Le Mozambique est devenu indépendant le 25 juin 1975. Le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO), chercha tout de suite à imposer un projet de développement contrasté par un mouvement d'opposition, la Résistance Nationale Mozambicaine (RENAMO). S'en suivirent dix-sept ans de guerre civile, faisant 900.000 morts, 3 millions de déplacés, et entres autres, la destruction de 2.600 écoles primaires et de 820 centres de santé. Un conflit défini comme "un de pires holocaustes depuis la deuxième guerre mondiale".

Gonçalves Kamtedza João de Deus
"Le diocèse de Tete est en deuil. Les P. João de Deus Gonçalves Kamtedza et Silvio Alves Moreira ont été assassinés le même jour, à deux cents mètres de leur résidence de Chapotera, paroisse de Lifidzi, dans le district d'Angónia.
Dans l'obscurité, les assassins, connaissant très bien les lieux et sachant que la mission était isolée, tuèrent les deux prêtres sans défense. Seule la nuit fut le témoin de ce crime et du cambriolage effectué dans l'habitation des missionnaires".
Par ces mots l'Évêque de Tete, Paulo Mandlate, informait les fidèles de son diocèse du meurtre de deux prêtres. Et il ajoutait: "L'événement tragique a suscité une grande consternation et a été fortement condamné. L'Église et les gens honnêtes demandent avec insistance et impatience que l'identité des assassins des deux Pères Jésuites soit découverte".
João de Deus était né le 8 mars 1930, à Mirioni (Vila Mouzinho), Province de Tete, de Fernando Gonçalves, de Vale Nogueira (Bragança), et de Rosa Kamtedza, de Vila Mouzinho.
Après l'école primaire à Boroma, il entra au Petit Séminaire de la Compagnie de Jésus. Première profession religieuse en 1953. Etudes de philosophie au Portugal (Soutelo-Braga) et de théologie à San Cugat Vallés (Barcellone, Espagne). Ordonné à la paroisse de Boa Fonte, Mozambique, le 15 août 1964.
Après un nouveau séjour en Europe pour compléter les études, il rentra au Mozambique, où il fut affecté à la paroisse de Boa Fonte.
Voici comment Félix Niza Ribeiro, premier Évêque de Tete, parle du P. João.
"Il était un de ces gens qu'on ne peut pas oublier. Homme de Dieu, peut-être gênait-il quelqu'un. On décida donc de se débarrasser lâchement de lui d'une manière cruelle. Je garde un très bon souvenir du P.João de Deus. Il était jeune d'esprit, ouvert, un combattant pour la justice et la vérité. C'était un homme simple, sincère, courtois et aimable. Ses manières amicales et sociables lui attiraient la sympathie de tous. Il était estimé par tous ceux qui le connaissaient. Homme exemplaire dans ses fonctions apostoliques, il était toujours prêt à aider et les gens avaient confiance en lui. Car il s'intéressait à tout le monde et ne négligeait personne.
Lorsque le vent du changement souffla au Mozambique, quelques prêtres succombèrent sous l'influence des vents contraires au Royaume. P. João connaissait bien la voie qu'il avait choisie et ne s'écarta jamais de son idéal sacerdotal, grâce à sa saine et forte personnalité et à sa formation spirituelle. Il édifiait ses frères dans la foi rien que par sa présence, au point que nous pensions que sa présence était nécessaire et même irremplaçable".
Un missionnaire raconte: "J'ai connu le P. João à Angónia, lorsqu'il venait d'achever une canalisation portant l'eau de la montagne vers la ville. Les soldats du FRELIMO n'aimaient pas les deux prêtres, parce qu'ils avaient ouvertement parlé au sujet des droits humains et de comment ils étaient bafoués.
Il savait distiller le "waragi" et même le Président Samora Machel, au cours d'une visite dans la région, le goûta. "Je me sens très fatigué - dit le Président. En tout cas, quand je mourrai, je voudrais aller au ciel. Oui, je sais, il y a des gens qui disent qu'il n'y a pas de ciel ou qu'il n'y a rien ou qu'il y a seulement l'enfer. Telle est la position des marxistes, mais moi je veux aller au ciel, gardez l'enfer pour vous-mêmes. Et maintenant, parlons d'autre chose et célébrons cette bouteille avec un esprit spécial. Bien qu'il ne soit pas aussi bon que le whisky, c'est néanmoins un produit d'Angónia".

Guimboa Frederico Samuel
Né à Nhampata de Palla (Mabil), Maxixe, le 14 décembre 1943, de Samuel Guimboa et Nhachala Nhalihahu. En 1966, il entra au noviciat Franciscain de Varatojo (Portugal). Etudes de philosophie et de théologie au Séminaire National St Pie X, à Maputo. Ordonné le 15.05.1974, à la cathédrale d'Inhambane. Affecté au séminaire de Chimoio. Lorsque ce dernier sera nationalisé, en 1976, P. Frederico passera à la direction du Centre catéchétique de Guiúa. Il est aussi nommé Supérieur Provincial des Franciscains. Il traduit le Nouveau Testament dans sa langue maternelle, le Guitonga. En 1980, il est nommé curé de la paroisse de la cathédrale de Xai-Xai et en même temps supérieur de la mission de Chongoene.
Il voyageait de Xai-Xai à Maputo pour assister à une réunion du Conseil Provincial, lorsqu'il tomba dans une embuscade, à Maluana-Manhaia. Atteint par plusieurs balles, il mourut sur le coup. C'était le 26 novembre 1984, à 10h.30.
Voici ce que l'Evêque de Xai-Xai a écrit dans une lettre datée du 26.12.1985.
"Sa vie fut toujours gaie, engagée, pacifique et fraternelle. Beaucoup de communautés ont bénéficié de ses services et en particulier celles de Xai-Xai et de Chongoene; beaucoup de familles, beaucoup de jeunes gens, la famille Franciscaine et la jeune Église Mozambicaine.
Nous répétons les mots du chant qu'il nous avait appris: «Kanimambo, Hosi Yanga, Kanimambo Tatana (merci Seigneur, merci Père)".

N. B.
Le déces de deux abbés qui suivent n'a pas pu être établi avec certitude.

Guengere Mateus
Petit Séminaire à Zobué (Tete). Philosophie et théologie au Grand Séminaire Christ Roi de Namaacha. Ordonné en 1964. Il travailla pendant quelque temps à Sena, diocèse de Beira.
"Sympathisant du Frelimo, l'abbé dut quitter le Mozambique afin d'échapper à la police portugaise. Il s'exila à Dar es Salam, où il enseigna à l'Institut Mozambicain. Dans la capitale Tanzanienne, il fut élu membre du Comité Central de FRELIMO. Les étudiants considéraient l'abbé Mateus comme un "aîné", et leur chef spirituel.
L'abbé Mateus faisait aussi partie du groupe des gens du Nord qui, souhaitant un remaniement au sein du FRELIMO, avaient créé la MANU (Union Nationale Mozambicaine Africaine). Si tôt après la mort de Mondlane, tué le 3 février 1969 par une bombe cachée dans un petit colis, le FRELIMO accusa l'abbé et d'autres de "conspiration". Expulsé du parti, l'abbé Mateus se réfugia au Camp Dabalo (Nord-Tanzanie), où il exerça son ministère sacerdotal en aidant dans la paroisse avoisinante.
Au début des années 1970, il se déplaça à Nairobi, y restant jusqu'en 1974. En 1974, pendant le gouvernement de transition, il retourna au Mozambique et se déclara contre certaines décisions du FRELIMO. Avec le révérend Urias Simango, il fonda le PCN (Parti de Coalition Nationale). Il quitta une fois encore le Mozambique et en passant par l'Afrique du Sud, il se réinstalla à Nairobi, tandis que Simango s'échappait à Blantyre, où le gouvernement malawien l'arrêta et l'extrada vers le Mozambique.
A Nairobi, l'abbé Mateus aida les réfugiés mozambicains. Un ami, Matola, lui dit un jour: "Écoutez, il y a des Mozambicains, à Arusha, qui aimeraient vous voir. Là-bas il y a également un groupe d'opposants tanzaniens qui aimeraient vous voir". Matola arrangea tout et lui obtint une fausse identité sous le pseudonyme de Said Omar. C'était un piège. À la frontière de Namanga il fut arrêté par la police tanzanienne. Ayant appris la nouvelle, nous avons essayé de contacter le gouvernement kenyan. La réponse de ce dernier fut qu'à la frontière on n'avait pas capturé un prêtre, mais un monsieur répondant au nom d'Omar.
L'abbé fut emmené à Dar es Salam, où il fut soumis à un interrogatoire. Nous pensons qu'on l'a donné au gouvernement du FRELIMO et qu'il a été éliminé avec Urias Simango, Lazaro Nkavandame, Paul Okumani, Juana Simião, Véronique Namiva et tant d'autres".

Mirassi Estêvão
Né a Cuamba (Niassa), vers 1947. Ordonné en 1972. Diocèse de Lichinga. Après trois années d'activité pastorale avec les Missionnaires de la Consolata, il chercha, lors de nationalisation des établissements et des activités de l'Église, du travail à la Banque de Cuamba. Ses critiques vis-à-vis des abus des autorités locales attirèrent les foudres du FRELIMO. En 1978, Aurelio Manave, gouverneur de Niassa, ordonna l'arrestation de l'abbé, le condamnant à un camp de rééducation, avec d'autres détenus politiques.
Dès lors, l'abbé Estêvão a disparu sans laisser de traces. Aux démarches faites par l'Évêque et par la famille du prisonnier pour le retrouver, le gouverneur Aurelio Manave répondit longtemps en termes plutôt vagues. Finalement, en 1983, le gouverneur autorisa les parents de l'abbé Estêvâo de retirer de l'argent à la Banque en son nom. "On ne sait pas où il est", expliqua le gouverneur. Des mots qui semblèrent confirmer ce que tout le monde pensait: que l'abbé avait été exécuté.

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