Le 24 septembre de chaque année, l’Afrique du Sud célèbre dans la joie et les réjouissances la journée nationale de l’Héritage, qui permet à toute la population de jeter un regard réflexif sur le patrimoine culturel légué par les anciens et comprenant la musique, l’art, les langues, les différentes croyances et traditions, les coutumes, voire même les régions et les terres.

 

Cette journée fait partie des 14 jours fériés officiels, parmi lesquels figurent, entre autres, la journée de l’Indépendance (le 27 avril), la journée des Droits humains( le 21 mars), la journée de la jeunesse (le 16 juin), la journée de la réconciliation (le 16 décembre), etc.

La Journée nationale de l’Héritage est célébrée dans l’allégresse avec des chants de joie et des danses, et, surtout, par l’organisation des ‘braais’ (prononcer braille) dans de différents groupes, associations et communautés.

Aussi à cette occasion, de nombreuses personnes mettent leurs costumes traditionnels et leurs distinctions particulières.

Terme afrikaans qui signifie «barbecue» en français ou «chisa nyama» en zulu, le ‘braai’ est l’une des  activités à faire l’unanimité parmi les Sud-Africains de toutes les origines ( Blancs et Noirs ou Indiens et Métis) et de toutes les couches sociales (riches et pauvres). On le trouve dans toutes les habitations et dans toutes les communautés du pays. Ces retrouvailles constituent l’élément central de la vie sociale en Afrique du Sud et une facette du savoir-vivre sud-africain.

Cette pratique donne aux uns et aux autres l’occasion de se retrouver régulièrement en famille et entre amis. Il ne s’agit pas seulement de faire cuire de la viande ou du poisson, mais c’est aussi et avant tout un moment social très important dans la vie des Sud-Africains.

Autrefois dans le pays, ce genre de repas fraternels était l’apanage des seuls Afrikaners; mais aujourd’hui la pratique s’est étendue à toute la nation et demeure l’activité centrale et déterminante de la commémoration de l’Héritage. Ce qui fait que le ‘braai’ occupe une place de choix dans la célébration de la journée de l’Héritage, dont l’appellation complète est finalement formulée comme suit: «Journée du ‘Braai’ pour l’Héritage».

Il est à noter que la coutume s’est répandue également dans les pays voisins, notamment au Botswana, au Lesotho, au Zimbabwe, en Zambie et en Namibie.

 

Le sens profond de l’événement

Pour la petite histoire, la journée du «‘Braai’ pour l’Héritage» n’est pas tirée, du néant, car il existait, autrefois dans la province de KwaZulu natal, une journée similaire qui était célébrée chaque année le 24 septembre et appelée «Journée de Chaka», pour commémorer les hauts faits du célèbre Roi Chaka des Zulu. Comme cette célébration n’avait pas été incluse dans la loi déposée au Parlement pour déterminer les jours de congés officiels, deux camps se sont levés pour la réclamer: le parti politique Inkhata du prince zulu Buthelizi ainsi que la communauté des Afrikaners.

Un compromis fut trouvé et le titre actuel de la journée fut adopté. D’institution très récente, l’organisation de la journée du «Braai pour l’Héritage» est patronnée par le Prix Nobel de la Paix et Archevêque émérite Desmond Tutu, qui s’est vu confier cette tâche en septembre 2007. Ce dernier a déclaré un jour, à l’occasion d’une célébration de la journée: «Je vous exhorte à commémorer dans la joie le riche héritage culturel de la Nation avec notre passe-temps favori» (entendez le ‘braai’).

Pour sa part, le ministre sud-africain de la Culture et des Arts, Lulu Xingwana a renchéri l’année dernière: «Le ‘braai’ nous unit: car lorsque nous nous rassemblons autour du feu pour griller la viande et préparer les mets de la fête, nous oublions nos différences et demeurons tout simplement Sud-Africains…»

Certes, les objectifs essentiels de la commémoration de la journée de l’Héritage sont, d’une part, de promouvoir le riche patrimoine culturel et artistique du pays, et d’autre part, de renforcer l’unité du peuple et la cohésion sociale.

Les citoyens sont encouragés à partager fraternellement et solidairement des repas en faisant des ‘braais’, dont le rôle rassembleur est incontestable.

Aussi la visée de la journée est d’aider la population à porter une attention particulière sur la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel du pays et célébrer ainsi les trésors de la vie humaine.

Nonobstant les diverses particularités basées sur la race et la couleur de la peau, la tribu et la région, la religion et la langue, l’Afrique du Sud peut être fière de disposer d’un riche héritage commun, qui marque ce pays et réside dans des productions musicales et artistiques du passé, dans des acquis socio-économiques hérités des anciens et auxquels s’ajoute plus particulièrement le ‘braai’ comme un facteur important d’unification des générations présentes et à venir.

 

Coupe du monde

L’année dernière, les manifestations de la Journée nationale de l’Héritage ont gravité autour du thème: «Célébrer les succès de la Coupe du monde de football 2010: notre héritage».

A l’occasion de cette célébration, l’attention du public était focalisée sur les succès de cette grandiose manifestation sportive de 2010 organisée pour la première fois sur le sol africain. Au niveau national, les manifestations ont été organisées au Stade Moses Mabhida de Durban, chef-lieu de la province de KwaZulu Natal; elles étaient présidées par le président Jacob Zuma entouré de tous les responsables de l’ANC, membres du Conseil général national (NGC), qui étaient en conclave, dans cette ville, quelques jours plus tôt.

Débutées par des prières d’action de grâces, ces manifestations de Durban ont été marquées par une exposition des symboles nationaux et de la riche histoire du football sud-africain, et par le défilé de différents groupes et associations d’artistes ainsi que par le festival d’arts et de musique.

Dans son message d’espoir et de paix adressé à la foule, le président Zuma a commenté le bien fondé du thème de l’année en ces termes: «Nous devons construire notre pays dans l’unité, la cohésion et le patriotisme, comme nous l’avons constaté avec bonheur durant la tenue de la Coupe du monde 2010». Pendant ce temps, en effet, les Sud Africains ont montré, au monde, un amour profond pour leur patrie et ses symboles ainsi que pour leur équipe nationale de football, les Bafana Bafana.

Tirant des leçons de ce fait, le président Zuma a précisé: «Au moment où nous nous réunissons dans ce Stade Moses Mabhida, pour célébrer, à l’occasion de la journée nationale de l’Héritage, les succès de la Coupe du monde 2010 et de tout ce qui unit le peuple sud-africain, nous sommes résolus à promouvoir l’unité nationale».

A son tour, le ministre de la Culture et des Arts, paraphrasant le président Zuma, a annoncé une campagne de vulgarisation des symboles nationaux qui doit se dérouler à travers tout le pays. Concernant ces symboles et emblèmes nationaux, il convient de mentionner que le drapeau ‘Arc-en ciel’ a été adopté le 27 avril 1994; tandis que la devise est: «De l’Unité, vient la force» en d’autres termes, l’union fait la force. L’Hymne national «Nkosi Sikelei Afrika» qui est exécuté en quatre langues (Zulu, Xhosa, Anglais et Afrikaans), soit quatre strophes, est inspiré de l’ancien chant de l’ANC.

 

Les bienfaits du ‘braai’

La plupart des Sud-Africains se retrouvent régulièrement autour d’une seule et même culture: celle du ‘braai’. C’est par sa tradition que celui-ci diffère du barbecue, tandis que la méthode de préparation des aliments en est pratiquement similaire.

Une certaine opinion populaire définit généralement le barbecue comme le fait de «rôtir un mouton de la barbe à la queue». Dans les pays où l’élevage du bovin est très développé et répandu, comme en Argentine, en Asie Centrale ou en Russie, la gastronomie liée à la viande fait partie de l’art de vivre. Mais pour les Sud-Africains, cela n’a rien à voir avec leur ‘braai’ qui, selon eux, «les unit et symbolise la nation». Evénement social de grande valeur, le ‘braai’ a ses traditions et ses normes sociales, qui réglementent le déroulement de la cérémonie.

Ainsi, en guise d’exemple, la cuisson des aliments est assurée par le «braai-master», personne chargée de ce travail et qui connaît parfaitement bien les méthodes de préparation. Pendant la cuisson, les hommes se rassemblent autour du feu, tout en dégustant du vin local ou en sirotant un verre de bière. La conversation est alors très animée et se poursuit sur des sujets d’intérêt familial, communautaire ou national.

Les femmes, elles, restent à l’intérieur où elles préparent la bouillie de maïs, des légumes, de la salade, du dessert etc. Le repas est pris à l’extérieur par tous les convives.

En ce qui concerne les aliments grillés, on peut observer des brochettes faites avec la viande de bœuf ou de mouton, des saucisses, des côtelettes d’agneaux, des morceaux de poulets et de lapins, des côtes de porcs ainsi que des produits de la mer (poissons, crevettes, crabes). Ses bienfaits sont immortalisés dans des mélodies envoûtantes chantées par le célèbre groupe musical de Gospel de Soweto associé à l’orchestre afrikaans.

 

Louis Kalonji, Johannesburg.

 

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