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Théophile Woldemaryam, Patriarche Né le 24 avril 1910, dans un village près du monastère Debré Elias, dans la région du Gojjian, Éthiopie du Nord. Formation théologique et liturgique à Addis-Abeba (1927) et au monastère Telehaimanot, à Debré Libanos (1937). Chargé de l'église Ste Trinité, la cathédrale copte de la capitale éthiopienne, le moine Théophile travailla avec zèle et intelligence. Le 25 juillet 1948, après deux années de préparation en Egypte, il fut consacré évêque, avec quatre autres moines éthiopiens, par le Patriarche d'Alexandrie. On lui confia l'Archidiocèse de Hararghe, où il se préoccupa surtout de la formation des candidats au sacerdoce et d'autres ministres de la communauté, et de la prédication aux non-chrétiens. Le 9 mai 1971 il fut nommé au siège d'Addis-Abeba, avec le titre de Patriarche et Primat d'Éthiopie. Remarquable se révéla son action dans l'organisation de la vie pastorale, des rapports avec les Églises de l'Orthodoxie (Alexandrie et Constantinople) et du développement social. Le soir du 17 février 1976 le Patriarche Théophile fut arrêté et gardé à vue, dans le Palais National. Il était accusé de connivence avec l'ancien régime de l'empereur Hailé Selassié (emprisonné en 1974) et d'opposition au gouvernement marxiste. Grâce à l'aide de quelques amis il put s'échapper et se réfugier à l'église St Gabriel. Arrêté de nouveau, il commença un jeûne de quarante jours, correspondant au temps de carême. La presse officielle déchaîna une campagne de dénigrement contre le Patriarche, en le présentant comme un complice de l'empereur buvant le sang des pauvres, filtré par le Patriarche et son Eglise. Malgré les intimidations et les menaces dont il fut l'objet, le Patriarche se refusa toujours à démissionner. "Je ne peux pas renoncer à mes responsabilités et à mon office", répondait-il aux autorités communistes. Il fut enlevé par des militaires le 14 juillet 1979, vers 11h00, avec deux autres prisonniers: le commandant Kassa Woldemariam et le général Samuel. Avec une croix en bois - la seule qui lui restait - il bénit tous les détenus, en disant: "Que Dieu vous libère de la prison". On ignore sa fin. Des témoins ont raconté qu'il fut étranglé. Son corps fut retrouvé le 30 avril 1992 avec ceux d'autres prisonniers assassinés et enterrés à la hâte dans le jardin de la maison de Ras Asrate Kassa. Le 11 mai 1992 ses restes mortels furent déposés dans l'église de Sainte Marie.
Tumisa Gudina Il était le secrétaire général de l'Eglise Luthérienne d'Ethiopie (appelée Mekane Jesus Church). Lors de la persécution contre les chrétiens et la saisie des biens des Eglises par le gouvernement, la police du Derg, en octobre 1978 se présenta au bureau de Gudina et l'arrêta. Il fut conduit à la 3e station de police, célèbre pour les conditions épouvantables réservées à ses hôtes. Après maintes recherches, la famille arriva à découvrir l'endroit où était gardé caché leur conjoint: mais on refusa le permis de lui passer les médicaments dont il avait besoin. Quelques jours plus tard Gudina fut transféré à Asella, ville à Sud-est d'Addis-Abeba. Les autorités s'attendaient sa collaboration dans deux domaines. Il fallait d'abord donner l'impression à l'Occident que les relations entre Gouvernement et Églises étaient bonnes. Puis, on voulait exploiter le nom de Gudina pour obtenir des fonds de l'étranger. Il fut libéré et de nouveau arrêté en mai 1979. Gudina s'était rendu à Wolissa, petite ville à l'Ouest d'Addis Abeba, pour une rencontre avec la communauté chrétienne. Sa prédication avait été appréciée, mais parmi les fidèles il y avait des policiers en civil. Le jour suivant il se rendit avec son épouse à Addis Abeba et alla voir la police: "Il y a des gens qui disent qu'on va m'arrêter de nouveau", dit-il en toute simplicité. En effet, sans aucune explication, on l'arrêta pour la deuxième fois. Le prétexte était toujours le même: on s'attendait de lui des interventions assurant, devant l'opinion internationale, qu'en Ethiopie la liberté religieuse était respectée. Gudina se refusa. Ils arrêtèrent sa fille Lensa, de 16 ans. Grâce à des pressions exercées par des gens du corps diplomatique, ils furent relâchés quelques jours plus tard. Les amis ne cessaient de l'exhorter à se cacher. «Non - répliquait-il - je continue mon travail, tranquillement. Je suis dans les mains du Seigneur. C'est lui mon salut et ma force». Le 28 juillet 1979 il fut emprisonné pour la troisième fois. Le matin il avait présidé la prière de la communauté et commenté le texte évangélique. "Le sel est bon, mais s'il devient fade il sert à quoi?». Le soir du même jour il dirigea un groupe d'étude biblique, à Makanissa. Au retour - son épouse Adèle Tsehay était au volant - ils furent arrêtés et contraints à monter dans deux voitures différentes. Adèle fut relâchée dans la nuit même, sur la route de Debrezeit, à 45 km de la capitale. Quant à son mari, elle ne le verra plus, malgré les recherches auprès des bureaux de police. La réponse était partout la même: «Nous ne savons rien». Six mois plus tard Adèle fut arrêtée et torturée. Elle sera libérée après dix ans de détention. A la chute du gouvernement militaire, la famille reprit les recherches pour découvrir l'endroit où Gudina avait été enterré. Grâce à un ancien militaire qui était présent au moment des faits, la vérité se fit jour. Le corps, enterré dans le terrain à côté du palais, fut retrouvé le 22 avril 1992. Le militaire raconta que Gudina avait été tué le jour même de son arrestation, dans le palais de Ras Asrate Kasa. Menghistu Hailemariam et d'autres membres du Derg étaient aussi présents, vérifiant l'exécution de leurs ordres. Gudina avait été torturé et finalement, étouffé. Puisqu'il était de grande taille, le bourreau était monté sur une chaise et à avec une ceinture avait suffoqué la victime d'une manière tellement violente qu'il avait brisé la première vertèbre cervicale. Les conjoints reconnurent les vêtements de la victime. Les funérailles furent célébrées le 27 juin suivant. «Gudina n'est pas mort en vain. L'Eglise continue à être la voix des sans voix, l'alliée des pauvres», déclara le Dr. Gunnar Staalsett, secrétaire général de la Fédération Luthérienne Mondiale.
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