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Mourir pour être aimé? |
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Drôle de paradoxe. A Kinshasa, on préfère aider un mort plutôt qu’un malade hospitalisé ou gardé à domicile faute de frais. Un mort à Kinshasa semble avoir plusieurs parents, alors qu’à son état de malade, la même personne était presque abandonnée.
Le décès d’un parent ou d’un ami pourra constituer une occasion pour les vivants de se lancer dans une sorte de concurrence présomptueuse. Des exhibitionnistes de mauvais goût, engouffrés dans des voitures de luxe aux vitres teintées, défilent au lieu mortuaire pour impressionner les parents inconsolables du défunt. Ce n’est pas tout. Aussitôt sortis des voitures, ils tendent des enveloppes dont le contenu dépasse parfois 1.000 $ américains en terme de leur participation à l’organisation des obsèques. Pire, ils vont jusqu’à révéler la hauteur de leur contribution à la famille du défunt, pour faire la différence avec les autres. Pourtant, si cet acte de « générosité » avait été posé pendant que la personne était alitée, abandonnée sans soins de santé adéquats faute d’argent, on aurait pu sans doute lui sauver la vie. Comment peut-on pressentir de la compassion vis-à-vis d’un cadavre au détriment d’un malade ? Y a-t-il des raisons de plaire à un corps inanimé ? Comment peut-on voler au secours de la mort et sacrifier un malade qui a besoin d’une assistance, aussi petite soit-elle pour reprendre le souffle de la vie ? Un monde à l’envers. Que dire du principe selon lequel on ne vole pas au secours d’un cadavre ?
En uniforme Un malade hospitalisé n’a pas seulement besoin d’un traitement clinique pour sa guérison. Bien plus, il a aussi envie de recevoir la visite des siens pour un réconfort moral. Cela fait parti de la psychothérapie. Hélas, ce n’est pas toujours le cas dans nos quartiers de Kinshasa. Les malades, au risque de me répéter, sont souvent abandonnés. Surtout quand l’intéressé a vécu dans une pauvreté abjecte même les membres de la famille lui tournent facilement le dos. Chacun prétendant être très absorbé par ses problèmes personnels liés à une lutte permanente pour la survie. Mais, dès qu’ils apprennent que la personne autrefois hospitalisée a rendu l’âme, ce sont les mêmes parents qui s’agitent. Ils se mobilisent pour s’acheter une étoffe pour s’habiller en tenue uniforme pendant les funérailles. Ainsi, ils se seront mis en exergue. C’est aussi la seule façon pour eux de faire prévaloir leur parenté vis-à-vis de la personne décédée. Devons-nous préciser qu’il y a de ceux qui meurent parce qu’incapables de réunir des montants parfois modiques de 30 ou 50$ américains exigés par le personnel soignant.
Un mal « nécessaire » A quelque chose, malheur est bon. Nul ne peut souhaiter le décès d’un ami ou d’un parent. Cependant, la mort à Kinshasa semble avoir un aspect positif. En observant la vie des Kinois, il se dégage l’impression que celle-ci est régie par le principe de «chacun pour soi. Dieu pour tous». La crise économique très aiguë qui secoue le pays depuis plusieurs années oblige le petit peuple à lutter quotidiennement pour la survie. Parfois, l’égoïsme l’emporte sur la générosité, la vie solitaire sur la solidarité. Pour s’isoler des autres, on cherche à habiter dans une concession haute de murs. Et, pour prétendre renforcer la sécurité, il ajoute un portail métallique gardé par des sentinelles et des chiens «méchants». Apparemment, il n’y a rien de condamnable. Mais le bât blesse quand cette muraille renforce l’égoïsme et l’individualisme. Malheureusement, quand dame la mort frappe à nos portes, elle ne sonde pas non plus la permission aux sentinelles. Elle défie les chiens méchants. Et c’est ce jour là que le fameux portail, toujours hermétiquement fermé, s’ouvre largement. Soudain, le solitaire devient solidaire. Il s’ouvre aux voisins. Certaines personnes disent, non sans lyrisme de mauvais aloi, que dans ce contexte la mort devient un mal nécessaire. Longin Kizobo Langh
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