Avec la conclusion du référendum (9 janvier 2011), l’objectif le plus important que visaient les Sudistes a été atteint. Le traité de paix signé à Nairobi en janvier 2005 entre Khartoum et la rébellion sudiste (Sudan People Liberation Mouvement (SPL/M) n’est pas resté lettre morte comme beaucoup de traités signés dans le passé. Après des décennies de guerre fratricide, après des millions de morts et de réfugiés, les gens entrevoyaient une lueur d’espérance

Quelques jours avant le vote, le président soudanais Omar al Bashir avait déclaré que l’indépendance du Sud serait une erreur qui déstabiliserait la région. Des propos auxquels le président du sud, Salva Kiir Mayardit, avait répondu que la «guerre n’était pas à l’horizon et que le Sud saurait assumer sa responsabilité pour la croissance et le développement». Ce référendum, avait-il expliqué, serait «non pas la fin d’un parcours, mais un début».

Le dimanche après le référendum, le président Salva Kiir, un catholique, lors d’une messe à la cathédrale Ste Thérèse de Juba, a fait appel à la population en l’invitant à «pardonner au Nord la mort infligée au Sud du pays» pendant une guerre durée un demi-siècle (sauf une interruption entre 1972 et 1982) qui fit 2 millions de morts. «Pour nos frères et sœurs morts, en particulier ceux qui ont péri pendant les combats, nous devons, comme le Christ sur la croix, pardonner à ceux qui ont causé leur mort.» Un geste très important de réconciliation avec le Nord. Dans les années à venir, on aura à travailler sans relâche pour la paix et l’harmonie entre les différents groupes, à partir des différentes ethnies dans le Sud.

Durant ces six dernières années, le SPL/M a dû avaler beaucoup de couleuvres dans la perspective de sauver le référendum: d’abord le recensement et puis les élections générales - deux étapes importantes avant le référendum; puis la lenteur exacerbée dans la mise au point de l’accord.

Mais la patience du Sud a été récompensée: ce fut un référendum exemplaire sous tous les points de vue, comme l’ont reconnu les observateurs internes et internationaux. Plus de 95 % de ceux qui s’étaient inscrits ont voté dans l’ordre et la dignité. Comme prévu, la sécession l’a emporté. Malgré le travail démesuré de consultation populaire dans un territoire parmi les plus pauvres du continent, avec des difficultés d’infrastructures peu communes, le référendum s’est déroulé sans violences particulières.

 

Les problèmes à l’horizon

La délimitation des frontières reste sans doute une affaire ‘épineuse’ pour les années à venir, de même que les régions des Monts Nouba, Sud Kordofan, Nil Bleu, Darfour et Bahr el Ghazal... pour lesquelles le gouvernement de Khartoum a toujours temporisé en espérant trouver un alibi pour renvoyer le référendum à plus tard. D’ailleurs, les tensions entre les ethnies arabisantes du Nord qui se disputent les pâturages se trouvant le long de la frontière avec le Sud, ont été aussi utilisées intentionnellement.

C’est surtout dans la région d’Abyei, où se trouvent de grands gisements de pétrole que les tensions peuvent exploser de nouveau. Durant le référendum, dans les environs d’Abyei, un convoi de personnes qui rentraient au Sud a été attaqué et 46 personnes en sont mortes. Après tout, contrairement aux frontières coloniales, selon lesquelles Abyei appartient au Sud, la Cour de la Haye a attribué la partie nord d’Abyei, la plus riche en ressources pétrolières, à Khartoum. Pour sauver le référendum dans le sud, le SPLM a accepté in extremis de maintenir la région d’Abyei en dehors du référendum. Dernièrement les tensions ont dégénéré. Le 21 mai 2011, l’armée de Khartoum avait pris le contrôle de la ville d’Abyei.

 

Le Nord chrétien

Il faut tenir compte d’un autre aspect important. Un grand exode s’est vérifié à l’approche du référendum: des milliers et des milliers de Sudistes résidents au Nord sont rentrés au Sud. Ces dernières années, le Sud-Soudan a continué de souffrir à cause de la marginalisation permanente du Nord. Il a souffert avec les personnes du Sud qui vivent au Nord, spécialement à Khartoum, où les Soudanais du Sud sont considérés comme un groupe de seconde zone. Et pourtant, nombreux sont ceux qui y vivent depuis deux ou trois générations.

En quelques semaines, d’entières communautés chrétiennes du Nord ont pratiquement disparu. Un processus qui laisse une question en suspens: que se passera-t-il avec l’Église qui a fleuri durant ces années au Nord grâce à la présence des chrétiens du Sud? Une crainte appuyée par les déclarations du président Omar al Bashir qui a dit que si la sécession l’emportait, un système islamique sans concessions s’imposera au Nord. Une menace pas tellement voilée pour les Sudistes chrétiens résidents au Nord.

Heureusement, lorsqu’il est apparu de manière évidente que la sécession était proche, certains politiciens du Nord ont essayé d’atténuer leurs mots. À l’Église du Nord s’impose la nécessité de repenser toute sa pastorale, d’éduquer à la cohabitation des adultes avec leurs frères musulmans et à conjuguer de manière plus convaincue la foi avec la vie à tous les niveaux, également sociaux et politiques. Il s’agit d’un grand défi qui requiert le discernement et l’audace de prendre des décisions courageuses. Grâce à Dieu, cela n’effraie pas une Église qui par le passé a déjà démontré qu’elle en était capable.

 

Les ‘contre’

Beaucoup sont ceux qui sont contraires à la division du plus grand pays africain: le Nord-Soudan, qui voit s’évanouir une immense réserve de matières premières, non seulement de pétrole mais aussi de diamants, de minerais et d’eau.

L’Égypte craint l’entrée en scène d’un nouveau pays le long du Nil et ne veut pas partager avec d’autres le contrôle de l’eau du fleuve, un bien dont elle a extrêmement besoin.

Peu avant le référendum, les Frères musulmans se sont aussi exprimés contre l’indépendance du Sud parce qu’ils voyaient dans cet événement un obstacle à leur projet d’islamisation du continent.

Mais il y a aussi ceux qui soutiennent l’autonomie du Sud. Le Kenya a envoyé un groupe nombreux de fonctionnaires pour aider l’administration gouvernementale naissante à former de nouveaux dirigeants. L’Ouganda ne cache pas son soutien à la création d’un nouvel État qui s’ouvrira certainement vers le sud du continent. La Chine aussi, grand soutien du Nord, à qui elle a acheté du pétrole et des minerais pendant des années et à qui elle a fourni des armes et de la technologie, s’est prononcée pour l’indépendance du Sud. Il semble même qu’elle soutiendrait la construction du nouvel oléoduc qui relie les champs pétrolifères du Sud-Soudan à Lamu, dans le Nord du Kenya, un investissement financier extraordinaire que personne ne voudrait mettre en danger avec un nouveau conflit local.

Le nouvel État est complètement enclavé. Il devra construire des routes et d’autres infrastructures pour la communication, mettre debout tout un système éducatif, des écoles élémentaires, des instituts professionnels pour les jeunes qui durant les années de la guerre n’ont pas pu se former de manière adéquate.

Les médias internationaux montrent souvent des images des enfants dans les écoles au Sud-Soudan qui étudient sous les arbres. Bien que ces images soient vraies, des changements remarquables sont en cours. Parmi les choses les plus urgentes pour l’État du Sud-Soudan, le président Salva Kiir a indiqué la ‘sécurité’. Il y a toujours sept mouvements armés qui continuent de sévir, souvent des ‘sudistes’ armés par Khartoum, qui organisent des raids et tuent. Parmi eux, les rebelles ougandais de la LRA, de Joseph Kony, actifs en Equatoria et même au Darfur (et toujours présents en RDC et RCA).

Dans la liste du président se trouve aussi le fléau de la ‘corruption’. Aussi contre elle, le président Salva Kiir a ‘déclaré la guerre’.

Il y a de nombreux signes positifs. Les populations du Sud-Soudan sont courageuses et têtues. Elles ont beaucoup souffert. Adultes et adolescents portent les cicatrices et les souvenirs de guerre et des conflits.

Que ce 54è nouveau pays du continent puisse vivre et se construire dans paix!

Pac. Car. Etc

 

Le 54è Etat

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“Sois calme, sois vigilant”: c’est l’invitation que les Évêques du nouvel État du Sud-Soudan (54ème Etat africain indépendant) ont adressé à leurs communautés qui s’apprêtent à célébrer l’indépendance (8 juillet). Réunis en avril à Juba, la capitale, les Évêques ont parlé des difficultés qu’engendreront les “grands changements” en cours. Des défis à accueillir avec “patience”, “compréhension” et “prudence”.

AE55

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