Ce matin-là, la sonnerie de mon Gsm me vrille les tympans avec insistance. Il faudrait que je me décide à diminuer ce volume. Contact. Une chaude voix de femme. Mais ses propos sont rageurs: manifestement en colère, comme un grossier personnage, elle me raccroche au nez… m’empêchant de placer un mot pour m’expliquer, sinon m’excuser, pour un malentendu dont pourtant elle a été à l’origine. Plus tard dans l’après-midi, je rumine encore cette colère subite qui a monté en moi comme de la mousse de bière et m’a envahi et sali l’âme, et que je ressens comme une défaite, une de plus… J’aurais dû la rappeler sur le champ et l’amener patiemment au dialogue… J’aurais pu… Il aurait fallu que… Regrets inutiles!

J’enrage encore davantage de m’être laissé aller dans mes pulsions, ces colères volcaniques et stériles qui m’ont plus d’une fois fait perdre des possibilités réelles de construire l’harmonie avec mes proches. Fruits amers d’un orgueil sournois, et aujourd’hui encore cette amertume me vient à la bouche… Combien de personnes n’ai-je pas ‘‘enterrés’’ dans mon cœur parce qu’ils m’auront blessé ou choqué ou humilié ou plus grave, à mes yeux du moins, manqué de respect!

Mais ces considérations hautement édifiantes ont l’inconvénient de nous enfermer à notre insu dans notre carapace de « Monsieur ou Madame Raison » et nous bloquent en des circonstances requérant le dialogue, lequel suppose notre ouverture (sortir de ma ‘’carapace de tortue’’) qui rend aisés l’accueil et l’écoute de ce que l’autre, les autres ont à cœur de nous livrer. Non: d’entrée de jeu (du dialogue), on se refuse à l’autre, dans la demi-conscience du mal que nous générons par cette attitude du non-recevoir. L’on s’entête avec impertinence. Le « petit territoire » de ma personnalité peut-il être mis en balance égalitaire avec le reste du monde? Et il en est ainsi des Etats dont les intérêts vitaux d’office constituent de sérieux blocages au dialogue ouvert entre gens qui se respectent et qui sont décidés de construire un ‘‘vivre ensemble’’, tant des agendas cachés et des calculs économiques laborieux plombent ce que pompeusement l’on appelle le village mondial…

J’imagine volontiers que le dialogue s’initie sur la conviction que la force du droit récuse le droit de la force en matière des relations humaines et politiques. Que quelqu’un vienne à penser ‘‘L’Etat c’est moi!’’ et ce sont les guerres entre nations, les explosions sociales, les fanatismes meurtriers, les rébellions et autres révolutions, et aujourd’hui le terrorisme international. Avant que les armes sophistiquées ne se taisent ou que la machine à ‘’génocider’’ – passez-moi le néologisme fort tentant - arrête de broyer des vies innocentes et que les grands des nations aillent alors signer des ‘‘accords de paix’’ sur base de « dialogue diplomatique», s’élèveront des monceaux de cadavres gisant dans des fosses communes, se compteront des victimes amochées à vie, des survivants affamés qui errent comme des fantômes au milieu des ruines des villes rasées et des forêts et faunes ravagées et des terres brûlées…

C’est le manque d’élévation d’âme qui entraîne le refus de dialogue: l’on a peur de devoir changer sa position, de perdre la face au regard de l’idée que l’on se fait de soi-même, de son pays, de son entreprise, tandis que volontiers l’on répète à l’envi que rien n’est parfait en ce bas monde.

Le mari de Judith est fils de chef coutumier. Le grand conseil du clan a décidé de l’investir de tous les attributs du pouvoir pour remplacer le vieux père exténué par l’âge. Chrétien catholique convaincu de la seule Royauté du Christ Roi de l’Univers visible et invisible, Alfred consulte Judith en un dialogue franc sous l’onction de l’Esprit Saint invoqué. Elle aurait bien voulu, elle, jouir des «avantages» liés à cette nouvelle position sociale; lui fait remarquer qu’outre et au-delà de ces avantages, il y a de sérieux inconvénients dont ‘‘le pouvoir de nuit’’, l’obligation d’y initier les enfants et d’autres encore que l’on risque de découvrir quand ce sera trop tard… Refus catégorique du couple. Gigantesque palabre au clan, au sortir duquel les Anciens élisent un autre candidat. Et la paix revient dans les cœurs de tous et de chacun.

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A. Kibwila Alphonse Marie de la Croix

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