C’est l’invitation répétée maintes fois et avec force à Dakar, au cours du onzième Forum Social Mondial (6-11 février 2011). 70.000 personnes des cinq continents y ont participé, réalisant une concentration extraordinaire de rencontres, de messages et d’expériences. Le choix d’organiser le FSM au Sénégal , après celui du Kenya en 2007, a été pour les Africains une nouvelle opportunité de faire entendre leurs voix et de plaider, aux côtés des autres continents présents, en faveur d’un système mondial « plus respectueux de tous ». Il a été l’aboutissement d’une année d’initiatives mondiales ayant permis la tenue de plus de quarante événements, comme le Forum Social des Etats-Unis, celui des Amériques, le Forum Mondial de l’éducation en Palestine…

 

Le Forum a débuté dans la capitale sénégalaise par un long cortège où musique, danses et chants de protestation accompagnaient les drapeaux nationaux et les affiches proposant les idéaux de ce rendez-vous: ‘Vie, pain, paix et liberté. Pour une Afrique prospère, pacifique et réconciliée! Pour un monde sans dette et sans oppression! Non à la vente des terres africaines! Pour un système mondial plus respectueux de tous!..’ Jusqu’à l’Université Cheikh Anta Diop, où le Forum a tenu ses séances.

Etaient présents l’ancien président du Brésil L. I. Da Silva Lula et Evo Morales, Président de la Bolivie. Celui-ci a rappelé aux gens qui participaient à la marche d’ouverture les mouvements de révolte qui bouleversent certains pays du Maghreb et a souligné qu’on traverse un moment de crise, avec de graves répercussions sur les prix alimentaires et l’environnement. «Il appartient à l’Afrique de faire sa propre révolution. Les pays du Sud connaissent leurs ennemis: le néo-colonialisme, le capitalisme et la répartition inique de la richesse», a-t-il dit.

Notre place

Le dimanche 6 février, le cardinal catholique de Dakar, Adrien Théodore Sarr, a accueilli les manifestants à l’église des Martyrs d’Ouganda. C’était la première fois que le FSM, qui par définition a un statut apolitique et areligieux, se retrouvait dans une église!

L’évangile du jour invitait les disciples à être lumière et sel de la terre. «Disciples de Jésus-Christ – dit le cardinal dans son homélie - nous avons la responsabilité de projeter la lumière de l’Évangile sur les situations où sont compromis la dignité et les droits de l’homme, et de tout homme. Dans ce sens, nous rejoignons les objectifs du Forum Social Mondial, et prenons notre place dans ses combats sur la planète Terre. Ne pas rester indifférents au sort de nos semblables; ne pas nous dérober à la solidarité avec nos frères et sœurs en humanité, que nous voyons dans le besoin: alors nous sommes lumière dans les ténèbres de l’égoïsme et de l’indifférence à autrui.

« Faisons écho aux dénonciations et appels faits par les Pères du 2ème Synode Africain d’octobre 2009 – a continué le célébrant - aux grandes puissances de ce monde, nous disons: traitez l’Afrique avec respect et égard pour sa dignité. L’Afrique a longtemps réclamé un changement de l’ordre économique mondial, dont les structures injustes pèsent lourdement sur elle. Les récents désordres dans le monde financier attestent qu’il est temps d’opérer des changements radicaux dans les règles du jeu. Mais ce serait une autre tragédie si ces réajustements devaient servir les intérêts des riches au détriment des pauvres. La plupart des conflits, des guerres et des situations de pauvreté en Afrique proviennent essentiellement de ces structures injustes ». Des idéaux, des principes et des objectifs qui font partie du projet du FSM!

 

Un message ‘global’

Pendant quatre jours, on a débattu les thèmes socio-politiques les plus divers. Dans des dizaines d’ateliers. Avec des participants convaincus qu’ «Un monde meilleur est non seulement possible, mais que c’est un but urgent. » Urgent comme le pain, l’eau et l’électricité (à Dakar – ainsi que dans des innombrables villes du continent - il fait noir pendant plusieurs heures chaque jour). Des réalités qui alimentent l’indignation, non pas seulement contre la cupidité de l’Occident, mais aussi contre la corruption des dirigeants africains.

Dakar 2011 est là pour montrer que le FSM n’est pas un mouvement en train de s’essouffler. En plus des thèmes habituels, il a mis en avant le phénomène de l’accaparement des terres et des matières premières. Les nouvelles formes de recolonisation, le rôle des femmes dans la conquête des nouvelles libertés, la question des migrants (on a annoncé l’organisation d’une conférence internationale sur la libre circulation des personnes, afin d’adopter une «charte des droits des migrants» et un «passeport de la citoyenneté universelle.»

Pour un monde différent

La liste des déclarations finales voudrait transmettre un message ‘global’, invitant tout le monde à se préoccuper de tout le monde. “Défendons, luttons, dénonçons, mobilisons-nous, renforçons les liens de solidarité entre les peuples...» Alors que les Nations Unies, qui aux débuts de leur existence semblaient concrétiser le rêve initial d’être une «famille des nations», offrent souvent l’image d’un «club des gouvernements», le FSM se présente comme un espace large, libre et démocratique de la société civile. Il rappelle les idéaux d’un monde différent, certainement possible.

«A Dakar, nous avons célébré les 10 ans du premier Forum qui s’est tenu à Porto Alegre en 2001. Au cours de cette période, nous avons construit une histoire et un travail communs qui a permis certaines avancées, notamment en Amérique latine…

Nous affirmons notre soutien et notre solidarité active aux peuples de Tunisie, d’Egypte et du monde arabe qui se lèvent aujourd’hui pour revendiquer une véritable démocratie et construire un pouvoir populaire. De part leurs luttes, ils montrent la voie d’un autre monde débarrassé de l’oppression et de l’exploitation.

Nous dénonçons le rôle des acteurs du système (banques, transnationales, grands médias, institutions internationales,…) qui, à la recherche du profit maximum, continuent leur politique interventionniste via des guerres, des occupations militaires, des supposées missions humanitaires, la création de bases militaires, le pillage des ressources naturelles, l’exploitation des peuples, la manipulation idéologique… Les puissances impérialistes utilisent des bases militaires, pour provoquer des conflits, contrôler et piller les ressources naturelles…

Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et anti-sociales. Mobilisons-nous massivement à l’occasion des réunions des G8 et G20 pour dire non à ces politiques qui nous traitent comme des marchandises… »!

J. Kabeya et J. P. Pezzi

Mobilisons-nous!

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