On sait que le droit de vote est la base de la démocratie. Il permet aux citoyens d’exprimer leur volonté, d’élire leurs représentants, leurs gouvernants, et de participer directement à la prise de décisions concernant le bien de la société. En dépit des turpitudes que dans le monde certaines campagnes électorales fabriquent, le vote reste un droit imprescriptible des individus.

Sans ce droit, ils cessent d’être citoyens.

 

Promesses

A l’approche des élections, nombreux sont les gens qui s’interrogent sur leur utilité ou sur la nécessité d’aller voter, se demandant «à quoi servent les élections dont les résultats sont bien souvent connus d’avance?»

Cela arrive un peu partout: au-delà des slogans séduisants et des promesses, les électeurs veulent croire, d’une manière plus ou moins consciente et claire, que le candidat qu’ils choisissent est un individu honnête, engagé, loyal, intègre, patriote, dévoué, … Ils espèrent qu’il sera attentif à leurs problèmes et qu’il restera fidèle aux promesses préélectorales, prêt à rendre compte de ce qu’il aura fait… Enfin, ils s’attendent qu’il sera leur représentant.

En 2006, avant les élections, les Évêques de la RDCongo diffusèrent un message destiné aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté, dans lequel, après avoir réaffirmé une fois de plus la neutralité de l’Eglise vis-à-vis des personnes et des partis politiques en tant que tels et qu’ils ne soutenaient «ni candidat ni parti ni regroupement politique, affirmaient qu’il «faut permettre à chaque citoyen de choisir librement son candidat.»

Et ils répondaient à la grande question: ‘Quels dirigeants choisir?’ par les termes suivants: «Des individus capables d’assurer de façon authentique le bien commun, et non le prestige ou l’obtention d’avantages personnels. Les vainqueurs éviteront le triomphalisme et les vaincus accepteront la défaite pour former une vraie opposition politique capable d’assurer l’alternance démocratique... Le Congo a besoin de responsables politiques saints, hommes et femmes», concluait le message.

 

Avant

Des principes très sages, soulignant l’importance du rendez-vous électoral, non rarement miné par des promesses incroyables, des discours violents, des propos tribalistes ou sectaires, des garanties de changements profonds. On raconte que dans un certain pays, juste quelques jours avant les élections régionales, un journaliste aborda des passants dans la rue pour demander leur avis sur les candidats en lice.

Un premier passant répondit:

- Non, je ne vais pas me déplacer pour aller voter.

- Pourquoi?

- Parce que ces candidats-là, je ne les connais pas!

Le journaliste s’adressa alors à un autre passant qui s’était arrêté pour écouter.

- Et vous?

- Moi? Eh bien, moi non plus, je ne vais pas aller voter...

- Ah bon? Alors vous aussi, vous ne connaissez pas les candidats?

- Ah non, moi, c’est parce que je les connais trop bien!...

Banderoles, affiches, pancartes, communiqués, tableaux, photos, radio, télé, téléphone, internet, cadeaux, font de leur mieux pour animer une confrontation dont le but final est celui d’orienter l’opinion des électeurs. Le candidat? On fait la liste de ses atouts: il parle cinq langues; il a une maîtrise en sciences économiques; il est révolté par les souffrances du peuple; il emploiera ses énergies pour que se réalise une ère de vraie démocratie et de progrès; il a connu la prison à cause de ses idées démocratiques; il est un bon père de famille… Le sourire, la cravate, la liste des services rendus, les promesses, tout détail peut rendre service à la cause.

La campagne électorale est, à quelques exceptions près, le moment dans lequel le candidat multiplie dans sa circonscription, des gestes d’une générosité séduisante. Il se sent dans l’obligation de montrer aux électeurs qu’il n’est pas démuni comme les autres concurrents ou rivaux. Son état-major s’occupe de la distribution de dons: pagnes, tee-shorts portant l’effigie du candidat; construction d’un petit pont jeté sur une rivière oubliée et enclavée; un concert musical ou un spectacle théâtral en plein air où la bière est gratuitement distribuée aux spectateurs. Le candidat, lui, n’apparaît qu’avant l’entrée en scène de l’orchestre ou de la vedette musicale ou théâtrale invitées, non pour présenter ou ouvrir une discussion sur son programme, mais plutôt pour inviter les présents à voter massivement pour lui!

On joue la grande scène, qui d’une manière plus ou moins directe, conduit l’électeur à oublier qu’il est responsable du choix qu’il fera. Si on se laisse persuader par la photo fascinante du candidat  ou de la candidate; ou par la simple raison qu’il est de la même ethnie; ou par des propos qui suscitent des sentiments de haine par rapport aux candidats d’autres partis; par la promesse d’un monde nouveau etc, on risque de confier la gestion du pays à des individus «qui ne se sentiront pas dans l’obligation de rendre compte de leur action» (J. Paul II, 1991)

 

Après

Il n’y a aucun doute qu’un candidat sérieux, qui s’est proposé comme futur député sur la base d’un programme qui a obtenu une forte audience auprès des électeurs, fera de son mieux pour respecter ses promesses. Par contre, celui dont le vote n’a été que la conséquence de la récompense que les électeurs lui ont faite pour toutes les dépenses qu’il avait engagées en leur faveur au cours de la campagne électorale, fera autre chose au parlement ou au sénat et ne se conduira pas comme un député digne de ce nom.

Le bulletin de vote constitue un délicat transfert de pouvoir au bénéfice du député pour une durée déterminée afin d’agir sur l’État. Un tel devoir qui est le vote ne peut pas être pris à la légère par le peuple, souverain primaire. On ne peut pas le marchander au prix d’une bouteille de bière, de quelques bancs d’école ou d’un tricot.

Celui qui a acheté les voix des électeurs avec des réalisations sensationnelles et gestes de ‘générosité’ faits durant la campagne électorale est bien conscient qu’il ne doit son élection qu’à ses actes d’achat de conscience et non à un programme, qui d’ailleurs n’existe pratiquement pas. Un tel candidat, devenu député, nul ne doit crier au scandale si à la toute première séance du parlement  installé, il se préoccupe à récupérer son argent dépensé lors de la campagne.

Faute d’un programme qui les a conduits à l’hémicycle, certains élus évitent volontiers, par exemple, de participer aux commissions et sous-commissions, voire à la plénière, où se discutent les dossiers vitaux du pays.

La télé permet parfois de voir de nombreux fauteils vides, des honorables assoupis ou de les entendre exiger avec insistance du président des séances de stopper le discours d’un collègue qui à la tribune  continue son analyse sur une situation donnée ou sur un projet ou une proposition de loi quelconque…

Vacances parlementaires arrivées, au lieu de rentrer dans leurs ‘bases’ respectives pour rendre compte de leur ‘mission’ à leurs électeurs, certains honorables cherchent des pretextes pour remplir le formalités permettant de faire une villégiature, surtout à l’étranger…

L’apprentissage de la démocratie n’enlève en rien à un peuple sa responsabilité sur le mauvais choix de ses dirigeants qui, une fois arrivés au pouvoir, font autre chose qu’améliorer ses conditions de vie sociale, professionnelle, économique etc.

L’analphabétisme d’une bonne partie de l’électorat oblige l’élite (médecins, diplômés chômeurs, étudiants, enseignants fonctionnaires, avocats, magistrats, etc.) à faire ce que les partis politiques devraient faire: éduquer et conscientiser politiquement les masses, car c’est à partir de cette carence qu’on risque d’abuser les électeurs avec l’arme de la démagogie pour arriver au pouvoir ou pour le conserver.

On présente la démocratie comme le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Cette formule, proposée par le président américain Thomas Jefferson (1743-1826), n’a pas cours dans les sociétés que nous connaissons aujourd’hui. Les démocraties modernes ne sont pas directes, mais indirectes, par délégation, avec le risque que les élus forment un corps de politiques professionnels, éloignés du peuple, lents dans la réalisation des promesses électorales. Avec le temps, cela conduit les citoyens démotivés, à ne plus se donner la peine de participer aux élections! Ce serait la fin de la démocratie.

Kilim Ibeng Ibn Sabaoth

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Sont très nombreuses les constitutions qui affirment que la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple, et que le peuple l’exerce par l’intermédiaire de ses représentants élus, qui ont l’obligation des demeurer fidèles à la confiance de ceux qui les ont choisis.

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