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Lors du tremblement de terre à Haiti (janvier 2010) et du Tsunami au Japon (mars 2011), pas mal de gens se sont posé la grande question: «Si Dieu est bon, pourquoi a-t-il permis que des dizaines de milliers d’êtres humains meurent de cette façon horrible?»
Dans un article publié par l’agence CISA (Nairobi), le journaliste Henry Makori, se posait justement ce genre de questions: «Si Dieu est tout-puissant et contrôle tout ce qui existe, même une feuille qui tombe d’un arbre, où est-ce qu’Il était ce jour-là? Est-ce qu’Il sait et peut vraiment tout? Pourquoi alors n’a-t-Il pas protégé les gens de Haiti?...» Tout ce qui arrive fait-il partie d’un projet divin? Aussi ce carnage-là? Et aussi le tsunami qui en 2004 dans l’Océan Indien tua un quart de million d’individus? Et aussi les milliers de Japonais morts ou disparus, victimes d’un précedent tsunami? Et que dire des innocents, par définition, les enfants, péris par milliers? Pourquoi Dieu n’a rien fait pour sauver le million de morts au Rwanda en 1994? Et les six millions de Juifs tués par les Nazis pendant la 2è guerre mondiale? Et toutes les souffrances que l’humanité doit endurer tous les jours? Oui, où est-ce que Dieu se cache?» Makori le soulignait très bien: ces questions on se les pose avec force chaque fois qu’un désastre ‘‘naturel’’ (tremblement de terre, tsunami, éruption volcanique) ou qu’une catastrophe sociale (génocide, persécution, guerre etc.) s’abat sur une population. J’ai placé le mot ‘‘naturel’’ entre guillemets parce qu’il est toujours plus difficile de parler de ces calamités. Pours les anciens Grecs, les tremblements de terre étaient provoqués par des géants qui se battaient sous terre; les Algonquins de l’Amérique du Nord croyaient que la Terre reposait sur le dos d’une tortue qui la faisait trembler en marchant; les anciens Japonais croyaient que c’était une araignée souterraine qui s’agitait! Nous savons maintenant que les activités humaines, par exemple celle de l’extraction et de l’emploi du pétrole ou du nucléaire, peuvent provoquer des conséquences terribles pour notre planète. Souvent ce que nous appelons un “destin tragique”, attribuant la responsabilité au Tout-Puissant, est en réalité la responsabilité des hommes. À la fin de tout raisonnement, nous devons accepter qu’il y a un mystère dont nous n’avons pas la clé. Le mystère de la vie et de la mort. Au fond, les tremblements de terre ne sont que les mouvements naturels de cette “chose” vivante qui est la merveilleuse planète que nous habitons. Le silence est ce qui caractérise la mort, alors que la Terre n’est pas morte, elle est constamment en mouvement, non seulement sur elle-même et tournant autour du soleil (107.000 km/heure, environ!), mais aussi dans ses entrailles. Bien sûr: notre intelligence voudrait comprendre, aller au-delà et savoir pourquoi dans cette vie, il faut aussi ‘souffrir’. Mais cette foi doit accepter ce que, malgré-tout, la Divine Providence sait ce qu’Elle fait.
Des problèmes sans nombre Mais que ça soit une chose ‘naturelle’ ou ‘sociale’, les questions demeurent. Le jour où, après avoir lu l’article de Makori, j’ai rencontré un groupe de jeunes étudiants dans une école secondaire de Nairobi, on parla de Haïti, un étudiant dit: «Notre paroisse a organisé une soirée de prières pour les victimes du tremblement de terre. Mais pourquoi prier Dieu s’il aurait pu intervenir avant et empêcher le désastre? Est-ce qu’il ignorait que cette histoire aurait causé une catastrophe épouvantable et des souffrances incroyables? Quelle espèce de Dieu est-il? Et après tout, est-ce qu’il existe vraiment?» Des questions qui ouvrirent la porte à bien d’autres. Une étudiante ajouta: «Je n’arrive pas, moi non plus, à comprendre pourquoi mon cousin, né avec un problème au cœur, est mort. Il n’avait que sept ans. Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas sauvé? Quel faute avait-il commis?»… Des problèmes sans nombre! De ce qui est arrivé à Haïti ou dans l’est du Japon, on peut offrir une explication scientifique. Avant d’impliquer Dieu, on devrait se rappeler que depuis longtemps, les experts s’attendaient à des tremblements de terre à Haïti. Mais on continua à bâtir des maisons, des écoles, des hôpitaux négligeant ces prévisions. Sans doute, à cause de la pauvreté. Mais aussi de la corruption, affaire dans laquelle Dieu est totalement absent. La science et l’expérience sont là pour nous apprendre que la construction de centrales nucléaires dans des régions soumises à des secousses épouvantables n’est pas seulement une ‘affaire économique’. Nous croyons que Dieu est bon et qu’il nous aime. Les contemporains de Jésus n’étaient pas moins astucieux que nous. A la nouvelle que 18 personnes avaient été tuées dans la chute de la tour de Siloé, la réaction des gens se traduisait, au fond, dans une question très simple: «Pourquoi cela? Pourquoi ces gens-là sont morts comme ça?» A ceux qui proposaient une explication ‘religieuse’ – ils sont morts parce qu’ils étaient des pécheurs plus grands que les autres habitants de Jérusalem - (Lc 13,4), Jésus répond: Non, ces gens-là n’étaient pas plus coupables que les autres «Je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.» C’était bien dit: si les désastres naturels arrivent pour punir les criminels, quelle ville du monde aurait le courage d’affirmer qu’aucun séisme ne pourra se produire car «ses habitants sont tous des anges»?
Le mystère de la souffrance Shusaku Endo était un écrivain japonais fameux, décédé en 1996. Dans son roman très court et très fameux «Silence», Endo s’attaque à ce problème d’un Dieu qui se tait tandis que les innocents, par définition, les enfants, eux aussi, ont péri par milliers. Son roman est un travail théologique profond, soulignant le silence de Dieu malgré les souffrances de ceux qui sont persécutés parce qu’ils croient en Lui. Le texte fait mémoire de la persécution cruelle dont furent victimes les catholiques japonais pendant le 16è et le 17è siècle. D’un côté, des milliers de chrétiens, victimes de la férocité des empereurs, capables d’endurer les pires souffrances pour rester fidèles à un Dieu qui, cependant, ne fait rien pour eux. On dirait qu’Il est sourd! Un silence qui paraît plus choquant que les calamités naturelles ou les grandes injustices sociales. De l’autre, l’apostasie d’un prêtre portugais, qui avait quitté sa terre natale pour être à côté des chrétiens persécutés. Le silence de Dieu trouble le missionnaire, qui est le protagoniste du roman et qui n’arrive pas à comprendre ou à justifier le mutisme d’un Dieu que l’évangile présente comme ‘Père’! A la fin, il renonce à sa foi, tandis que les courageux paysans continuent de défier la mort pour rester fidèles à Jésus. La réponse d’Endo? Dieu était à côté des martyrs, partageant leurs souffrances et angoisses. Voilà le Dieu de Jésus. Endo était un écrivain, et non un théologien. Il n’offre pas d’explications ou de définitions logiques, mais des histoires, des symboles, des paraboles ouvrant la porte du monde de l’esprit. Les artistes, les poètes, les saints sont parfois mieux qualifiés pour parler de la signification de la souffrance humaine que les savants et les théologiens! Alors, «Dieu, où est-ce qu’il était quand la fin du monde semblait tomber sur Haiti ou Fukushima?» Il était, comme toujours, dans les cœurs de ceux qui mouraient et des survivants. A chacun de nous de le découvrir. R. Kisito Sesana et N.Y. W.M. |
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Tsunami. Des questions. |