L’abbé congolais Denis Kibangu Malonda, est depuis dix ans curé de la paroisse de Guidonia, dans la province de Rome.

 

Comment voyez-vous l’Italie catholique?

Sans doute, on a besoin d’un renouveau de la foi, d’un réveil religieux, de comprendre ce que signifie ‘être croyant’ dans un pays où la foi a joué un rôle très important.

En Afrique, un proverbe dit: «Tu ne peux pas abandonner ton vieux père.» Eh bien, les Italiens donnent parfois l’impression d’un peuple fatigué d’être chrétien et gêné comme s’il portait une robe inconfortable. Mais nous ne pouvons pas nier nos racines, notre appartenance: ce serait une illusion.

Il se sent un peu italien, l’abbé Denis Kibangu Malonda, depuis dix ans curé de Ste Maria Goretti, à Villalba Guidonia: environ quatre mille habitants, dans le diocèse de Tivoli et la province de Rome. Dans la capitale italienne il est arrivé il y a 23 ans, jeune séminariste envoyé pour des études par l’évêque de Boma (RDCongo).

Prêtre en 1992, il complète ses études avec une spécialisation en théologie dogmatique à l’Université Pontificale Urbanienne et une autre en Sciences patristiques à l’Augustinianum.

Son expérience pastorale commença vite. D’abord comme vicaire à Collefiorito et puis comme curé à Roccagiovine.

 

C’est à Roccagiovine que vous avez cherché à être un «prêtre africain en Italie»

Oui, je voulais faire de chaque famille, ma famille et de chaque maison ma maison. Entrer en contact direct avec les fidèles m’a permis de pénétrer, de me familiariser avec la culture locale et aider les croyants à vaincre la peur des différences.

 

En 2000, j’ai demandé à mon évêque de Boma la permission de rester là où je suis. A Boma les prêtres sont nombreux, tandis qu’à Tivoli, nous sommes peu nombreux, environ 80 prêtres pour les 84 paroisses que comptent notre diocèse. J’ai compris que ma mission était ici, tout en continuant à soutenir mon Eglise africaine.

Et les faits donnent raison à l’abbé Denis. En plus de la responsabilité de la paroisse, il est directeur diocésain des immigrants et coordinateur national des catholiques africains d’expression française (une trentaine de communautés dispersées du nord au sud de la péninsule italienne, assistées par une douzaine de prêtres). En plus, il donne des cours comme ‘professeur invité’ à l’Université Urbanienne.

 

Considérez-vous l’Italie comme terre de Mission?

Oui. Au fond, on vit dans un contexte où l’on a besoin d’une première annonce: souvent, ‘les soi-disant lointains’ - mais les fidèles tièdes aussi – se présentent à la paroisse pour demander un document ou un sacrement. Ils ne désirent pas – au moins d’une manière consciente - commencer une recherche de Dieu; ils demandent un service, persuadés que cela fait partie de leur droit. On pourrait les appeler des «utilisateurs» de la paroisse comme une institution publique: ils se rapportent au prêtre comme on ferait au bureau postal ou à la banque.

Mais aussi les pratiquants ont souvent une expérience spirituelle superficielle, de sorte qu’ils sont des proies faciles des opinions et des préjugés sur l’Eglise, la paroisse, les prêtres, le curé, les fidèles qui fréquentent avec assiduité la communauté. Ou ils désirent qu’on les apprécie: on se rend compte que parfois leur objectif est plutôt le protagonisme personnel.

 

On dirait que les choses ne sont pas si faciles!

C’était pour cette raison que j’ai décidé de donner au plan pastoral de la paroisse le titre «L’Église, c’est nous».

On perçoit que le sens de la communauté s’affaiblit. Tout le monde semble vivre pour son compte, tandis que la sensibilité religieuse des Africains naît de la foi en un Dieu unique, créateur et Père de tous. On se reconnaît en vivant ensemble, comme membres d’une famille élargie. On dit: «Eglise famille», mais en réalité dans la vie quotidienne l’Église est vue plutôt comme édifice, énergie, force de l’opinion. Dans ce contexte, dans la vie des gens qui se professent membres, l’impact de cette Eglise s’affaiblit.

Les Africains le sentent dès leur arrivée: certaines liturgies froides sont vues plus comme un commandement qu’il faut respecter plutôt qu’une expression joyeuse de la foi. En Afrique, les célébrations sont plus vives et contagieuses.»

 

Quel chemin avez-vous alors choisi?

Je suis curé, immigré, de couleur. Une situation, en soi, qui exige un dialogue interculturel constant avec le milieu environnant de l’Eglise.

Au début de mon ministère, je célébrais la Messe et les gens s’approchaient pour le sacrement de la réconciliation. Cela me semblait trop simpliste après avoir consacré ma vie au Seigneur et au service des autres. J’ai alors formé un groupe de jeunes dans la paroisse, qui deux mois plus tard, comptait déjà plus de cinquante jeunes. Une rumeur a commencé à circuler: «Mais l’abbé Denis le formera selon sa mentalité africaine!»

Petit à petit, j’ai compris que ma façon de parler et de faire, enfin, d’être, était aussi un don, quelque chose de spécifique, que je pouvais offrir à mon Eglise, ici, en Italie. Mais j’ai aussi compris que pour les autres, s’ouvrir et accepter mon «être africain» ne serait pas si naturel.

Malgré la mondialisation, l’Africain et l’Afrique continuent d’être perçus en Occident comme des pauvres auxquels il faut donner quelque chose.

 

Nous devons tous apprendre...

La population locale est composée de personnes provenant de diverses régions de l’Italie. Mais elle se retrouve confrontée à un nombre croissant de Roumains, Ukrainiens, Péruviens et... Africains de différents pays. Nous avons besoin de nous ouvrir à une vision multiculturelle de la vie.

Notre diocèse vit cette réalité. Au nom de l’évêque, je dois contribuer à rendre notre communauté plus réceptive et ouverte à la mission de l’Eglise, appelée à accueillir la richesse qui vient de l’accueil et de la rencontre avec l’autre.

Nous devons tous apprendre à vivre côte à côte, à ne pas exploiter cette main d’œuvre étrangère dont on a besoin pour l’assistance aux personnes âgées, etc. On doit respecter leur droit au repos et à fréquenter l’église.

Des Roumains, j’apprends des leçons de transmission de la foi aux enfants, tandis que les adolescents italiens s’éloignent après la confirmation. Le témoignage des parents qui, parfois pris par le travail ou des problèmes de carrière, risquent de négliger la formation de leurs enfants.

 

Laura Badaracchi (Missionline)

 

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