Plus actuel que jamais

C’est le dialogue. Un mot très en vogue. Pour ‘dialogue’, Web offre des centaines de millions de pages! Naturellement, il faut savoir gérer ce qu’on montre avec une générosité si grande. La première page garantit: «Vous désirez dialoguer avec des femmes célibataires?

Cliquez, lancez tout de suite votre recherche… Votre solitude prendra fin… 150.000 profils d’hommes et de femmes jeunes et moins jeunes, désireux de converser avec vous…»

Ce n’est pas de ce type de dialogue qu’on parlera ici. Mais de tout ce qui suppose contact, discussion, conversation, débat, échange de vues, tractation, etc. entre deux parties à la recherche d’un accord, d’un compromis.

Il peut engager deux ou plusieurs personnes; les pays riches et les pays pauvres; la moitié de la planète (dialogue Nord-Sud); et aussi tous les hommes et peuples de la terre finalement assis autour d’une table commune (mondialisation oblige!).

Le dialogue a beaucoup d’ennemis et il peut être bloqué, paralysé, rendu impossible au nom de beaucoup de choses: intérêts politiques, économiques, idéologiques et même religieux. On parle de dialogue de sourds.

 

De dialogue ou de tentatives de dialogue, l’histoire et l’actualité offrent des milliers d’exemples.

‘Un siècle de rapports franco-allemands?’ «Un dialogue de sourds:», écrivait l’historien Henri Brunschwig en 1955!

Les îles Kouriles, annexées par l’URSS et réclamées par les Japonais sont au centre de dialogues depuis 1945! Le ministre des Affaires étrangères japonais et son homologue russe se sont rencontrés à Moscou, le 11 février 2011, et ils en ont une fois encore parlé. Mais sans arriver à une conclusion.

Le conflit entre Maroc et Polisario dure depuis plus de 30 ans. Récemment, ils se sont déclarés prêts à reprendre le dialogue. Mais à des conditions…

Au Sénégal, écrit la presse nationale «Le président Wade lance un énième appel au dialogue à l’opposition» qui, quant à elle, se dit prête à dialoguer, si et seulement s’il s’agit d’un «dialogue sincère et franc avec l’ensemble des forces vives de la nation». Après tout, elle demeure convaincue que si le président invite une fois de plus au dialogue, c’est parce que l’appareil de l’État «est en panne.»

Au Togo, le gouvernement propose à l’opposition (ANC, Alliance Nationale pour le Changement) un dialogue inclusif et permanent.

Les pays arabes du Golfe appellent à un dialogue‎. L’Egypte de Moubarak avait été le premier État arabe à opter pour le dialogue avec Israël. C’était en 1979 que les deux pays s’étaient liés par un traité de paix. En mars dernier, les Égyptiens se sont levés en exigeant un changement radical et la fin d’un gouvernement avec lequel tout dialogue était devenu ‘impossible’.

En Somalie, depuis 1991, il y a eu plus de 15 conférences de réconciliation nationale. Sans oublier les pirates. Récemment, ils ont enlevé le capitaine d’un bateau américain et exigé une rançon de 2 millions de dollars. Les Américains se sont mis à la recherche de pirates ‘modérés’ avec lesquels dialoguer…

Au Soudan: deux millions de morts et 4 millions de déplacés au cours d’une série de guerres entretenues par le Nord contre les populations du Sud pendant un demi-siècle. En 2005, finalement, le dialogue entre Nord et Sud a abouti à la signature d’un accord de paix.

«Que l’Érythrée et l’Éthiopie mettent en œuvre leurs accords et qu’ils reprennent le dialogue», disait en 2006 le Secrétaire général Kofi Annan. Un dialogue ‘enlisé’ depuis… Cependant en 2010, l’ONU estimait que l’Érythrée «avait fait des pas pour engager un dialogue constructif avec ses voisins.»

Tchad-Soudan. En 2009, Ahmat Mahamat Bachir, ministre tchadien de l’Intérieur affirmait: «Combien de tables rondes avions-nous eues avec le Soudan! La communauté internationale est tout à fait consciente de cette relation, disons ambiguë, entre le Tchad et le Soudan. Dans tous les cas, le Tchad ne peut que compter sur les Tchadiens. Nous ne croyons plus à la médiation avec El Béchir. Le président Wade a fait de son mieux. Le président Kadhafi a fait de son mieux; le Roi d’Arabie Saoudite a fait de son mieux; celui du Qatar a fait de son mieux de même que plusieurs autres chefs d’Etats africains comme européens. Khartoum ne comprend que le langage de la violence…»

La Côte d’Ivoire a été à la une pendant cinq mois à cause de l’incapacité des deux candidats présidents de trouver une solution pacifique. Nations Unies, CEDEAO, Union Africaine, Églises… avaient répété l’invitation au dialogue. Ainsi que Russie et Chine, qui siègent au Conseil de sécurité et qui trouvaient insuffisante la détermination des N.U.‎ Le pape Benoît XVI avait lancé «un appel afin que soit engagée au plus vite un processus de dialogue pour le bien de tous.» «Ça chauffe en Côte d’Ivoire – disait la presse. La situation est grave, très grave... Un pays, deux présidents, deux Premiers ministres, deux gouvernements: c’est la nouvelle formule inventée par les deux candidats en lice au deuxième tour de la présidentielle ivoirienne…». Conclusion? Un million de déplacés et des milliers de morts.

 

Très simple

 Au tournant du troisième millénaire, le 13 nov. 2000, après un débat sur le dialogue entre les civilisations, l’Assemblée Générale des N.U. adoptait une résolution demandant aux gouvernements d’engager tous les membres de la société à promouvoir le dialogue entre les peuples. «La nécessité du dialogue entre les civilisations est d’une pressante actualité. En effet, à l’heure où les interactions entre les États se multiplient du fait de la mondialisation, instaurer un dialogue constructif n’est pas un choix politique, mais un impératif.

La mondialisation et l’interdépendance croissante entre les États donnent aux crises locales une envergure mondiale. Promouvoir la coopération, la tolérance et la compréhension à travers le dialogue entre les pays, les cultures et les religions n’est pas seulement une bonne politique, c’est un devoir.»

Le ‘dialogue’, dit le dictionnaire, est «une communication entre deux ou plusieurs personnes ou groupes de personnes visant à trouver un accord.»

Très simple et très beau. Des mots équivalents: pourparler, tractation, colloque, négociation, conférence, arrangement, accord, concertation, solution négociée...

Son contraire est surtout le dialogue de sourds, une conversation, une discussion dans laquelle deux interlocuteurs ne se comprennent pas l’un l’autre - ou plutôt ne tiennent pas compte de ce que dit l’autre. Une querelle bien plus qu’un dialogue entre deux individus têtus, aux avis divergents. Le mot ‘monologue’ traduit assez bien ce blocage qui n’est pas toujours fruit de la haine ou d’un désir de revanche; et qui peut durer et à la fin, se révéler stérile.

De sa manière, la boutade suivante l’illustre. Deux hommes âgés discutent sur un banc.

L’un dit à l’autre: «Je crois que ma femme devient sourde».

L’autre répond: «C’est simple, pour le savoir, lorsque tu rentreras, parle lui à 5 mètres de distance, puis à 4 m, puis à 3 m, puis tout près d’elle. Comme ça, tu te rendras compte si c’est grave ou pas.»

Fort de ce conseil, lorsqu’il rentre chez lui, le petit vieux s’adresse à sa femme qui est assise près de la fenêtre à environ 5 m de l’entrée...

«Chérie qu’est-ce qu’on mange ce soir?» Pas de réponse!

Il se rapproche à 4 m, repose la même question. Toujours pas de réponse!

A 3 m... Puis enfin tout près d’elle!

Et là sa femme lui répond, finalement: «C’est la quatrième fois que tu me le demandes! J’ai préparé de la salade et le poisson que tu aimes tant!»

 

… Ne pas s’entendre

Sans nombre sont les situations de souffrance trouvant leur origine dans l’incapacité ou la volonté de ne pas s’entendre. En voilà quelques-unes, proposées par les grands médias ces derniers temps.

«Monnaies: dialogue de sourds attendu entre Barack Obama et Hu Jintao» (Janvier 2011).

 «Lundi 11 avril 2011: la réunion des ministres européens de l’Intérieur et de l’Immigration a donné lieu à un véritable dialogue de sourds.»

«Paris, février 2011. Dialogue de sourds sur le lait au salon de l’agriculture… L’an dernier, les éleveurs laitiers avaient formé un cortège ‘funèbre’, réunissant dix fois plus de participants, pour dénoncer les nombreux suicides d’agriculteurs qui ne pouvaient faire face à cause de prix du lait trop bas.»

«Climat: dialogue de sourds à l’Académie des sciences, le 21 septembre 2010».

«Biotechnologie, maladies des plantes, agriculture et écologie: comment mettre fin au dialogue de sourds entre USA et Europe?» (2009).

«31 juillet 2008 ... Le dialogue de sourds entre les Etats-Unis et le bloc Chine-Inde sur les barrières tarifaires a causé l’échec des négociations.»

«Les relations entre l’Argentine et les Etats-Unis ont des allures de dialogue de sourds depuis plusieurs semaines… (1 mars 2011).»

«Un dialogue entre le gouvernement tibétain en exil et le gouvernement de la République populaire de Chine a débuté de nouveau en 2002. Il fit suite à une rupture de pourparlers en 1993. En 2008, après 8 rencontres, cette série a connu 15 mois d’interruption avant la 9è rencontre le 26/01/2010. A ce jour, le dialogue tibéto-chinois n’a débouché sur aucune négociation.»

«Précédé par des rencontres et recherches de consensus à Victoria Falls (1998), Lusaka (1999), Gaborone (2001), Addis Abeba et Abuja (2001), le Dialogue intercongolais prenait corps, à Sun City (Afrique du Sud) le 19/04/2002. Et encore: Luanda (6/09/2002); Pretoria (17/12/2002); Sun City (02/04/2003)…»

«Sept semaines de négociations… Un accord entre belligérants… Coûté 7 millions de U$. On a souhaité plus de créativité et de courage dans les multiples dialogues à venir … Le développement ne sera possible qu’avec un Accord global inclusif. Le dialogue intercongolais devrait instaurer un Nouvel ordre politique consensuel. Mais il faut que ça soit un dialogue capable de résoudre nos problèmes par la parole échangée et non par les armes… Les guerres, comme toute autre option violente ne pourront qu’asservir les Congolais». (Regard sur le dialogue intercongolais de Sun City, R.O.D.H.E.C.I.C., Août 2002).

 

Importance du dialogue. Famille

La nécessité de dialoguer n’est pas un impératif se limitant au domaine politique ou économique. Il suffirait de penser à son importance au sein de la vie familiale, où tout est relation et tout peut s’abîmer si l’incommunicabilité s’installe. «Avant le mariage, a écrit Mgr Bernard Agrè, archevêque d’Abidjan, les futurs époux trouvaient bien le temps de parler, de s’écouter. Après les noces, les choses semblent tout autres. Comme disent certains, «l’oiseau est dans la cage, il suffit de lui donner à manger».

L’isolement des conjoints dans un couple est mortel pour l’un et pour l’autre. L’homme ou la femme se réfugie dans un travail intense dans sa profession qui constitue une espèce de drogue qu’il consomme à haute dose au bureau et même à la maison. Et l’on sait que toute drogue crée à la longue un déséquilibre.

L’homme et la femme trouveront coûte que coûte un temps assez long pour se parler et pour s’écouter…Se parler, s’écouter calmement, c’est indispensable entre époux qui se respectent. C’est ce qu’exprime si bien John avec son humour anglais: «Lorsque nous étions mariés Kety et moi, au début, je parlais et Kety écoutait. Kety parlait, moi j’écoutais. Plus tard, quand les choses ont durci entre nous, Kety parlait, je parlais; elle élevait le ton, moi, je hurlais. Et c’était les voisins qui écoutaient»

Fidélité, dialogue, réconciliation, pardon: ce sont les mots qui reviennent souvent dans les documents des Églises africaines concernant la vie familiale. Dans leur message pour Noël 2000, les Évêques du Tchad affirmaient que la ‘vérité est en danger dans la vie familiale. La vie actuelle encourage des pratiques hypocrites qui brisent la bonne entente et l’unité dans la vie de beaucoup de familles...» Dans un message de septembre de l’année précédente, dans la liste des ‘aspects négatifs’ du comportement des chrétiens, ils soulignaient «l’insuffisance d’écoute au sein du couple.»

«Le Synode africain a parlé beaucoup de la nécessité urgente de dialoguer. Nous savons tous ce qui arrive lorsque les gens ne s’assoient pas et ne se parlent pas. Cela peut conduire à l’incompréhension, au ressentiment et même aux terribles conflits ethniques que nous avons vus au Rwanda et dans d’autres parties de l’Afrique… Le dialogue doit commencer dans nos maisons – entre mari et épouse, entre parents et enfants » (Conf. Ep. Zimbabwe, Déc. 1996).

« Pour nourrir et construire l’amour conjugal et combattre l’indifférence qui tue, il n’y a pas de recette magique. C’est dans l’exercice quotidien de l’écoute mutuelle et du dialogue que les conjoints bâtiront leur communauté d’amour. Pour dialoguer vraiment, il ne suffit pas d’avoir une simple discussion dans laquelle on échange des idées et des projets d’intérêt commun. Le dialogue qui construit le couple est un partage de ce que chacun vit profondément, les sentiments qu’il ressent, ses peurs et sa vulnérabilité, ses joies et ses attentes. » (Mgr. Jean Margeot, Port-Louis, Ile Maurice, Lettre pastorale 16/01/1989)

 

Dialogue interreligieux

Les rapports entre les différents groupes religieux de la planète ont connu et connaissent des tensions parfois tragiques. Tout peut devenir un prétexte pour instrumentaliser la diversité religieuse à des fins politiques et refuser le dialogue. Est toujours actuel ce que Benoît XVI disait en 2006: «L’affrontement entre cultures et religions est un danger qui plane encore de façon menaçante sur notre époque… La tentative d’établir la paix par la violence conduit uniquement à de nouvelles violences.»

L’assassinat de Shahbaz Bhatti (2 mars 2011), ministre des Minorités du gouvernement pakistanais, revêt une acuité brûlante. Il avait su s’imposer comme défenseur de la liberté religieuse, en dépit des menaces dont il faisait l’objet dans son pays. « De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie… À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de m’emprisonner; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. Les extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, à ma mère et à mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et aux nécessiteux, autrement, ils me perdraient. Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.»

Des propos présents aussi dans les messages des Conférences épiscopales de l’Inde, du Pakistan, de l’Irak, du Nigéria etc.

L’évêque d’Alger, Mgr Pierre Claverie, tué par les islamistes le 1er août 1996, écrivait: «Les exigences d’un vrai dialogue…

- Il faut d’abord le respect de l’autre. Ce qui n’est pas toujours facile.

- Regarder l’histoire en face, et se parler dans la franchise et en vérité, sans se cacher les blessures réciproques.»

 

‘La voie royale’

«La nécessité du dialogue dans l’annonce de l’Évangile se fait sentir partout… En particulier, le dialogue interreligieux, qui se poursuit actuellement sous diverses formes: dialogue de vie, dialogue de collaboration, dialogue entre les représentants et les chefs des différentes religions, dialogue doctrinal entre les experts, dialogue comme partage des expériences spirituelles…» (Mgr. M. Fitzgerald, Nonce Ap. en Égypte et délégué auprès de la Ligue Arabe)

Dans le message pour la fête bouddhiste de Vesakh, qui commémore les principaux événements de la vie de Bouddha et qui est l’une des fêtes les plus importantes pour les bouddhistes, envoyé le 31/03/2011, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a rappelé que «Dans le monde actuel, marqué par des formes de sécularisme et de fondamentalisme souvent hostiles à une vraie liberté et aux valeurs spirituelles, le dialogue interreligieux peut être le choix alternatif grâce auquel nous trouvons ‘la voie royale’ pour vivre en paix et travailler ensemble au bien commun.

«Tous les hommes de bonne volonté peuvent unir leurs forces pour construire la Paix. Telle est la grande priorité en ce troisième millénaire. C’est bien dans ce sens qu’a travaillé Jean Paul II lorsqu’il invitait à Assise les représentants des religions pour une prière de toute l’humanité», a affirmé Benoit XVI.

Alors que s’accroissent les violences interreligieuses, 25 ans après la rencontre organisée par Jean-Paul II avec les représentants des grandes religions de la planète, Benoît XVI invite croyants et non-croyants à Assise, le 27 octobre prochain.

«La question que nous devrons nous poser sera: - Pourquoi les religions font-elles peur? - Je pense que ce ne sont pas les religions qui font peur, mais leurs adeptes, parce qu’ils ne se comportent pas selon les préceptes de leurs religions… - Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous -: il s’agit de la célèbre règle d’or, qu’on trouve dans l’Évangile, mais aussi dans toutes les autres religions… c’est une formule transversale.»

«Toutes les religions, justement. Elles sont une ressource et non un problème. Les croyants doivent mettre leur capital de spiritualité au service de tous, et non pas en faire des armes. Il nous faut donner à la paix d’autres armes que celles destinées à tuer.

L’indifférence ou le laïcisme peuvent aussi conduire à des confrontations. Durant son voyage apostolique au Royaume Uni (16-19 septembre 2010), à l’occasion de sa rencontre avec le Parlement et la British Society à la Westminster Hall, le Pape Benoit XVI a affirmé: «C’est pourquoi je voudrais suggérer que le monde de la raison et de la foi, le monde de la rationalité séculière et le monde de la croyance religieuse reconnaissent qu’ils ont besoin l’un de l’autre, qu’ils ne doivent pas craindre d’entrer dans un profond dialogue permanent, et cela pour le bien de notre civilisation.

La religion, en d’autres termes, n’est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national.

Le dialogue entre foi et science doit aussi trouver place dans le monde actuel. Lors de sa visite à l’Université polonaise Nicolas Copernic de Torun, Jean-Paul II encouragea les universitaires à dépasser l’opposition, héritée des «Lumières», entre la vérité que l’on atteint par la raison et celle que l’on obtient par la foi… On comprend désormais de mieux en mieux, qu’il s’agit de la même vérité, et que les hommes qui cherchent à l’atteindre par des voies différentes ne sont pas seuls, puisqu’ils recherchent la confirmation de leurs intuitions dans la rencontre des autres». (Card. Jean-Louis Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux).

Et finalement, le dialogue religion-raison. Les 24 et 25 mars 2011, on a organisé à Paris le Parvis des gentils. Benoît XVI avait annoncé cette initiative quelques mois avant, en rappelant qu’il y avait, à l’époque de Jésus, au temple de Jérusalem, la «cour des Gentils», réservée à ceux qui n’appartenaient pas au peuple de l’Alliance, mais qui cherchaient Dieu.

Le pape a ainsi souhaité que l’Eglise ouvre, elle aussi, une sorte de «cour des Gentils», où «les hommes puissent en quelque sorte s’accrocher à Dieu, sans le connaître» et avant d’avoir trouvé l’accès à son mystère, au service duquel est la vie de l’Eglise.» Deux jours d’échanges et de dialogues entre croyants et non-croyants dans trois sites de prestige – l’UNESCO, la Sorbonne et l’Institut de France – ont permis à plusieurs hautes personnalités du monde de la culture de dialoguer autour du thème «Lumières, religions, raison commune».

C’était l’application du principe annoncé par Jean-Paul II dans son discours à la 50è Ass. Gén. des Nations Unies (1995) «La vérité sur l’homme est l’immuable critère avec lequel toutes les cultures sont jugées; mais chaque culture a quelque chose à enseigner. La ‘différence’ que beaucoup de gens jugent si menaçante, peut devenir, grâce au dialogue respectueux, la source d’une plus profonde compréhension du mystère de l’existence humaine.»

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