Dans son message pour la 45éme Journée Mondiale des Moyens de Communication Sociale (dimanche 5 juin 2011), « Vérité, annonce et authenticité de la vie à l’ère du numérique », le pape Benoît XVI présente une réflexion sur la communication à travers le réseau Internet. Un phénomène qui est en train d’opérer de profondes transformations culturelles et sociales dans notre monde, comme on n’en connaissait jamais auparavant.

 

Aujourd’hui, Internet est devenu une réalité quotidienne pour 1 milliard et 800 millions de personnes dans le monde. Il fait «partie intégrante de la vie humaine.» La progression est certaine malgré les différences entre continents. Le dernier rapport de l’Union internationale des télécommunications (UIT) montre que l’utilisation d’Internet dans le monde ne fait que grandir: tandis que dans certains pays riches, presque les trois quarts de la population utilisent régulièrement Internet, dans d’autres pays, le taux est très bas. Par exemple, en Afrique, seulement 9,6% de la population se branche sur Internet. La croissance du déploiement des réseaux est importante aux pays du Maghreb et très bas dans l’Afrique sub-saharienne, où le chiffre peut tomber à 1%. Les «internautes» en Afrique sont actuellement 77 millions, cinq fois plus qu’il y a 5 ans. La Tunisie est le pays africain avec le plus haut pourcentage d’internautes et l’Egypte, le pays qui a plus d’internautes: 11 millions et demi.

Le message du Pape est positif: «Je voudrais inviter les chrétiens à s’unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau Internet, un système de diffusion des informations et des connaissances duquel naît une nouvelle façon d’apprendre et de penser, avec de nouvelles opportunités d’établir des relations et de construire la communion». Il faut que ces nouvelles technologies soient « mises au service de la personne et de l’humanité entière. Sagement employées, elles peuvent contribuer à satisfaire le désir de sens, de vérité et d’unité qui reste l’aspiration plus profonde de l’être humain ». En même temps, face aux potentialités extraordinaires du réseau Internet, s’impose « une sérieuse réflexion sur le sens de la communication dans l’ère numérique », parce qu’il y a aussi des risques et des dangers.

 

Social network

Le désir d’établir de nouvelles formes de relations interpersonnelles, même au-delà des frontières physiques et culturelles, attire surtout les jeunes dans les réseaux sociaux ou social network sur Internet. Des mots comme Twitter, Facebook, Youtube, Skype, Second Life ou Myspace il y a 10 ans n’existaient pas, alors qu’aujourd’hui, ils font partie du vocabulaire de millions de personnes, surtout des jeunes. Facebook, par exemple, a atteint en 2010 les 500 millions de personnes enregistrées, c’est-à-dire 1 personne sur 14 dans le monde. Ces social network permettent l’échange d’informations, photos, vidéos, enregistrements sonores... même avec des inconnus, «inaugurant ainsi un tout nouveau monde d’amitiés potentielles».

La communication sur la «toile», plutôt qu’un simple échange de données, tend vers le partage et le dialogue. Mais voilà que c’est précisément ici qu’elle se heurte à certaines limites: « la partialité de l’interaction, la tendance à communiquer seulement quelques aspects de son monde intérieur, le risque de tomber dans une sorte de construction de l’image de soi qui peut conduire à l’auto-complaisance ». Les plus exposés à ces limites sont les jeunes, qui vivent «ce changement de la communication, avec toutes les angoisses, les contradictions et la créativité propre à ceux qui s’ouvrent avec enthousiasme et curiosité aux nouvelles expériences de la vie».

Toujours reconnaissant la grande opportunité que ces « espaces virtuels » offrent à la communication, le Pape alerte sur les possibles dangers, notamment celui de se réfugier dans une sorte de monde parallèle et céder à l’illusion de construire artificiellement un « profil » public. On se trouve devant le défi « d’être authentique et fidèle à soi-même ». En plus, le Pape se demande: « N’y a-t-il pas le danger d’être moins présent à ceux que nous rencontrons dans notre vie quotidienne ordinaire ? N’y a-t-il pas le risque d’être plus distrait, parce que notre attention est fragmentée et absorbée dans un monde ‘différent’ de celui dans lequel nous vivons ?». La thérapie pour vaincre ces dangers, selon le Pape, c’est le contact avec la vie réelle, parce que «le contact virtuel ne peut pas et ne doit pas se substituer au contact humain direct avec les personnes à tous les niveaux de notre vie».

 

Communiquer la foi

Si le chrétien est appelé à offrir toujours une réponse à qui demande raison de l’espoir qui est en lui
(
1P 3,15), le message du Pape affirme sans ambages que cette espérance évangélique, il faut aussi la communiquer à travers Internet et qu’il faut le faire d’une manière «honnête et ouverte, responsable et respectueuse de l’autre». Voila le style chrétien de présence dans le monde numérique.

L’annonce de l’Evangile, avant d’être un discours ou une doctrine, c’est surtout un témoignage de vie, pourtant cette annonce, même dans le monde numérique, a besoin d’un cohérent témoignage de la part de qui l’annonce. «La personne est toujours impliquée dans ce qu’elle communique» et elle passe, même sans se rendre compte, sa vision du monde, ses espoirs, ses idéaux et ses valeurs. Ainsi, le témoin chrétien doit s’exprimer en profonde cohérence avec les valeurs de l’Evangile, même lorsqu’on n’en parle pas explicitement.

La présentation du message chrétien sur Internet demande une créativité consciente et un sens professionnel scrupuleux. Ce n’est pas facile de faire écouter la voix de l’Evangile dans l’immense « toile », où des milliards de messages circulent chaque jour et disparaissent rapidement. Le moteur de recherche Google dénombré plus de mille milliards de liens (URL) sur la «toile» dans le monde. C’est une concurrence astronomique et la tentation est de faire n’importe quoi pour être écouté et suivi est toujours présente. Le message du Pape rappelle: «nous devons être conscients que la vérité que nous cherchons à partager ne tire pas sa valeur de sa ‘popularité’ ou de la quantité d’attention reçue. Nous devons la faire connaître dans son intégrité», plutôt que de la mutiler ou édulcorer pour la rendre acceptable.

Le message nous met aussi en garde contre le «tout-digital»: c’est surtout la proximité, le contact, le dialogue fraternel et la vie en communauté chrétienne, en Eglise, qui fait naître la foi dans le cœur de l’être humain. Lors de son allocution au Conseil pontifical de la culture en novembre 2010, le pape Benoît XVI avait souligné cette primauté du témoignage de vie: «La beauté de la vie chrétienne est encore plus décisive que l’art et que l’image pour communiquer le message évangélique. A la fin, seul l’amour est digne de foi et se révèle crédible».

Dans la forêt immense du monde numérique, la présence sereine et visible des chrétiens doit contribuer à la construction d’un monde plus humain. Voilà le défi.

 

Kike Bayo

Journée Mondiale des
Communications sociales

  Numéros on line