C’est à Khartoum, le 10 octobre 1881, que termine la vie de Mgr. Comboni.

 

Les derniers mois il les a vécus intensément. Dans la région du Kordofan, entre mai et juillet il a fait une longue exploration des monts Nuba et visité, pour les consolider, les missions déjà actives de El-Obeïd, Delen et Malbes. Dans cette dernière localité on avait créé une communauté de familles d’anciens esclaves libérés. Le responsable était un prêtre de l’Institut de Comboni, le P. Antoine Dobale, un ancien esclave libéré en 1861. Avec l’aide d’un bon cartographe, Comboni a tracé une mappe soignée de la région. Il ne pouvait pas imaginer qu’un an plus tard, l’insurrection mahdiste détruirait ces missions et emprisonnerait ses missionnaires. Très fatigué, fiévreux, il reprit le chemin du retour. Sur la route entre El-Obeïd et Khartoum il passa une nuit entière sous une pluie torrentielle.

Les derniers mois avaient été aussi des mois de mauvaises nouvelles: 5 missionnaires étaient morts, entre juin et septembre. Le 3 octobre il avait écrit au cardinal G. Simeoni, responsable de Propaganda Fide: «J’ai eu raison d’ordonner de laisser à sa place le catafalque qui avait servi pour célébrer les Offices et la Messe de Requiem des trois missionnaires défunts dont j’ai parlé dans ma lettre précédente…Je ne me suis jamais senti à l’aise comme maintenant parce que, bien qu’en nombre réduit, je peux disposer de Missionnaires qui ont de grandes vertus et le sens de l’abnégation, qui affrontent les privations les plus grandes et la mort elle-même, facilement comme bonjour. On doit tenir tout cela sérieusement en compte. »

Le 9 octobre meurt à Khartoum l’abbé G.B. Fraccaro. Il n’a pas encore quarante ans, Comboni venait de le désigner comme son Vicaire Général. Le jour suivant, Comboni sent la fièvre monter; il entre en agonie et à dix heures du soir, il meurt. Le matin suivant, il est enterré dans le jardin de la mission.

 

On cherche un successeur

La nouvelle de sa mort arriva vite en Europe. Le 13 octobre, trois jours après, le Cardinal Canossa, évêque de Vérone et protecteur de l’œuvre combonienne, écrivait: «Mgr Comboni, mort à 50 ans? Mon Dieu, que vos jugements sont insondables! Quel coup terrible! Et maintenant, qu’est-ce que nous ferons? Certainement, je ne peux pas m’engager dans la direction d’une mission si importante.» Une idée lui vient, qu’il considère une inspiration du ciel: confier toute la mission aux Salésiens de Don Bosco, ami de Comboni. Leur réponse sera négative. Après tout, à Comboni qui, un jour, lui avait demandé d’envoyer pour sa mission de l’Afrique Centrale quelque jeune ‘bon’, Don Bosco avait répondu que le Pape venait de confier à son Institut l’évangélisation de la Patagonie!

Propaganda Fide propose une autre solution et demande à la Compagnie de Jésus de prendre en charge la mission combonienne. P. Brecks, supérieur général des Jésuites, donnera lui aussi, une réponse négative. Propaganda envoie la même requête au P. Planque, supérieur général des Missions Africaines de Lyon. Même réponse négative, qui sera donnée aussi par la Congrégation des Stigmates, de Vérone. On les comprend: le Vicariat de l’Afrique Centrale, confié à Comboni, est un territoire immense.

 

‘La certitude nous soutient’

L’Institut était présent sur trois nations, avec six communautés: Vérone (Italie), le Caire (Egypte), Khartoum, Delen, El Obeid, Malbes. En total: 34 missionnaires.

Un petit groupe, composé d’individus généreux, ce qui permettait à Comboni d’affirmer qu’avec eux, il se sentait comme «dans un tonneau de fer». Une semaine avant, Comboni avait écrit à l’abbé F. Giulianelli, administrateur du Vicariat, qui se trouvait au Caire: «Priez pour nous. Nous sommes heureux et disposés à porter la croix, sur laquelle est mort notre doux Jésus». Le P. Arthur Bouchard, Canadien, qui avait administré les derniers sacrements à Comboni, écrivait: «Sa mort nous a plongé dans une douleur immense, mais la certitude qu’il est au ciel, nous soutient. Nous, prêtres, frères et sœurs, témoins de cette mort du juste, nous avons répété son cri: «Ou Nigritie ou mort».

La communauté catholique soudanaise était encore à ses premières lueurs. Quelques centaines de personnes, dispersées dans des régions éloignées les unes des autres par plusieurs jours de voyage.

L’épreuve les attend. Les nouvelles qui arrivent du profond Soudan ne sont pas encourageantes. Un prophète vient de se présenter, à partir de l’Ile de Aba (Nil Blanc). Il s’appelle Mohammed Ahmed et le 29 juin 1881- quatre mois avant la mort de Comboni – il annonce d’avoir la mission de restaurer l’Islam vrai et pur et de libérer le Soudan de la corruption, dont le gouvernement turc, auquel le pays est soumis, est la cause principale.

Il dit: « Je suis le Mahdi, le successeur du Prophète de Dieu. Ne payez pas les impôts aux infidèles turcs.» Il commence sa marche vers la capitale. Les missions comboniennes seront détruites, Delen, Malbes, El Obeid (19.01.1883)… Les missionnaires qui n’arriveront pas à s’échapper, seront faits prisonniers: 4 Pères, 3 Frères et 8 Sœurs connaîtront de longues années de captivité. Un calvaire qui pour certains durera jusqu’en 1894. Avec 60.000 hommes El Mahdi attaque Khartoum et y entre le 30 janvier 1885.

Propaganda Fide nommera, le 6 juillet 1885 après de laborieuses recherches, le successeur de Comboni: c’était un prêtre de Vérone, François Sogaro. Il se donnera beaucoup de peine pour la libération des prisonniers et pour la réorganisation de la mission.

Le bon grain enfoui ne manquera pas de germer et de donner des fruits. La communauté chrétienne soudanaise est là pour le confirmer. « Comboni –a écrit le cardinal Nigérian Francis Arinze – ne renonçait à aucun effort pour convaincre l’Europe qu’il fallait croire en l’Afrique.

Et d’autre part, il exhortait les Africains à prendre en main leur avenir, à éviter toute attitude fataliste. L’Afrique est appelée à être sujet et non pas objet. »(2003).

N. G. Y.

 

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