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Le 30 juin 1960, le drapeau du Congo indépendant (Zaïre en 1971) remplaçait celui de la Belgique, après soixante-quinze années de domination coloniale. Au cours des mois suivants le pays connut une série de troubles sérieux: la mutinerie de la Force Publique, qui se mua aussitôt en un conflit militaire avec les troupes belges; la sécession de quelques régions (notamment Katanga et Sud Kasaï); l'assassinat du Premier ministre E. Patrice Lumumba; la montée des rivalités interethniques; l'intervention de l'O.N.U., la crise au sommet de l'État et le risque de l'éclatement de la nation.
En 1964, avec la dissolution de l'armée nationale, les mouvements sécessionnistes étaient sur le point de prédominer, surtout au Kasaï et dans la région du nord-est. Parmi les innombrables victimes: 182 prêtres et religieux.

Beya Thomas
Né le 17 mai 1919. Quand il manifesta le désir d'entrer au séminaire, son père, catéchiste à la paroisse de Ndemba (Luluabourg), était très heureux. Ordonné en 1949.
L'histoire de son décès a été racontée par le P. Jacques Janssens, missionnaire de Scheut. « J'étais dans le Petit Séminaire de Kalenda. A la rentrée après les grandes vacances de 1960, certains séminaristes baluba ne se présentèrent pas au séminaire de Kabwe, apeurés par les affrontements entre Baluba, Bena Lulua et Bena Kanyoka.
La tension augmentait dans la région. En plus le séminaire se retrouva au milieu des affrontements entre baluba et kanyoka. Au séminaire, la vie quotidienne continua comme d'habitude. Le seul ennui: les visites indésirables des rebelles ou des militaires exigeant des services.
Un matin, vers sept heures, pendant que les séminaristes faisaient la gymnastique, un petit groupe de guerriers Kanyoka est entré. «Nous voulons la liste des séminaristes Luba», dirent-ils. Évidemment ils avaient l'intention de les tuer tout de suite. Pendant que les domestiques fuyaient vers la forêt, les cent trente séminaristes se rassemblèrent d'abord dans la grande salle et puis dans la chapelle où l'abbé Beya les rejoignit. Ils ont commencé à réciter le rosaire. Des attaquants qui savaient que l'abbé Beya était un luba, se saisirent de lui et d'un groupe de séminaristes Kanyoka et disparurent. Ces séminaristes ont raconté plus tard ce qui est arrivé à l'abbé Beya. Après l'avoir violemment frappé, ils lui donnèrent ordre d'ôter sa soutane. Il refusa. Ils l'ont déshabillé et lui ont coupé la main droite. Quelques instants après, ils lui ont coupé la tête. Les séminaristes ont dit qu'ils ont abusé de son corps. Les attaquants sont revenus au séminaire et ils nous ont contraints d'aller à l'hôpital, à 5km de là. Ensuite ils ont pillé le séminaire et en ont fait la résidence de leur chef. A la sortie, nous sommes passés à côté du corps de l'abbé Beya. Sa tête et sa main gisaient à côté de son corps. Les Kanyoka ont la coutume de rentrer au village après les batailles avec les têtes des ennemis comme signe de victoire. Dans ce cas-ci, ils n'ont pas agi ainsi.

Joubert Albert Athanase
Fils du célèbre Kapiteni Léopold-Louis Joubert, Athanase est né à Moba, 21 novembre 1908. Après son ordination sacerdotale, il a travaillé dans le diocèse de Baudouinville comme professeur à l'école officielle de Lusaka et comme curé de Kala et d'Albertville. En 1952, lors de la création du nouveau diocèse de Kasongo, il a travaillé à Kabambare, à Moyo, et au Petit Séminaire de Mungombe et à Kalima.
A cause des attaques des Simba, ils prirent la décision de se déplacer vers les paroisses de Baraka et de Fizi.
Le soir du 27 novembre 1964, vers 18h00, une jeep s'arrêta à l'entrée de la paroisse de Fizi. Un homme descendit de la voiture. C'était Abedi, un collaborateur des Simbas, célèbre pour sa cruauté. En effet, il venait de tuer, ce même jour un prêtre et un frère à Baraka. Il appela le P. Jean d'une voix très forte. Le prêtre sortit de l'église. "P. Jean ne s'est pas rendu compte qu'Abedi le visait avec le revolver. Atteint au front, il est tombé sans un seul cri au pied d'un papayer, en l'empourprant de son sang. Ayant tout vu de la porte de sa chambre, l'abbé Joubert se jeta dehors. Abedi l'abattit d'une balle dans la poitrine. L'abbé fit encore deux ou trois pas, puis il tomba tout près d'un buisson. Abedi rangea son pistolet et partit. Le matin suivant, vers 7h00, Pierre Sangura, un menuisier, se dirigea comme d'habitude vers la mission. Sur la route, il aperçut une file de fourmis. Elles avaient déjà attaqué le corps du P. Jean. Aidé par des volontaires, il enterra les deux corps. Traumatisé, Pierre s'éloigna vers la forêt".

Lankwan Adolphe
Né en 1926, à Impanga-Mbel. Ordonné 15 août 1954, à Mwilambongo. En janvier 1964, dans la région du Kwilu, fit son apparition le groupe rebelle mené par Pierre Mulele. Dans la nuit du 23 janvier 1964, trois missionnaires Oblats de Marie Immaculée furent massacrés par les rebelles mulelistes, à Kilembe, au sud du diocèse d'Idiofa, un poste que l'abbé Lankwan avait quitté un semestre plus tôt pour la direction du collège d'Ipamu, dans le nord.
L'abbé arriva à Idiofa le 22 mai et comme à Ipamu, il voulut rassembler séminaristes et autres étudiants pour la reprise des classes. Puisque les séminaristes les plus proches se trouvaient à Impini-Nsi, l'abbé alla les rechercher. Lorsqu'il arriva à Impini-Nsi, l'abbé fut arrêté et son véhicule fut brûlé par une bande de rebelles.
L'abbé fut conduit au camp 'central' de Mulele, à Mulembe, où il fut affecté aux 'communications'. L'abbé connaissait personnellement Mulele, depuis son enfance scolaire, à Kinzambi. Profitant des remous consécutifs aux combats Bambunda-Bapende, à Mukedi, l'abbé essaya de fuir avec les collégiens Philibert Kianga, Jean Pierre Idiabolo et le séminariste Evariste Wendo. Ils furent rattrapés. Battus et torturés, les quatre furent ramenés à la direction générale, à Kifuza, devant le sanguinaire lieutenant principal de Mulele, Louis Kafungu, qui les condamna à mort.
Ils furent exécutés et enterrés dans une fosse commune, à Kifuza". C'était le 06 juin 1965.

Mudiangombe Honoré
Originaire de Tshilombe, où il était né en 1929, Honoré, en septembre 1962, fut affecté au Collège pour la formation des enseignants, à Tshilundu (Mérode).
"L'après-midi du 30 décembre 1962, deux camions de militaires arrivent à Tshilundu. Vers 16 heures ils continuent en direction de Tshintshanku où, à dix km de Mérode, ils rencontrent un camion avec l'abbé Mudiangombe Honoré. Il venait d'évacuer des familles de Mérode vers Tshintshanku. Malheureusement, des jeunes avaient de force pris place dans le camion. A la vue des militaires, ils s'enfuirent dans la brousse. Auprès du camion ne restaient plus que l'Abbé et le chauffeur. Furieux, les soldats commencèrent à frapper sauvagement le chauffeur, puis ils prirent le prêtre comme otage dans le cas où la jeunesse voudrait les attaquer et le chargèrent sur le camion. Arrivés au pont de la Lubi, ils firent halte: une partie resta tout près du pont, tandis que les autres montèrent la colline à pieds. Au sommet de la colline, ils furent attaqués. Furieux, ils se précipitèrent en bas et achevèrent sur le pont même l'abbé et deux civils qu'ils avaient avec eux. Après avoir jeté les cadavres dans l'eau, les soldats firent demi-tour. Au passage de la Mujila, ils furent attaqués de nouveau par la jeunesse et ils se sauvèrent en abandonnant un de leurs véhicules.
L'abbé Honoré, homme doué d'une grande intelligence et d'une voix splendide, a donné sa vie pour sauver des gens qui n'étaient pas de sa tribu. Il est mort martyr de sa charité. Il avait accompagné un camion de réfugiés, femmes et enfants pour les rassurer. Il n'appartenait à aucun des groupes en conflit. Il était de la tribu qui, deux années avant, avait assassiné l'abbé Thomas Beya, dans le Petit Séminaire de Kalenda".

Munyororo Vincent
Né en 1928, à Wanie-Rukula, un village à une centaine de km de Kisangani.
Il fut "ordonné en 1959 et nommé vicaire à la paroisse Ste. Marthe, Rive Gauche. Le curé, P. Miller, affirme que l'abbé Vincent accomplissait scrupuleusement sa tâche. L'aumônier militaire ayant démissionné, l'abbé Vincent accepta de le remplacer. C'était le 18 juillet 1960. Le premier janvier de l'année suivante l'abbé Vincent fut nommé aumônier militaire de seconde classe. Lors de la débâcle de l'A.N.C. à Stanleyville au début du mois d'août, il réussit à se procurer des habits civils et à se cacher durant quelques jours. Car il n'était pas question de se livrer aux simbas, qui ne faisaient pas de prisonniers de guerre. L'abbé n'osait pas demander asile à sa parenté ni aux missions, pour ne pas leur créer des difficultés en ce moment où l'on faisait la chasse aux anciens soldats et à ceux qui les cachaient. Le 7 août, dans la matinée, l'abbé fut arrêté par des simbas au km 7 de la route de l'Ituri. Il voulait donc quitter la ville et sans doute se réfugier dans sa région d'origine, à Wanie-Rukula. On croit qu'il a été dénoncé aux simbas par des membres de la Jeunesse M.N.C. Les soldats lui demandèrent son identité. Il répondit qu'il était prêtre catholique et que son activité à l'armée était uniquement religieuse. Les simbas firent mine de n'en rien croire, et accusèrent l'abbé d'avoir "fait de la politique". Ils auraient ajouté: "D'ailleurs vous autres prêtres catholiques, vous faites toujours de la politique". Ils demandèrent à l'abbé d'enlever sa chemise et son pantalon. Celui-ci demanda quelques minutes pour prier, et il s'agenouilla. Après quoi, il fut fusillé à bout portant. Il a été enterré au même endroit".

Tsandi Gonzalve
L'abbé Gonzalve Tsandi est enterré dans l'église d'Ariwara, devant l'autel. Sur la pierre tombale, on peut lire: "Abbé Gonzalve Tsandi, curé d'Ariwara de 1959 à 1965 ". Il était le premier prêtre du groupe Logbara (Zaki), diocèse de Mahagi-Nioka, Ituri. Il est né en 1921, dans le village d'Oliko.
Les nouvelles du meurtre non seulement des missionnaires étrangers mais aussi de religieux congolais par les Simbas poussèrent l'Évêque de Mahagi à mettre en sécurité en Ouganda ce jeune prêtre et les religieuses d'Ariwara. Après avoir traversé la forêt, ils ont atteint la paroisse d'Oluvo.
Le P. Picotti se souvient: "Alors que les religieuses sont parties à Arua, l'abbé Gonzalve resta avec nous, à la mission de Maracha, pendant trois mois. Il aurait aimé visiter les communautés chrétiennes dans les villages, mais les autorités locales ne l'autorisèrent pas à le faire, car la frontière congolaise était trop proche. Il enseignait le catéchisme dans les écoles".
Le gouvernement ougandais n'était pas favorable aux réfugiés congolais. Empêché de toute activité,  il prit la décision de rentrer au Congo. Après avoir traversé le Nil et la frontière, il se rendit à Mahagi, dans l'espoir d'y trouver l'évêque, Mgr. Kuba.
"A 5h00 du matin, environ 300 mulelistes, en provenance d'Ouganda, entrèrent à Mahagi par trois routes différentes. L'abbé Gonzalve et le séminariste Augustin se cachèrent dans une chambre. Les rebelles attaquèrent les bâtiments de la mission, où ils trouvèrent l'abbé et Augustin. Ils tuèrent ce dernier à coups de lances et après une courte discussion, ils traînèrent l'abbé devant les bâtiments de l'administration. Une sorte de tribunal populaire fut improvisée. Bien que certaines personnes aient parlé en faveur du prêtre, un homme de Tirka (Adranga) sut convaincre les rebelles qu'il devait mourir. L'abbé fut tué sur place, devant le drapeau de la rébellion, à 7h30, le 22 février 1965.
Trente ans plus tard, une religieuse Canossienne, M. Teresa Andolfato, a écrit. "Les gens d'Ariwara le regrettent toujours. C'était un vrai pasteur, sincère et serviable. Ils le comparent au curé d'Ars".
L'abbé Gonzalve était préposé évêque de Mahagi.