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Bible et Coran |
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Bible et Coran: deux livres au centre de la foi de milliards de croyants. Et parfois, au centre des polémiques qui nous renvoient à un problème ancien et qui a traversé toute l’histoire, parfois tragique, des relations islamo-chrétiennes, à commencer par le Coran lui-même, qui a été écrit six siècles après les Ecritures chrétiennes.
Dans la sourate 69,51 on définit le Coran comme «la vérité même». Cependant, il partage avec la Bible des idées théologiques, des événements et des personnages, appelés «prophètes». Mahomet en serait le «sceau» (sourate 33, v. 38). En effet il y a des ressemblances et des différences entre la Bible et le Coran. D’où la polémique: les Chrétiens auraient modifié et altéré leurs écritures, selon les Musulmans; les Chrétiens par contre soutiennent que les Musulmans auraient mal copié et déformé la Bible. Essayons de voir en bref les principales divergences et convergences des deux «livres». Par la suite nous essaierons de donner un jugement global et de suggérer une piste de réflexion.
Principales convergences En premier lieu, nous allons considérer les principales convergences. Dieu est unique, Il a créé le ciel et la terre en six jours (le septième Il s’est reposé). A la fin des temps, Il détruira le monde et appellera tous les hommes, qu’Il aura ressuscités, à un jugement: les justes iront au paradis et les impies en enfer. Les hommes, créés par Dieu, sont appelés à respecter la loi morale révélée, loi qui peut être résumée par le Décalogue (explicite dans la Bible, implicite dans le Coran): reconnaître Dieu comme le seul Seigneur et L’adorer comme tel; se conduire d’une manière correcte avec les autres êtres humains. C’est toujours le même Dieu qui a créé l’homme, en le plaçant au sommet de tous les êtres vivants et en le nommant son représentant sur terre. L’histoire des deux frères Caïn et Abel est bien racontée, même si leurs noms n’y figurent pas (sourate 5,30); Noé construit l’arche qui le sauve du déluge. Abraham découvre le vrai Dieu et il est appelé son ami, reçoit des hôtes qui sont des anges, il a comme enfants Ismaël et Isaac, il est prêt à offrir son fils (pas appelé par son nom dans le Coran) en sacrifice et il prie sans succès pour sauver le peuple de Lot: sa ville sera détruite par Dieu, tandis que lui sera sauvé avec sa famille, excepté sa femme. La sourate n°12 du Coran raconte l’histoire de Joseph et de ses frères. Moïse est sauvé des eaux; une fois adulte, il tue un Egyptien et fuit à Madian, où il va se marier; Dieu se manifeste à lui dans le buisson ardent et reçoit la mission d’aller voir le Pharaon; il gagne contre les magiciens de l’Egypte, il fait venir les plaies pour faire connaître qui est le vrai Dieu et libérer son peuple, en passant à travers la mer, dans laquelle les Egyptiens meurent noyés; pendant le voyage dans le désert, il fait jaillir l’eau du rocher et sur la sainte montagne il reçoit les tables de la loi; il fait l’expérience du péché de son peuple qui avait fabriqué un veau d’or pour l’adorer et enfin il donne ses conseils aux Hébreux avant leur entrée dans la terre promise. David tue Goliath et devient un roi puissant; prêt à se repentir de ses péchés; Dieu lui révèle les psaumes. Son fils Salomon est doué de grandes qualités et il rencontre la reine de Saba. La naissance de Jean Baptiste (Yahya, dans le Coran) est annoncée d’une manière surnaturelle au vieux papa Zacharie et c’est Dieu lui-même qui choisit son nom. Marie (Maryam, la seule femme appelée par son nom dans le Coran) a une vie exceptionnelle: choisie parmi toutes les femmes, elle reçoit l’annonce de l’ange qu’elle deviendra mère de Jésus, tout en gardant sa virginité, et elle est donnée comme exemple à tous les croyants. Jésus (‘Issa, dans le Coran) est le Verbe de Dieu, né de la vierge Marie (le Coran l’appelle couramment ‘le Messie Jésus fils de Marie’), il est un esprit qui vient de Dieu, une parole de vérité, un homme juste guidé par Dieu, signe et réalisation de la miséricorde de Dieu, prophète et messager; refusé par son peuple, malgré les signes et les miracles qu’il accomplit; il est aidé par les apôtres; Dieu le fera mourir et l’appellera à Lui.
Divergences Passons maintenant aux différences, qui concernent les mêmes personnalités. Dans le Coran, Dieu ordonne aux anges de se prosterner devant Adam (tous obéissent, excepté le diable: Iblis, Shaytan) et il donne son pardon à Adam après le péché. Ces données ne trouvent pas leur correspondance dans la Bible. Que dire encore de la doctrine chrétienne du péché originel? Abraham est le père des adorateurs du vrai Dieu, mais dans le Coran il le découvre progressivement, à travers la réflexion et l’intelligence personnelle; il se détache alors des idoles de son père et il les détruit; c’est dans un rêve qu’il offre son fils en sacrifice (ce fils n’est pas appelé par son nom, mais on pense à Ismaël, étant donné que de la naissance d’ Isaac on en parle dans la suite; de toute façon ce fils se soumet à la volonté de Dieu et de son père) et ensemble avec Ismaël il se rend à la Mecque et donne commencement au rite du pèlerinage musulman à la Ka’ba. Dans ce cas aussi certains éléments sont nouveaux par rapport à la Bible. On peut aussi se poser la question si c’est encore le même personnage dont parle la Bible: Abraham est-il l’ancêtre du peuple d’Israël à travers Isaac et des peuples arabes à travers Ismaël, qui obéit à son Dieu en partant pour une terre inconnue, dépositaire d’une promesse et d’une bénédiction d’une grandeur exceptionnelle? Pour les Chrétiens, il est le père dans la foi à travers son descendant Jésus. Dans le Coran, Moïse est beaucoup plus préoccupé d’annoncer le Dieu unique que de libérer le peuple d’Israël des mains des Egyptiens. Bizarrement, la dixième «plaie» et décisive (la mort des premiers nés) n’apparaît pas dans le Coran! Dans le Coran aussi, on ne parle pas de la vie ascétique de Jean Baptiste, ni de sa prédication forte, ni de sa mort dramatique. La vie de Marie, racontée avec délicatesse et émotion, réserve des particularités inconnues dans les Evangiles canoniques. La mère de Jésus semble être confuse avec la sœur de Moïse et d’Aaron, qui elle aussi s’appelait Marie. La mère de Jésus est consacrée à Dieu par sa maman, elle est confiée aux soins de Zacharie, elle reçoit de la nourriture des anges, elle n’est pas la fiancée de Joseph (jamais nommé dans le Coran), elle accouche non pas à Bethlehem, mais sous un palmier dans un lieu de l’Orient non précisé, elle est défendue par son enfant des accusations de son peuple et elle n’est plus présente dans la vie de son fils Jésus. Mais les divergences sont accentuées à propos de Jésus. Tout en ayant, parmi les prophètes dont parle le Coran, une place de relief et tout en ayant des titres qui, comme dit ci-dessus, pourraient faire penser à une convergence avec le Nouveau Testament, la personne de Jésus, présentée par le Coran, est radicalement différente. Comme Adam, Jésus est une créature de Dieu, posée dans le sein de la Vierge Marie, il naît sous un palmier; encore bébé, il parle en défense de sa mère; il présente soi-même comme un prophète porteur d’un livre révélé; dans sa vie d’homme adulte, il accomplit des miracles pour prouver son statut de prophète (entre autres, il donne la vie à des oiseaux fabriqués avec de l’argile et fait descendre du ciel une table bien approvisionnée); son message, en synthèse, est identique à celui de tous les prophètes qui l’ont précédé: l’annonce du Dieu unique et un, duquel il n’est pas le «fils»; il est un homme comme tout un chacun; il réprimande sévèrement ceux qui l’approchent de Dieu, avec Lequel, ensemble avec sa mère, il formerait une Trinité; il annonce la venue d’un autre prophète qui s’appelle Ahmad; il ne meurt pas sur la croix, mais il est remplacé par un sosie; appelé par Dieu à sa mort, il reviendra à la fin des temps pour juger et condamner ceux qui l’ont considéré comme un Dieu. Est-ce que ce Jésus est le même de celui des Chrétiens?
Le fondement Les divergences du Coran par rapport à la Bible, dans ce qui vient d’ètre exposé, semblent venir de la littérature hébraïque non biblique, comme le Midrash et le Talmud, et des écrits chrétiens qui ne font pas parties du Canon Biblique, comme les apocryphes. Mais alors, lequel des deux «livres» raconte la «vérité»? Le problème, posé de cette façon, n’est pas correct. Il est plutôt nécessaire de partir de ce qui est le fondement et qui donne sens aux livres saints: l’ «événement fondateur». L’événement qui est à la base de la foi des Musulmans est la «révélation du livre» faite à Mahomet. Le Coran est «parole de Dieu», dictée directement au prophète de l’Islam. L’ «événement fondateur» de la foi des Chrétiens est le Christ, manifestation ultime et pleine de Dieu, dans son mystère pascal. C’est le Christ la «parole» dans son sens vrai, qui récapitule et porte à son achèvement l’ «histoire du salut», témoignée par la Bible (=ensemble de livres inspirés par Dieu à des «auteurs» humains). Le Coran et la Bible donc ne se posent pas sur le même niveau. On pourrait dire que ce qui est le Christ pour les Chrétiens, le Coran l’est pour les Musulmans. Finalement c’est encore le sens de la parole de Dieu proposé par l’Ancien Testament, tandis que le Nouveau Testament fait un saut en avant en nous proposant Jésus comme le logos (=parole) incarné! Ce n’est pas correct donc, de la part des Chrétiens, d’utiliser le Coran comme si c’était la Bible. De même de la part des Musulmans, utiliser la Bible comme si c’était le Coran. Nous pouvons comprendre alors comment les Juifs se sentent beaucoup plus proches des Musulmans que les Chrétiens. De cette différence de la conception de la «révélation» découlent des conséquences respectives et des malentendus réciproques. Le Coran est parfaitement cohérent avec «sa» vérité: la parole/message qui annonce, à travers la création du monde et les prophètes, le Dieu un et unique comme le Prophète de l’Islam l’a présenté. La Bible (surtout le Nouveau Testament) aussi est tout à fait cohérente dans «sa» vérité: l’histoire du salut qui passe à travers les vicissitudes du peuple d’Israël, se résume et se personnalise dans l’événement du Dieu fait homme en Jésus Christ et elle continue dans l’annonce que l’Eglise ne cesse de faire tout au long des siècles. Pour les Musulmans, Jésus «ne peut pas» être Dieu. De même pour les Chrétiens, Mahomet «ne peut pas» être un prophète comme les prophètes de la Bible. Dans le Coran, Jésus est appelé «prophète», mais c’est un prophète musulman, il n’est certainement pas la Parole de Dieu et surtout il n’en est pas le Fils, comme les Chrétiens le croient. De même pour ce qui concerne la Vierge Marie, la mère de Jésus, et de tous les prophètes bibliques dont on parle dans le Coran.
Les raisons A ce point, je crois, on peut comprendre combien il est utile d’étudier les rapports qui existent entre la Bible et le Coran (pour beaucoup d’aspects ils ont de nombreux traits en commun et ils poussent leurs racines sur un terreau commun), pour ne pas tomber dans des discours sans fondements et sur les «ouï-dire». Discuter à propos de la «vérité» de l’un ou de l’autre livre n’a pas de sens, de même sur qui aurait altéré quoi que ce soit des Saintes Ecritures. Les raisons de la «vérité» de chaque religion dépassent les livres mêmes: tout dépend de l’acte de foi sur lequel se base la cohérence et l’interprétation de la révélation. Cela ne signifie pas «relativiser» l’idée de «vérité» (qui reste quelque chose à laquelle on ne peut renoncer), mais la chercher dans sa racine, Dieu, qui manifeste son projet de salut, qui ne peut être jamais «contre» l’homme. Mépriser ou brûler les Ecritures Saintes des autres (la Bible ou le Coran) conduit inévitablement à marginaliser ou à tuer les personnes qui se reconnaissent dans ces textes saints. Et cela est «contre la vérité de Dieu», que ce soit pour les Chrétiens, que ce soit pour les Musulmans, comme la Bible et le Coran nous l’enseignent ouvertement. Comme les Chrétiens et les Musulmans, la Bible et le Coran ont des ressemblances et des divergences. Plutôt, il faudrait parler des différences et des similitudes comme des deux côtés de la même médaille, c’est à dire du même Dieu Créateur (Musulmans) et Sauveur en Jésus (Chrétiens). Il est question, donc, d’apprécier les convergences et d’accepter les différences, en donnant par notre vie un témoignage qui soit conforme «à notre foi et aux œuvres de bonté», comme le Coran le dit à plusieurs reprises, «à la foi dans la charité», comme l’enseigne la Bible. Valentino Cottini Islamochristiana - PISAI - Rome P. N. Yawo |
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