|
En janvier 1971, le Colonel Idi Amin prit le pouvoir, bannit tous les partis politiques et "nettoya" l'armée des soldats Lango et Acholi, coupables d'avoir soutenu le régime de Milton Obote. Par la suite, il recruta des troupes de son ethnie (Kakwa, Nubi) et des mercenaires. Poussé par une 'inspiration divine', en août 1972 il prit la décision d'expulser du pays tous les Indiens détenteurs d'un passeport anglais. Après l'invasion avortée de l'Ouganda par les sympathisants de Milton Obote, en septembre 1972, Idi Amin commença à éliminer des gens en grand nombre. Les disparitions de citoyens éminents devinrent habituelles. En janvier 1973 le régime reconnut la 'disparition' mystérieuse de quatre-vingt-six personnalités: Benedicto Kiwanuka, Président de la Cour Suprême; le Vice-Chancelier de l'Université Makerere; le Gouverneur de la Banque d'Ouganda… Le 16 février 1977, Idi Amin commandita le meurtre de Janani Luwum, Archevêque de l'Église de la Province d'Ouganda, de Charles Oboth-Ofumbi, Ministre des Affaires Intérieures et de Erinayo Oriema, Ministre des Ressources. Deux jours avant sa mort, J. Luwum avait écrit au Président Amin une lettre, signée par d'autres chefs religieux: "Nous avons enterré bien des gens tombés sous les coups des balles. Et nombreux sont ceux dont les corps n'ont pas été trouvés". Amnesty International a estimé que le nombre des morts de cette période de terreur (1971-1979) était d'environ 300.000. Convaincu qu'il fallait mettre un stop à cette folle dictature, le président Tanzanien, Julius Nyerere, déclara la guerre à Idi Amin. Après d'âpres combats, les troupes Tanzaniennes libérèrent Kampala au début d'avril 1979. L'ordre fut restauré. Néanmoins, les violations des droits continuèrent. Dans son Rapport de 1984, Amnesty International écrivait: "De nombreuses informations reçues confirment que des civils ont été arrêtés et tués arbitrairement et illégalement par les militaires. Le gouvernement a promis qu'il enquêtera sur tous les cas d'abus commis par les militaires. Peu de militaires toutefois ont été inquiétés pour des exactions contre les civils".
Banduga Gabriel Originaire de la paroisse de Lodonga, diocèse d'Arua. Ordonné prêtre le 15 décembre 1973. En 1979, il fut transféré à la paroisse d'Arivo, à 14 km d'Arua, sur la route de Pakwach. "Le 23 mai, vers 10h00, un jeune homme arriva à la paroisse rapportant que les libérateurs avaient atteint Bondo et que, pendant leur avancée, le curé de la paroisse d'Uleppi, l'abbé Matthias Mirya, avait été tué. L'abbé Gabriel décida d'aller à Uleppi. C'était le samedi 24 mai, veille de l'Ascension. "Il atteint Bondo autour de 9h30. Tout près des casernes, sur la route principale, il fut arrêté par les soldats encore fidèles à Amin. Avec la canne d'un commandant, ils rouèrent de coups le prêtre, jusqu'à ce qu'il commença à saigner du nez et des oreilles. Ils le traînèrent avec une corde attachée autour de la taille. On entendait ses cris de douleur de l'extérieur. Vers 17h00, l'officier ordonna de finir le travail: «Et ce prêtre, qu'attendez-vous pour le tuer?» Les soldats, fatigués peut-être de leurs moqueries ou épris de compassion, tirèrent sur lui, dans la chambre, devant d'autres prisonniers. Son corps fut traîné à l'extérieur des casernes, jeté dans une des tranchées au-delà de la clôture des casernes et couvert avec un peu de terre". Le Bulletin diocésain d'Arua a écrit: "L'abbé Gabriel était connu comme une personne engagée, responsable et déterminée". Et le mensuel Leadership: "Pour son zèle dans le ministère sacerdotal, il était aimé de tout le monde".
Izale Cherubin Né le 16 septembre 1958 à Arua. Ordonné prêtre à la paroisse de Metu, le 4 septembre 1993. Depuis quelques mois il était curé à Obongi. Il fut assassiné par un bandit armé le vendredi 30 octobre 1998, lorsque avec d'autres personnes il voyageait de Moyo vers Arua.
Kiggundu Clément Le 16 janvier 1973, à Rubaga, dans une cathédrale pleine de fidèles, se déroulèrent les funérailles de l'abbé Clément Kiggundu. En concluant son homélie, l'Archevêque de Kampala, E. K. Nsubuga, dit: "Si vous ouvrez le cercueil et voyez ce qui reste de lui, vous serez bouleversés". À l'hôpital Mulago l'autopsie révéla qu'avant d'incendier la voiture (plaque UUS 719), les assassins avaient étranglé l'abbé. Dans sa poitrine il y avait une balle. Clément est né à Kisaawa (Kalungu), district de Masaka, le 3 juin 1928. Ordonné en 1958. Au début, il a travaillé à la paroisse de Kikira. Deux ans plus tard il est nommé curé à la paroisse de Kyamulibwa et commence sa collaboration avec Munno, un journal catholique en luganda. Trois ans plus tard, il est nommé directeur du journal. L'abbé Clément et Kiwanuka étaient de grands amis. Ils discutaient souvent sur la situation sociale et politique. Un jour Kiwanuka lui avait dit: "Nous ne pouvons pas abandonner notre pays juste parce que nous sommes menacés"
Mugarura Fidèle Originaire de Kabale, il était entré au Petit Séminaire des Apôtres de Jésus, à Bukinda, en 1976, après l'école primaire. Noviciat et études théologiques à Nairobi. Après l'ordination sacerdotale en 1987, il travailla à la paroisse d'Ikiinu (Nairobi) et de Packwach (Arua, Ouganda) et finalement dans son diocèse de Kabale, où il fut affecté à la paroisse de Kamwezi. Selon le témoignage de l'abbé Benoît Mubangizi, son vicaire, c'était pendant le dîner que quelqu'un frappa discrètement à la porte. C'était un homme armé, réclamant de l'argent. "Même toi? Et tu viens me demander de l'argent en brandissant un pistolet?", lui dit P. Fidèle. Voyant qu'il avait été reconnu, le bandit visa la poitrine du prêtre et tira.
Mukaaya Ignatius "Salutations. J'espère vous revoir encore, mes amis. Il paraît que la fin de ma vie approche. Que le Seigneur pardonne mes péchés et pardonne aussi ceux qui me calomnient !" Ce sont là les derniers mots de l'abbé Ignatius Mukaaya, frappé à mort par homme armé, le 28 octobre 1987, près de la résidence de l'Evêque de Masaka. Ignatius était né le 14 mai 1949 à Buyamba, diocèse de Masaka. En 1976, après l'ordination, il compléta sa formation à l'Université de Notre Dame, USA et à celle de Cambridge (Angleterre), où il obtint la licence en philosophie et lettres. En 1983, il fut nommé économe diocésain. Il sortait de l'hôpital Kako, où il était allé visiter un malade, quand un inconnu armé sauta dans son pick-up. Après lui avoir dit d'arrêter et de lui céder le véhicule, il lui tira à la poitrine. Il est décédé quelques heures plus tard.
Mukasa Clément Le 22 juillet 1976, à 6h30, Mgr Clément vient de commencer la célébration de la messe dans la cathédrale de Kitovu, lorsqu'une voiture s'arrête devant la porte de l'église ouverte. Trois hommes armés en descendent. Ils entrent à l'église et ordonnent aux fidèles présents de sortir. Mgr. Clément reste à l'autel, seul, avec un acolyte. Les trois hommes lui intiment l'ordre de quitter l'église et de monter dans leur voiture. Ils partent vers Kampala. Le jour suivant quelqu'un aurait retrouvé ses vêtements liturgiques qui flottaient dans la rivière. Mukasa Clément était né en 1914 à Mabale, dans la sous-région de Kabira, connue autrefois sous le nom de Buddu. Il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1945, par l'archevêque Joseph Kiwanuka. Choisi comme Coordinateur national des écoles Catholiques de l'Ouganda, en 1953, il s'acquitte de cette tâche avec grande compétence, durant six années. De 1960 à 1965 il est recteur du séminaire de Bukalasa. Après une année comme curé à la paroisse de Narozali, il est nommé de nouveau Coordinateur national des écoles catholiques. Sous son influence, plusieurs lycées et écoles primaires sont créés. En 1972 il reçoit du Pape Paul VI le titre honorifique de Monseigneur. Pourquoi tuer ce prêtre de 60 ans? Au cours de ses dernières années il avait encouragé les communautés chrétiennes à affirmer leurs droits de propriété de la terre et des bâtiments scolaires, menacés par la nationalisation. Amin ne pouvait pas admettre qu'on le contredise.
Nyadru William William était né à Pakele (Moyo), diocèse d'Arua, le 28 mars 1960. Lorsque à l'âge de 12 ans William manifesta le désir de devenir prêtre, sa mère l'encouragea à y répondre généreusement. Après le Petit Séminaire de Pokea et la philosophie au séminaire d'Alokolum, il décida de joindre l'Institut Combonien. "William était un excellent élève et le seul de sa promotion à couronner les trois années à Alokolum avec la mention 'Très bien'. Il ne se laissa pas séduire par les propositions qu'on lui offrait d'embrasser une brillante carrière. Il voulait servir le Seigneur et pendant les années de sa formation tout le monde apprécia la richesse de sa personnalité. Bien qu'intellectuellement doué, il ne s'est jamais moqué de ses camarades plus faibles. Au contraire, il les aidait, toujours disponible à contribuer à la bonne marche de la vie communautaire". Après les études de théologie à l'Université Grégorienne, (Rome 1984-1987), il fréquenta pendant deux ans, la faculté de journalisme à la City University de Londres. Ses études une fois terminées, William retourna en Ouganda où il fut nommé vicaire à la paroisse de Morulem, dans le district de Kotido, Karamoja. Une expérience pastorale lui était indispensable avant de travailler au magazine Leadership. Le vendredi 25 octobre 1991, à 9h00, P. William partit à moto chercher les fiches de la dîme à Moroto. Moroto est à 120 km de Morulem. Peut-être voulait-il aussi saluer l'évêque Kalanda, transféré à un autre diocèse. "On l'attendait à Morulem pour l'après-midi. Cependant à la tombée de la nuit, il n'était pas encore de retour. Nous étions très inquiets. A 20h.30 nous avons demandé aux autres missions, par phonie, si elles avaient des nouvelles du P. William. Personne ne l'avait vu. Le lendemain, divisés en trois groupes, nous partîmes dans trois directions différentes. A 13h00, de la voiture de Morulem fut lancé un message: «De l'herbe piétinée avait attiré leur attention. A 50 m de la route, ils avaient découvert la motocyclette, intacte; quelques mètres plus loin, le casque et le corps du P. William. Il n'avait que le slip. Face vers le sol, ses bras étaient croisés comme s'il voulait soutenir sa tête. Il était prostré comme le jour de son ordination. Une partie du visage avait été attaquée par les fourmis. Deux balles, tirées dans le dos, lui avaient percé le cœur. Le corps fut enterré à Moyo. Sa mère était présente. "Dieu me l'avait donné - dit-elle. Je l'ai offert à Dieu, pour qu'il le serve. Je ne m'imaginais pas qu'en l'offrant, j'allais le perdre si vite!". "Nous n'abandonnons pas l'hypothèse d'une exécution rituelle. Quelques semaines avant, d'ailleurs, un sorcier avait dit que la réussite d'une razzia exigeait le sacrifice d'un motocycliste. Certains détails du meurtre du P. William semblent le confirmer: la face contre terre, nu, la moto en bon état..."
Continue
|
|