En demandant pardon pour les péchés passés et présents des fils de l’Église. Au cours d’une célébration solennelle, 7 cardinaux de la Curie romaine ont confessé publiquement les fautes passées et présentes des chrétiens. Le premier, le card. béninois Bernardin Gantin, a fait une confession générale des péchés des chrétiens à travers l’histoire; le card. allemand Joseph Ratzinger a invité à confesser les fautes de ceux qui ont utilisé “des méthodes non évangéliques” au service de la foi; le card. français Roger Etchegaray, a encouragé à confesser les péchés qui ont provoqué la séparation des chrétiens; le card. australien Edward Cassidy, a reconnu les fautes commises “contre le peuple de l’alliance”, Israël; le card. nigérian Francis Arinze, a invité à confesser les péchés qui ont blessé la dignité de la femme et l’unité du genre humain; l’archevêque japonais Stephen Fumio Hamao, président du Conseil Pontifical pour les Migrants, pour les péchés contre l’amour, contre la paix, contre les droits des peuples, le respect des cultures et des religions; l’archevêque vietnamien François Xavier Nguyên Van Thuân, pour les péchés commis dans le domaine des droits fondamentaux de la personne humaine: les abus contre les enfants, la marginalisation des pauvres, la suppression des enfants à naître dans le sein maternel ou leur utilisation à des fins expérimentales, etc. Le pape conclura: “Nous confessons à plus juste titre encore nos responsabilités de chrétiens pour les maux d’aujourd’hui. Face à l’athéisme, à l’indifférence religieuse, à la sécularisation, au relativisme moral, aux violations du droit à la vie, à l’indifférence devant la pauvreté de nombreux pays, nous ne pouvons pas ne pas nous demander quelles sont nos responsabilités”. La préoccupation du pape envers le monde en développement ne s’arrête pas à l’Afrique; il souhaite inspirer le sens d’une solidarité mondiale pour tout l’hémisphère Sud. Il dit que le jubilé de l’an 2000 pourrait être l’occasion de réduire substantiellement, voire d’annuler la dette du tiers-monde, qui empêche tant de pays d’aller vers le progrès. Dans son encyclique de 1988 sur l’ordre social, il a noté les déséquilibres créés à travers le monde par l’inégale distribution des richesses. Il pense que les dirigeants politiques et les citoyens des pays riches, surtout s’ils sont chrétiens, ont le devoir moral d’utiliser leurs richesses pour alléger les souffrances du monde pauvre. La poursuite de cet objectif est essentielle à la réussite du bien commun, qui est le but le plus élevé de la solidarité. Et il embrassera le crucifix en signe d’amour et de demande de pardon. C’est tout le passé du catholicisme que Jean Paul II a voulu passer au crible, dans un esprit de totale honnêteté. Des demandes de pardon qu’il renouvèlera presque une centaine de fois. Comment oublier, en particulier, la demande de pardon pour “les aberrations horribles de ceux qui avaient réduit en esclavage leurs frères et sœurs que l’Évangile avait destinés à la liberté”, faite pendant sa visite au Sénégal en 1992, à l’ancien centre d’esclavage de l’île de Gorée, ce sanctuaire de la souffrance des Noirs?
Jean Paul II et l’Afrique «A l’occasion de sa visite en 1995 (Cameroun, Afrique du Sud, Kenya), le journal italien La Stampa donnait le commentaire suivant: “Après la chute du mur de Berlin, le pape semble déterminé à détruire un autre mur, celui du silence et de l’oubli… le mur qui sépare l’Afrique du reste du monde, l’indifférence des pays de l’Ouest face au rôle qu’ils ont joué dans la destruction du continent entier.” L’idée de la solidarité révèle une préoccupation du monde en développement et Jean Paul II a montré une attention particulière à l’Afrique. Quand il alla au Cameroun, en Afrique du Sud et au Kenya en septembre 1995, c’était son onzième voyage en tant que pape sur ce vaste continent. Il y retourna, notamment lors de son deuxième voyage au Nigeria en 1998. Tandis que le monde s’intéressait davantage à l’Europe durant son pontificat, le pape ne voulait pas que le continent africain soit oublié. Jean Paul II a comparé l’Afrique à cet homme agressé, frappé et laissé sur le bord de la route dans la parabole de l’Évangile. Le Bon Samaritain vient prendre soin de lui. «L’Afrique est un continent où un nombre incalculable d’êtres humains, hommes et femmes, jeunes et enfants, sont laissés là, sur le bord de la route, malades, blessés, marginalisés et abandonnés. Ils ont un réel besoin d’être aidés par un Bon Samaritain. » «Jean Paul II était persuadé qu’en dépit d’une histoire d’oppression et d’exploitation aux mains d’un Ouest chrétien, les semences de l’Évangile avaient trouvé en Afrique une terre fertile. Il était convaincu que l’Église africaine avec sa vitalité et son dynamisme pouvait fournir une contribution majeure à la mission de l’Église. Plusieurs images reviennent à l’esprit au souvenir des visites de Jean Paul II en Afrique: entre autres, sa rencontre avec Nelson Mandela en Afrique du Sud, à Khartoum avec les chrétiens persécutés du Soudan. Mais le but principal de ses voyages était de lancer un défi aux Églises locales pour qu’elles deviennent des agents d’évangélisation, à leur tour missionnaires pour le monde, même si elles étaient encore perçues en Europe comme des Églises de mission. Avec cette intention en tête, il appela, pour la première fois dans l’histoire, les représentants de l’Église catholique du continent pour un synode sur l’Afrique. Cette Assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques, qui s’ouvrit par une splendide liturgie dans la basilique St-Pierre, a été marquée par deux événements qui mirent en lumière d’une façon particulière les faiblesses et les forces du continent et de ses Églises locales. L’ouverture du synode coïncidait avec le début du génocide au Rwanda. Ce massacre insensé dans un des pays les plus catholiques du continent fut un point d’interrogation sur la façon dont l’Afrique avait été évangélisée. Plus tard, le même mois, le système aberrant de l’apartheid était démantelé sans effusion de sang. Certains chrétiens y avaient joué un rôle de premier plan dans ce processus pacifique. La bible chrétienne qui avait été utilisée pour réduire les noirs en ‘apartheid’ pouvait aussi apparaître comme un pouvoir de libération. Ces deux événements forcèrent l’Église à approfondir davantage son approche de la culture africaine et de l’évangélisation. «Veillez par tous les moyens sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux pour l’avenir de la grande famille humaine.» (Discours à l’ Unesco - 02.06.1980) Le synode identifia deux domaines dans lesquels l’évangélisation n’avait pas réussi. Il n’y avait pas eu de véritable dialogue avec les cultures et les religions africaines. Dans l’esprit et le cœur de la plupart des chrétiens africains, les rituels et les pratiques traditionnels avaient continué à côtoyer les croyances chrétiennes. L’étonnant abus de pouvoir, à la fois des régimes coloniaux comme de ceux qui les avaient suivis, démontrèrent combien peu les réalités politiques et économiques avaient été transformées par la vision évangélique. Les pères du synode identifièrent l’inculturation, la justice et la paix comme des éléments de la mission d’aujourd’hui.
Eglise - famille Du synode surgit aussi une vision rajeunie de la mission. La clé pour une évangélisation du monde était celle du dialogue: dialogue avec les cultures et les religions, dialogue avec toutes les forces de la société, oui, dialogue même à l’intérieur de l’Église dont la vie devait se modeler selon les valeurs de la famille africaine. Jean Paul II n’a pas simplement publié le document du synode. Il le porta personnellement au peuple africain, de la même façon qu’un missionnaire apporte la Parole de Dieu. Alors qu’il traversait tout le continent, du nord au sud, de l’est à l’ouest, il fit ressortir divers aspects du document synodal. Il commença par signer le document, non pas à son bureau de Rome, mais lors de son premier arrêt au Cameroun où il présenta l’image de l’Église comme celle d’une famille. L’Afrique du Sud venait tout juste d’abolir sans violence le système d’apartheid et elle apparaissait comme un rayon d’espoir pour le reste de l’Afrique. Elle fut choisie comme endroit idéal pour souligner que la lutte pour une société juste et pacifique était une “partie intégrale de l’évangélisation”. Le peuple d’Afrique du Sud était un exemple vivant démontrant que “les difficultés expérimentées en plusieurs endroits d’Afrique pouvaient être surmontées”, comme avait dit le synode. Contre les tentations de découragement et de fatalisme, “L’Église a le devoir… de renforcer chez tous les Africains, une espérance de libération authentique”. Il incita les Églises à s’engager dans la lutte pour la démocratie, pour la dignité et les droits humains, pour la réconciliation. «Parmi les déformations du système démocratique, la corruption politique est une des plus graves, car elle trahit à la fois les principes de la morale et les normes de la justice sociales.» (Journée mondiale pour la paix, 1999). A temps et à contre-temps, il continua à rappeler au reste du monde sa responsabilité face aux problèmes de l’Afrique et son devoir de soutenir le continent dans sa lutte contre la pauvreté et sa mise en marche du développement humain. Face aux effets désastreux des politiques commerciales néo-libérales sur les économies africaines, aujourd’hui encore, les paroles du pape et ses appels urgents demeurent d’actualité. Au parc Uhuru de Nairobi, devant un million de personnes, le pape envoya l’Église africaine en mission au cours d’une de ces cérémonies colorées - vibrante de tambours et de danses - qui furent si typiques de tous ses voyages africains. “Le synode est terminé… le synode ne fait que commencer!” Ce furent là ses derniers mots de la soirée. Il avait remis le document synodal entre les mains des évêques, prêtres, catéchistes et laïcs, pour qu’ils le portent dans les petites communautés chrétiennes pour les transformer en agents d’évangélisation. Quelques mois avant son décès - il appela pour un deuxième synode sur l’Afrique. Pour réaliser combien le pape Jean Paul II avait gagné les cœurs des Africains - aussi bien chrétiens, musulmans, qu’adeptes de la religion traditionnelle - il suffit de voir comment ils sont demeurés rivés à leurs écrans de télévision le jour des funérailles pour un dernier au revoir à l’homme qui avait toujours su défendre la dignité de chaque être humain, leur donnant un rayon d’espérance.» (Wolfgang Schonecke, M. Afr.)
Patrick-R. Monzemu Moleli et Neno Yawo |
