On croit, d’habitude, que leurs clients ou patients ce sont seulement les personnes sans défense, surtout les enfants et les vieillards.

Et que l’on accuse ouvertement d’être à l’origine de malheurs imprévus. Mais cela n’est pas vrai.

Les différents récits qu’on relate ici montrent que personne n’est épargné et que la peur de la sorcellerie fait souvent plus de dégâts que la sorcellerie elle-même.

 

Un commerçant?

Après ses études supérieures qu’il a d’ailleurs brillamment terminées en sciences commerciales et financières, un jeune homme est resté pendant plusieurs années au banc des chômeurs parce que les portes d’emploi auxquelles il avait frappé sont restées hermétiquement fermées.

Pour contourner la situation, il se lance dans le commerce en faisant le trafic entre la ville et son village natal. En mettant en pratique les connaissances scientifiques acquises, il parvient à acheter une voiture. Il se décide de se comporter différemment des autres commerçants qu’il connaît. Avec les dividendes de son commerce, il se consacre au développement du village qui l’a vu naître en construisant un magasin et un petit centre médical.

Vraiment, il suscite l’admiration des gens. Sa gestion rigoureuse lui permet d’acheter un deuxième véhicule. Et pour partager sa joie avec ses frères, sœurs, parents et amis du village il décide d’organiser une grande fête au village.

   Le jour tant attendu arrive. Les deux véhicules pleins de marchandises se dirigent vers le village. À bord du nouveau véhicule, parmi les passagers, il y a la grande sœur du commerçant et sa fille aînée, qui vient à peine de terminer ses études universitaires.

Le chauffeur roule à vive allure, mais lorsqu’il engage une descente fortement inclinée, il se rend compte que les freins n’obéissent pas. La voiture dérape et fonce contre un petit camion venant de l’autre côté de la route. Le choc est inévitable. La voiture est en miettes. Parmi les voyageurs, deux morts et trois sérieusement blessés. Les deux tués sont la grande sœur du commerçant et sa fille. La nouvelle, comme une traînée de poudre, atteint le village, suscitant des pleurs et des cris de détresse. Tandis que certains versent des chaudes larmes, d’autres se révoltent et posent tout de suite la grande question: «Qui les a tuées?... D’où vient cette mort-là?»

Le commerçant est pointé du doigt. La réaction des jeunes gens du village ne se fait pas attendre. Comme des drogués, ils saccagent le magasin et le centre médical. Chacun en profite pour s’emparer de ce qu’il arrive à saisir. Et après avoir tout pris, ils  brûlent les deux bâtiments. Informés, les autorités territoriales dépêchent les policiers sur le lieu. Malheureusement, il n’y plus rien à faire, sauf le constat de la barbarie des jeunes du village. Mais les auteurs du pillage et de l’incendie se sont réfugiés dans la forêt.

 

Un professeur aussi?

Au moment où la plupart des enfants du village faisait l’école buissonnière, le fils d’un tireur de vin de palme se donnait totalement aux études. Son père avait échoué dans sa vie, mais lui devait sauver l’honneur de la famille, pourquoi pas du village tout entier. Ce qu’on aime, on le comprend facilement et la volonté est là pour le réaliser. Il décrocha son diplôme des humanités scientifiques. Et vu son pourcentage élevé, il fut directement orienté à l’université. Un garçon sérieux et travailleur, il obtint sans problème sa licence en Sciences économiques, avec grande distinction. Il est retenu assistant et après cinq ans d’assistanat, il obtient une bourse d’études pour l’Europe en vue de préparer sa thèse de doctorat.

   Après dix ans de travail assidu, il défend sa thèse de doctorat avec brio. Soucieux du développement de son pays et surtout pour respecter son engagement pris avec l’université, il se décide de rentrer au pays pour s’occuper de la formation de la jeunesse. Fierté du village, tous les jeunes le prennent pour un modèle.

Il croit à son rôle de guide et, il n’hésite pas un seul instant de faciliter l’inscription des jeunes de son village à l’université. En plus il leur assure un encadrement intellectuel et matériel approprié.

Parmi ces jeunes étudiants figurent un de ses petits frères, le fils cadet de sa marâtre. Celui-ci tient aussi à réussir sa vie comme son grand frère. Non pas seulement avec d’excellentes notes à l’école, mais aussi matériellement. En cela, personne ne peut le condamner. Mais là où le bât blesse, ils attendent de lui encore plus, ils veulent qu’il  brûle les étapes, qu’il récolte matériellement comme son aîné, mais tout de suite..

   Pour atteindre son objectif, il intègre à l’insu de son grand frère un réseau de faux monnayeurs. Il  évolue dans ce milieu pendant une année sans résultat probant, malgré  les promesses (fallacieuses) du chef du réseau.

Malheureusement, un jour, toute la bande est arrêtée par la police criminelle. Ils sont gardés dans un cachot pendant une semaine et ils sont soumis à un interrogatoire serré et musclé. Dieu merci, notre économiste est relâché.

Mais il a subi un choc émotif violent qui lui a causé la paralysie du bras et de la jambe gauche. Pour se dédouaner, il fait circuler le faux bruit que c’est son grand frère qui l’a ensorcelé. Le message atteint le village, les familles se disloquent et la méfiance s’installe. On ira consulter un devin et on lui demandera de faire ‘disparaître’ le responsable.

 

Ils sont nombreux

La liste des ‘clients’ de pratiques magiques est longue. Même des ‘hommes’ et ‘femmes’ de Dieu sont parfois pointés du doigt d’être des sorciers. Nombreux sont les groupes de prière où l’on est persuadé que la répétition de mots et de gestes permettra d’arriver au résultat espéré. On arrive à assurer que... 300 chômeurs trouveront un boulot, 500 célibataires tomberont finalement sur l’âme sœur, 400 boiteux arriveront à marcher. «Répétez des dizaines de fois ‘Yawéh’ et il vous exaucera»! On veut oublier que les êtres humains sont fragiles, exposés aux accidents, aux microbes, à la méchanceté, à la mort. Personne n’est exclu. Pas même les chefs d’État, les richards, les responsables religieux...

Enfin, des choses qui se produisent surtout quand on tombe dans des histoires imprévues et surtout douloureuses.

   Une réalité à laquelle Jeune Afrique a consacré récemment un dossier (10/07/2012). «C’est certainement en Afrique subsaharienne que le monde de l’invisible côtoie avec le plus d’assiduité celui de la politique. Voyage dans les arrière-cours des Palais pour partir à la rencontre des marabouts, féticheurs et autres magiciens...

Le recours à l’occultisme de la part des puissants n’est certes pas une spécificité africaine. Dans le monde arabo-musulman, des leaders politiques aujourd’hui disparus tels Hassan II, Kaddafi, Saddam Hussein ou le roi Hussein de Jordanie ont arpenté ces territoires inconnus et volontiers consulté des entremetteurs de l’invisible. Sans doute n’étaient-ils pas les seuls à le faire.

   Mais nulle part ailleurs qu’en Afrique subsaharienne ce phénomène culturel est aussi ancré. Du Sénégal à l’Afrique du Sud, point de carrière politique sans « protection » contre les adversaires, quitte à ce que cette attitude défensive se double parfois de pratiques sorcières à visées criminelles. Tout comme il n’est point de mariages, de matchs de football, d’examens, de maladies, de morts, de gestion d’entreprises ou d’escroqueries qui ne tiennent compte de ce contexte.

Une chose est sûre: contrairement à une idée répandue à l’époque des indépendances, la sorcellerie n’a pas disparu avec la généralisation de l’électricité et de l’éducation. Elle s’est adaptée au progrès économique et politique. Cinquante ans plus tard, elle ne s’est même jamais aussi bien portée.»

 

Longin Kizobo Langh

On cherche des fautifs

Le nombre de personnes accusées de sorcellerie dans les villages et dans les centres urbains, semblent augmenter d’un jour à l’autre. Une réalité inquiétante. Des ‘sorciers’ vrais ou potentiels, des guérisseurs qu’on recrute dans toutes les couches de la population, des voyants, des prophètes sans nombre, des exorcistes de tous poils.

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