Le monde est marqué par des choses bizarres. D’une part nous sommes toujours plus étroitement liés par la communication immédiate. Des milliers de télévisions et de radios transmettent, 24 heures sur 24. La télévision est tellement omniprésente que dans beaucoup de pays un enfant qui vient au monde, à la fin de sa première année a déjà vu 40.000 publicités. Et il ne manquera pas d’indiquer bientôt avec sa petite main, le produit qu’il aimerait avoir! On avance, vraiment, vers le village planétaire, malgré les censures de certains pouvoirs, les coupures de courant, les astuces des fabricants des nouvelles. Nous sommes toujours plus marqués par une culture mondiale unique. Les jeunes portent les mêmes vêtements, écoutent les mêmes chansons, rêvent les mêmes rêves, se nourrissent des mêmes  peurs.

On se communique et toujours plus. Internet permet l’échange de milliards de messages quotidiens, de tout genre. Mais aussi plus de 15 milliards de spams (messages électroniques non désirés) sont interceptés chaque jour! Contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre, la communication n’est pas automatiquement ‘innocente’ ou au service du bien. Elle reflète les divisions existantes, l’appétit de contrôler les ressources, les intérêts politiques plus ou moins occultés.

Le thème du message du Pape pour la prochaine Journée mondiale de la communication (20 mai 2012; 10 juillet en RDC), rappelle que toutes nos sociétés disposent désormais d’un ‘flux incessant et constant de la communication’. Et dans l’Exhortation apostolique L’engagement de l’Afrique (Africae munus) Benoît XVI, en résumant les réflexions et les suggestions des 136 Évêques africains présents (2è Assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique, Rome, 2009), affirme que «les nouvelles technologies de l’information peuvent devenir de puissants instruments de cohésion et de paix ou bien des promoteurs efficaces de destruction et de division. Ils peuvent servir ou desservir sur le plan moral, propager le vrai comme le faux, proposer le laid comme le beau. La masse de nouvelles ou de contre-nouvelles, ainsi que celle d’images, peut être intéressante tout comme elle peut conduire à une forte manipulation.

L’information peut très facilement devenir de la désinformation, et la formation de la déformation. Les médias peuvent promouvoir une humanisation authentique, mais ils peuvent tout autant entraîner une déshumanisation. Ils éviteront cet écueil s’ils «sont structurés et orientés à la lumière d’une image de la personne et du bien commun qui en respecte les valeurs universelles. Les moyens de communication sociale ne favorisent pas la liberté de tous et n’universalisent pas le développement et la démocratie pour tous, simplement parce qu’ils multiplient les possibilités d’interconnexion et de circulation des idées. Pour atteindre de tels objectifs, il faut qu’ils aient pour visée principale la promotion de la dignité des personnes et des peuples, qu’ils soient expressément animés par la charité et mis au service de la vérité, du bien et d’une fraternité naturelle et surnaturelle » nn. 142-144

«Que les journalistes chrétiens n’aient pas peur de manifester leur foi! Qu’ils en soient fiers!.. Que les acteurs des médias puissent disposer d’une solide formation à l’éthique et au respect de la vérité. Cela les aidera à éviter l’attrait du sensationnel, ainsi que la tentation de la manipulation de l’information et de l’argent vite gagné! » n. 145

Mais après avoir salué l’usage d’internet et de tout ce qui peut contribuer à l’unité de la famille humaine et de son développement dans le bien (n.86), le Pape fait aussi l’éloge du silence: afin que la communication soit «correcte, ‘silence’ et ‘parole’ sont indispensables.»

Il ne peut y avoir une vraie communication d’un message sans un ‘témoignage cohérent’ de la part de qui l’annonce. Et sans ‘silence’, indispensable pour se donner le temps de réfléchir avant de communiquer ou de se mettre à l’écoute pour l’accueillir.  La connaissance des choses ne provient pas seulement de l’information, mais de la réflexion qui aide à comprendre la différence entre le bien et le mal et le choix qu’on doit faire.

Jean-Paul II disait en 2002 que les moyens modernes, tout en offrant une information toujours plus rapide et efficace, «n’encouragent pas à approfondir la pensée. Alors que les êtres humains ont un besoin vital de temps et de calme intérieur pour réfléchir et examiner la vie et ses mystères et pour acquérir progressivement une domination mûre d’eux-mêmes et du monde qui les entoure.»

Ae

 

Tellement omniprésente…

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