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Le 7 juin 2011, à New York, l’organisation Path to Peace (Le Chemin de la Paix) a donné son Prix prestigieux à Rachel Fassera, une missionnaire combonienne que le journal ougandais Monitor le 8 mars dernier, Journée Mondiale de la Femme, avait présentée comme une des 50 femmes ougandaises dont on devrait faire mémoire.
Le nom de cette religieuse est lié à l’histoire de l’enlèvement de 139 filles de l’école d’Aboke et à son courage indomptable, qui lui permit d’arriver à obtenir la libération de 109 jeunes filles. Les restantes - malgré toutes ses supplications et larmes - furent contraintes à partir avec les rebelles de la LRA vers le Soudan. Le collège Sainte-Marie - Aboke, nord de l’Ouganda, fondé par les Sœurs Missionnaires Comboniennes en 1956, accueille trois cents filles, provenant de toutes les régions du pays, surtout les plus pauvres. «Nous voulons apprendre. La sagesse est une lutte, la sagesse est la lumière. Marie, notre Mère, aide-nous dans ce voyage de la vie.» Ce sont les premières lignes de l’hymne de cette institution très active et très appréciée. Le soir du 9 octobre 1996, les rebelles de la LRA attaquent le collège Sainte Marie. À l’époque, Sr. Rachele était directrice adjointe de l’école et enseignait la biologie. Une centaine de rebelles sont entrés dans les bâtiments de l’école. Nous espérions que les portes en fer et les barreaux aux fenêtres seraient suffisants: ce ne fut pas ainsi». «Ils choisirent 139 étudiantes, âgées de 13 à 16 ans et après les avoir ligotées ils sont partis vers le nord. Leur sort? Être formées pour la guerre, placer des mines, de participer à des pillages, tuer leurs compagnes d’infortune qui auraient osés se révolter. Ou être données aux commandants. Sr. Rachele décida de suivre les rebelles. Elle partit frapper à la porte de la directrice de l’institut: «Sœur Alba, je veux suivre les filles». Celle-ci n’ hésita pas de lui dire: «Va, et que Dieu te bénisse… Tu peux prendre l’argent qui est dans la caisse, il pourrait servir à convaincre les ravisseurs à laisser les filles.» «J’ai trouvé 700.000 shillings dans le coffre. Je les ai mis dans un sachet. Ils étaient l’équivalent du salaire de quatre enseignants. En sortant, j’ai rencontré Jean Bosco, professeur à l’école. Je lui ai demandé: «Voulez-vous venir avec moi?» Il répondit: «Oui, ma sœur, allons-y. Mourons pour nos filles»! Une main me saisit par un bras: c’était une étudiante de l’école, l’une des treize filles qui avaient été enlevées, mais abandonnées parce qu’elles étaient trop petites. Sanglotant et balbutiant, elle me dit: «Sœur, ils m’ont violée»!
Sur la colline Les larmes dans ses yeux et la colère qui gonflait son cœur, Sœur Rachel commença la poursuite des bandits. Jean Bosco marchait devant. On savait qu’il y avait des mines placées par ici par là. «Nous avons fait 40 km environ. J’ai eu peur. Nous avions peur, mais nous ne pouvions pas nous arrêter. A l’aube, sur une colline devant nous, nous avons aperçu les filles marcher en file indienne. Nous les suivons, jusqu’à approcher les rebelles, pour leur dire que nous voulons voir leur chef. Ils me conduisirent jusqu’à la cache où il se trouvait. Je me suis agenouillée: «Commandant, je suis venue pour vous demander de me donner les filles… J’ai aussi apporté de l’argent.» «Nous ne voulons pas d’argent», fut la courte réponse du patron. Puis, il regarda longtemps en silence la Sœur toujours agenouillée. Soudain, son regard devint amical, «Ne vous inquiétez pas, je vous donnerai les filles.» Il ajouta: «Prends aussi celle-ci”, c’était une fillette du village. “J’ai alors compris que même dans le cœur le plus dur il y a toujours un côté bon. Cependant, tout n’était pas fini. Après avoir compté les filles qui pouvaient rentrer avec nous, on s’est aperçu qu’il en manquait encore 30. Je me suis de nouveau agenouillée devant le commandant et je l’ai imploré: «Donne-moi aussi les trente filles qui sont avec toi. Prends-moi à leur place!”. Le commandant lui fit signe de se lever. «J’en garde trente, il repéta mais si Kony est d’accord les autres seront libérées demain». «Conduisez-moi chez Kony. Que je puisse parler avec lui». Le commandant fit une pause et après il ajouta: «Vous pouvez seulement lui écrire.» Soeur Rachel ouvrit son sac, prit un bout de papier et la plume. Elle écrit: «Cher monsieur Kony, je vous prie de me rendre les trente filles restées avec votre commandant Mariano. Je vous remercie.» La réponse n’arrivera jamais.
Sans cesse Sr. Rachel et les parents des filles enlevées ont formé une Association (CPA), pour la libération des prisonnières. Leur croisade internationale inclut un appel au pape Jean Paul II et des rencontres avec des représentants des Nations Unies, avec madame Hillary Clinton lors de sa visite en Ouganda, les membres du Parlement européen, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, des présidents de diverses nations africaines et de nombreux autres diplomates. Qu’est-ce qui est arrivé aux trente filles restées dans les mains des rebelles? «Cinq sont mortes en captivité. Petit à petit, toutes, sauf deux, sont arrivées à s’échapper. Parmi elles, Agnès, 15 ans. Elle est restée dans la brousse pendant des mois. Un garçon lui apprenait à supporter les coups en silence et à jouer le rôle de soldat. «On nous a ordonné de prendre un gros bâton et de battre les gens qui se révoltaient, même jusqu’à les tuer. On nous a fait placer des mines et participer à des pillages. Certaines ont été données en mariage à des commandants de la rébellion. » Un jour, elle entend qu’on prépare un voyage au Soudan et qu’elle est destinée à devenir la femme d’un chef de la guérilla. Le jour suivant, tandis que les rebelles se cachent car il y a un hélicoptère du gouvernement ougandais qui survole la zone, Agnès s’éloigne furtivement et arrive à s’enfuir. La dernière, Catherine Ajok, est rentrée en mars 2009, avec un bébé de 21 mois, qu’elle dit être fils de Joseph Kony. Parmi les filles revenues, deux ont maintenant la syphilis; deux autres avaient été données en mariage à un commandant qui est mort de sida il ya quelques mois. Toutes ont été réintégrées, elles se sentent aimées et acceptées. Mais on ne sait pas combien de temps il faudra pour panser les blessures de leur cœur. » A Aboke on se retrouve régulièrement, pour prier et réfléchir. La dernière fois une fille libérée a fait cette prière: «Pardonne le commandant qui m’a enlevée et qui m’a contrainte à tuer. Seigneur, donne-nous la paix, que tous les enfants soient libérés.». L’histoire des filles d’Aboke sera racontée dans un film en préparation «Girl Soldier», de la Caspian Pictures. Pour qu’on n’oublie pas les 20.000 jeunes kidnappés par la LRA. E.T.
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Les filles d’Aboke |
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Je t’ai choisi |
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Le coeur ouvert au monde |