Le cœur ouvert

au monde

Guido Maria Conforti

Par obéissance au Pape, Évêque de Ravenne, en Italie (1902-04), et puis de Parme (1907-31), Guido M. Conforti fut ‘un évêque diocésain avec le souci de l’évangélisation du monde entier’. Fondateur des Missionnaires Xavériens, il collaborâ avec le p. Manna, du PIME, à la fondation de l’Union Missionnaire du Clergé, dont il fut aussi le premier Président (1917-27).

 

Il y a des personnages - écrit le père Rino Benzoni, supérieur général des Missionnaires Xavériens - qui, avec le temps qui passe, se fanent jusqu’à disparaître ; d’autres, au contraire, grandissent. Chez les premiers, probablement  ce sont des aspects secondaires et contingents qui prévalent. Chez les deuxièmes, au-delà des réalités contingentes, on  a la conviction qu’ils ont vécu  quelque chose qui reste. A ce groupe de personnages qui avec le temps qui passe, acquièrent une épaisseur plus grande, appartient Guido Maria Conforti.

Pour ce faire, il faut situer le personnage en question dans son contexte historique pour bien distinguer les réalités caduques et celles qui restent. C’est fondamental  pour nous  découvrir le fil rouge d’une vie, les valeurs profondes qui l’ont soutenue, et ce qui peut entre important pour nous.

A bien la lire, la vie du Fondateur des Xavériens est une belle provocation pour notre temps qui parle beaucoup de globalisation, mais peine terriblement à vivre l’universalité et la fraternité humaine planétaire. Dans l’Italie de la fin du 18e siècle, toute repliée sur ses problèmes politiques et ecclésiastiques, Guido Conforti rêvait de suivre les exemples de saint François Xavier et de partir pour annoncer l’Évangile aux extrêmes frontières du monde.

 

Malgré tout

Il avait commencé par désobéir… En effet, c’est contre la volonté de son père Rinaldo qu’il est entré au séminaire de Parme, à l’âge de 11 ans.  L’opposition  de son père  à sa vocation sera constante, jusqu’à ne pas participer à la Messe de prémices de son fils.

 Il ne put pas le faire, à cause d‘une très grave maladie et d’autres obstacles insurmontables qui mirent en doute non seulement sa vocation missionnaire, mais aussi son ordination presbytérale.

A partir de 1888, il exerça son ministère comme prêtre diocésain du diocèse de Parme.

Mais son rêve missionnaire était trop grand, et c’était pour lui un appel trop clair de Dieu pour qu’il puisse y renoncer complètement. Ainsi, quand il était encore bloqué par la maladie, se sentit-il inspiré à donner, malgré tout, une issue imprévue inouïe à sa vocation missionnaire, en s’engageant avec tous ses pauvres moyens et toutes ses forces pour donner naissance à  une Famille de missionnaires pour le monde entier, à laquelle il donna le nom et le modèle saint François Xavier, le grand Apôtre des Indes, qui mourut le 3 décembre 1552, abandonné et trahi, aux portes de la Chine immense, qu’il voulait aussi évangéliser.

Ainsi, le 3 décembre 1895, fête de saint François-Xavier, en dépassant encore pas mal de difficultés, il fondait ‘un séminaire’ pour la formation des jeunes missionnaires. Trois ans plus tard, du ‘séminaire’ nait la Congrégation de Saint François-Xavier pour les missions étrangères.

En 1899, il envoyait déjà les deux tout premiers missionnaires en Chine et fondait une société de soutien des Xavériens outre-mer. Le 11 juin 1902, à la veille de son ordination épiscopale, il prononçait ses vœux privés de consécration personnelle à la mission. En 1904, quatre nouveaux missionnaires étaient envoyés en Chine, et le premier évêque Xavérien de la Chine était consacré à Parme par Mgr Conforti le 21.4.1912.

 

Je sais que…

Mais l’Italie avait aussi besoin en ce temps-là des témoins authentiques de l’Évangile, et le prêtre Guido M. Conforti – qui regardait au loin mais n’était pas du tout indiffèrent à ce qui se passait à côté de lui – ne resta pas inaperçu à son évêque et au pape. Ainsi un jour, le Pape Léon XIII lui dit : « Je sais que vous vouliez aller en mission en Chine. Eh bien, je vous envoie, moi, dans la Chine d’Italie ! », et il le nomma archevêque de Ravenne, diocèse qui traversait des moments très difficiles. Mgr Conforti s’engagea avec toutes ses forces, avec un esprit authentiquement missionnaire, pour faire refleurir l’église locale de Ravenne, tellement qu’au bout des deux ans il risqua d’y laisser la vie (1902-04).

Après un bref répit (1904-’07) dans ‘le nid des aiglons’ (comme Conforti aimait appeler la maison-mère des Xavériens), un autre Pape, Pie X, le ‘supplia d’accepter’ une autre croix épiscopale assez pesante, celle du diocèse de Parme. Et encore une fois, Conforti obéit et s’y engagea avec esprit et élan missionnaire pendant presque 25 ans, jusqu’à sa mort. Ainsi l’engagement pour sa Famille missionnaire et pour les missions de la Chine ne l’empêchait-il pas de mener de front d’autres responsabilités apostoliques au niveau diocésain, bien au contraire!

 

Message

Il se sentait aussi encouragé à mener lui-même une vie missionnaire, faite de visites apostoliques, de rencontres, de programmes de formation pastorale, catéchétique et liturgique à tous les niveaux et d’accueil des tous ceux qui venaient lui rendre visite, riches et pauvres.

Entretemps, Conforti ne cessait de regarder aussi au loin, et il suivait dès près soit les pas timides de son encore très jeune et fragile fondation missionnaire de Parme, soit l’œuvre généreuse, mais qui rencontrait beaucoup de difficultés et d’épreuves, des ses missionnaires en Chine.

Et pas content de suivre, en même temps, avec zèle et amour pastoral et paternel ces deux troupeaux, il s’engagea à fond aussi pour l’ouverture missionnaire de toute l’Église italienne de ce temps-là. Ainsi il collabora, dès les débuts, avec le P. Manna, de l’Institut Missionnaire Pontifical de Milan (PIME), pour la fondation de l’œuvre pontificale de l’Union Missionnaire du Clergé, dont il fut le premier président (1917-’27), et insista auprès du Pape Bénoît XV pour qu’il relance la conscience ecclésiale de l’urgence du mandat missionnaire de Jésus : ‘Allez dans le monde entier !’ Ainsi Benoit XV, à la demande aussi de Mgr Conforti, publia en 1919 la lettre apostolique ‘Maximum illud’, qui fut une pierre milliaire dans l’histoire des missions catholiques.

Ainsi Conforti se sentait-il donc, désormais, et travaillait inlassablement comme le «berger de deux troupeaux», à paitre à des milliers de kilomètres de distance. En 1928, il pouvait visiter lui-même, enfin, les missions des ses fils Xavériens en Chine, en passant en bateau par le chaud torride du canal de Suez et en  revenant en train par les steppes glacées de la Sibérie (19.9.1928 > 28.12.1928).

A sa mort, le 5 novembre 1931, les Xavériens étaient concentrés tous en Chine; mais vingt ans après, à cause de la persécution de Mao Tsé-toung, ils s’étaient déjà répandus en Asie, en particulier au Japon, en Indonésie et au Pakistan/Bangladesh, mais aussi en Afrique (Sierra Léone), aux États-Unis, au Brésil, en Grand Bretagne...

Le message très actuel que saint Guido M. Conforti nous transmet aujourd’hui c’est de réussir à vivre au fond la vie ecclésiale et civile de notre Pays et de notre temps en authentiques disciples de Jésus et témoins de l’Évangile, mais avec un cœur capable d’embrasser le monde entier dans l’amour du Christ. Et il nous rappelle que la Mission aux peuples non-chrétiens n’est pas une tâche terminée pour l’Église d’aujourd’hui, loin de là ! Et il nous rappelle aussi que c’est plus beau donner que recevoir et que, en tout cas, c’est en donnant (en personnel, moyens, temps, amitié, solidarité, vie…) que les personnes (et les églises) recevront davantage en retour!

«Le missionnaire, disait-il, est la personification la plus belle de l’apôtre: il est appelé à conquérir le monde avec l’Évangile et non pas avec la force des armes. Avec la persuasion et l’amour».

Missionnaires Xavériens - Bukavu.

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