Biayenda Emile, archevêque de Brazzaville

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"Il a été enlevé le soir du mardi 22 mars, par deux inconnus armés et assassiné au cours de cette même nuit". C'est ainsi que A.I.F. rapportait le 26 mars 1977, la mort du plus jeune cardinal africain.
Il était né en 1927, à Malela Bombe, dans la région du Pool, de Semo et Biyela. Après l'école primaire à la mission de Kindamba et de Boundji, il entra au Petit Séminaire de Mbamou. En octobre 1950, il fut admis au Grand Séminaire Libermann, à Brazzaville. Ordonné prêtre le 26.10.1958, il travailla d'abord à la paroisse de Wenge, de 1959 à 1962; puis à Mouleke, de 1962 à 1964. En 1964, sous le régime de Massamba-Debat, il fut arrêté et torturé à cause des écrits qu'il avait distribués et qui dénonçaient les méthodes injustes adoptées par la police du régime pour maintenir l'ordre public. Après cette expérience douloureuse, l'abbé Biayenda partit aux études, à l'université catholique de Lyon, d'où il sortit titulaire d'une licence en théologie et d'un doctorat en sciences sociales. Nommé Évêque auxiliaire de Brazzaville, le 7 mars 1970, il fut consacré à Rome, le 17 mai suivant. Aussitôt après la mort prématurée de Mgr Théophile Mbemba, il fut nommé archevêque de la capitale, le 14 juin 1971. Créé Cardinal le 5 mars 1973.
Voilà le contexte de l'action pastorale du jeune archevêque. Après la sortie de scène du premier président Foulbert Youlou, en août 1963, Massamba -Debat instaura un gouvernement "révolutionnaire" et proclama le socialisme scientifique "doctrine officielle de l'État congolais". La gauche révolutionnaire remplaça le Syndicat chrétien révolutionnaire, les écoles catholiques et protestantes furent nationalisées et l'enseignement de la doctrine marxiste fut rendu obligatoire. L'Église devint la cible d'attaques directes. Radio et presse entamèrent une campagne de dénigrement contre la religion, par des slogans tels que "Les cosmonautes sont arrivés à la lune et n'y ont trouvé aucun Dieu... Le Christianisme est une religion importée... Religion = ignorance…"
Le peuple poussa un soupir de soulagement lorsque le Capitaine Marien N'Gouabi, après avoir renversé Massamba-Debat, prit le pouvoir en juillet 1968.
Lors du 10e anniversaire de l'indépendance, en 1973, N'Gouabi affirma: "Maintenant, le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Nous avons eu des coups d'Etat chaque année".
En marxiste convaincu, il essaya de vaincre les maux qui affligeaient la nation congolaise, notamment le tribalisme et le sous-développement, en imposant des mesures dures. Dans leur lettre pastorale du Carême 1973, les évêques écrivaient: "Le danger que nous devons écarter maintenant est la division: la société civile sans la collaboration de la famille ou de l'Église; l'Église sans le dialogue avec la famille ou l'Etat. Pareil comportement n'est ni évangélique ni chrétien. Quoi qu'il en soit, les jeunes ne connaissent pas toutes ces divisions. Ils sont membres d'une même famille, citoyens de notre pays, fils et filles de l'Eglise. Enfin, ils attendent de nous une collaboration loyale et désintéressée".
Les autorités ecclésiastiques se sentaient parfois coincées entre deux feux: alors que d'un côté on proposait avec force entre deux feux: alors que d'un côté on proposait avec force le marxisme, de l'autre côté de la rivière, au Zaïre, c'était l'authenticité qu'on proposait comme solution à tous les problèmes.
Bien que préoccupé du respect des droits de la communauté catholique, le card. Biayenda reconnaissait la sincérité des politiciens. Les gens admiraient son honnêteté, son bon sens et sa sagesse. Il stimulait la communauté chrétienne à faire face aux défis et à se solidariser avec tous ceux qui étaient en difficulté à cause de leur foi. Il parlera de ces derniers aussi au Synode des Évêques en 1974.
Le 18 mars 1977, à 14h30, N'Gouabi tombait tué par une rafale de coups. "L'impérialisme, dans un dernier sursaut, a planifié le meurtre de N'Gouabi qui, cependant, s'est battu avec le commando de tueurs». C'est ainsi que la radio annonça l'assassinat du président. En pleine chasse à l'homme organisée par les forces de l'ordre, le card. Biayenda publia un message invitant les croyants du Nord, du Centre et du Sud à "garder leur calme et à sauvegarder la fraternité".
La situation se dégrada. Les noms des personnalités éliminées se multipliaient. Mgr G. Mpwati, évêque de Pointe Noire et ami du Cardinal, se souvient qu'aussitôt après le meurtre du Président, on avait annoncé l'assassinat du Cardinal. Celui-ci avait réagi à la nouvelle par un simple "Oh! Oh!"
Le soir du 22 mars, une Land-Rover s'arrêta devant la résidence du Cardinal. Deux hommes descendirent et communiquèrent au Cardinal que le Comité militaire désirait le voir. Le Cardinal monta à bord de leur véhicule. C'étaient des assassins, car quelques minutes plus tard ils le tuèrent.
La mort du Card. Biayenda fut une grande perte pour la communauté chrétienne congolaise. Comme le souligna le Pape Paul VI, ce fut «un lourd tribut de sang payé par l'Église dans la personne d'un de ses dignes fils".
Le porte-parole du gouvernement définit le meurtre du Cardinal comme un "acte odieux. Le peuple congolais et la nation ont perdu dans la personne du Card. E. Biayenda une personnalité très distinguée de l'Eglise qui, durant toute sa vie, a lutté pour la fraternité et l'harmonie entre tous les fils du Congo".
"Au sommet du socialisme scientifique, on a assassiné Émile Biayenda. Il était le plus innocent des prêtres", écrit Mgr E. Kombo. "Sa collaboration avec les dirigeants politiques avait été toujours loyale, reflet de sa vision spirituelle".