La réussite d’un échec

«Pourquoi toujours moi? Suis-je maudit? Tuez-moi, pour que je puisse quitter notre terre d´injustices, de mensonge, d’hypocrisie, d’exploitation de l‘homme par l’homme, d’égoïsme. Etes-vous des hommes au cœur d’acier?» gémit un prisonnier sous les coups de fouet, dans un cachot.

Ces paroles s’envolent en l’air et vont atterrir au fond du cœur du commandant de la police qui, pris de pitié demande au policier chargé d’administrer les coups de  fouet aux prisonniers, d’arrêter le travail et d’acheminer dans son bureau le prisonnier plaignant. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le prisonnier entre dans le bureau du commandant.

- Asseyez-vous, dit le commandant. Qu’avez-vous fait pour vous trouver dans ce cachot?

- Mon commandant, dit le prisonnier, permettez-moi de vous narrer le récit de ma vie passée.

- Parlez, encourage le commandant

- Je suis fils unique et orphelin, mes parents sont morts, quand j’avais l’âge de dix ans. C’est à cette époque qu’a commencé mon calvaire terrestre. J’ai été abandonné par ma famille maternelle et paternelle. J’ai grandi comme grandissent les oiseaux du ciel. Dix ans après, c’est-à-dire à l’âge de vingt ans je me suis décidé de réussir ma vie. Un beau matin, un copain m’a conseillé de voyager pour l’Europe. - Tu vois? me dit-il, ceux qui sont arrivés là-bas occupent le sommet de la fortune et de la science. Là-bas, la vie est facile!»

Malheureusement pour atteindre ce paradis terrestre, il faut le dieu de la terre, l’argent. Mû par la détermination de réussir ma vie et surtout de voyager vers les pays des Blancs, j’ai exercé plusieurs métiers: barman, docker, receveur. Peine perdue, ces métiers ne m’ont pas même permis de ramasser la somme nécessaire  pour payer le passeport et le visa.

C’était la faillite de tous mes rêves. Un jour, un autre ami me parla d’une région où l’on disait qu’il y avait des dimants. J’ai passé deux ans dans la forêt. Commandant, vous ne pouvez pas imaginer la vie infernale que j’ai faite pendant ce temps.

 

Un après-midi, un grand commerçant, par pitié ou par ce qu’il avait apprécié de ce que j’avais récolté, m’a donné une somme importante d’argent. Sans plus trainer dans la forêt, je suis revenu en ville et j’ai acheté mon billet de voyage pour l’Europe. Le jour du voyage arrivé, j’ai pris un taxi pour aller à l’aéroport. Malheureusement pour moi, la voiture a connu une crevaison des deux pneus avant. Le temps passait et je suis arrivé  l’aéroport avec un grand retard. L’avion avait déjà décollé. Inutiles mes tentatives d’expliquer ce qui m’était arrivé. La compagnie de l’avion répliqua que c’était ma faute. J’étais fâché. Rien à faire.

Je suis monté dans le bus pour regagner l’autre côté de la ville, où un ami m’avait accueilli le jour précédent. Un enfer: le bus était plein à craquer et je n’ai pas eu le temps d’acheter mon ticket. A un arrêt, montent des contrôleurs, qui  m’arrêtent comme fraudeur. Mes explications sont restées vaines. L’être humain n’est-il pas l’animal le plus compliqué de la terre? Peut-il comprendre facilement les malheurs des autres? C’est pourquoi, ils m’ont déposé ici, au cachot. Et maintenant, vous aussi, sans m’avoir interrogé, vous donnez l’ordre qu’on me fouette!»

L’horloge accrochée au mur du bureau sonne 12 heures 30. Le commandant de la police se lève de sa chaise et court vers son poste téléviseur, qu’il ouvre pour suivre les nouvelles en langues vernaculaires.

La speakerine apparait à l’écran. Elle sourit, comme d’habitude.

Les nouvelles en langues vernaculaires débutent. Le commandant de la police suit les informations avec une attention toute particulière, étant donné qu’il est originaire de la région de la langue parlée. Quand le journaliste a terminé de parler, le commandant de la police dit: « Mon ami, vous avez une chanche extraordinaire! Est-ce que vous avez entendu la nouvelle? L’avion à destination de l’Europe est tombé à trois cents km de la côte, suite à une panne d’un de ses quatre moteurs. Et le gouvernement vient de décréter un deuil national de deux jours, en mémoire de deux hommes importants qui étaient à bord »

Enfin, c’est comme ça la vie!

Longin Kizobo Langh

 

AE56

Editorial

Courrier

Je t’ai choisi

Groupes armés

Bible et Coran

Un service précieux

Message
du Saint-Père pour la JMM

Le coeur ouvert au monde

L’ami des pauvres

L’esclave du Kordofan

Il y a 130 ans
de cela

Les porteurs
du feu

JMJ

Les filles d’Aboke

Plantez
un arbre, svp

D’une beauté incomparable

Vademecum