Fondement d’unité

Nous commémorerons, demain, la fête du Premier Apôtre que Rome célèbre avec celle de Saint Paul depuis le troisième siècle. La fête de «Saint Pierre au Vatican, celle de Saint Paul sur la Via Ostiense, la fête de Saint Pierre et Saint Paul aux catacombes,  où se trouve actuellement la basilique de Saint Sébastien Grande fête, donc surtout à Rome!

C’est comme si la Ville Eternelle revivait son passé glorieux, ses vénérables souvenirs devenus d’autant plus chers à notre cœur que les fouilles et les études récentes ont confirmé l’authenticité du tombeau et des reliques de l’Apôtre Pierre, conservées sous la coupole de la Basilique Vaticane.

Mais parfois, l’émerveillement et la vénération de certains objets, ou d’événements habituels et proches de nous, risquent de s’atténuer, si nous ne réfléchissons pas assez à leur vrai sens et à leur vraie valeur. Il faut réfléchir. Une telle réflexion exigerait naturellement une consultation des Écritures, de la Théologie, de l’Histoire, de l’Hagiographie et surtout de l’Ecclésiologie; mais elle nous est facilitée, du moins dans ce bref entretien, grâce à la richesse des symboles qui caractérisent l’Apôtre.

 

Le nom

Pensez au nom même de Pierre; c’est le premier symbole. Vous connaissez le récit évangélique (Mt 16, 18). Qui a donné ce nom à Simon, fils de Jean? Car tel était son nom. C’est Jésus lui-même, après les paroles que l’Apôtre lui a adressées. «Tu es le Christ, Fils du Dieu Vivant» s’exclame le disciple, et Jésus de répondre: «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.» Simon devient Pierre, la pierre angulaire de l’édifice projeté par le Christ. Quel est le sens de cette transformation? Pourquoi le Christ a-t-il réservé à Pierre la place qui lui revenait de droit, à Lui, le Seigneur? (Mt 21, 42; Ac 4, 11; Rm 9, 33; 1 P 2, 6). Quel dessein divin, le choix d’un tel nom révèle-t-il? Quelles prérogatives confère le choix d’un tel nom imposé par le Seigneur à Son disciple qui, au regard des hommes, n’était peut-être pas le plus indiqué? Quels devoirs réclame-t-il? Quelle Ecclésiologie veut-il établir? Quel prodige historique annonce-t-il? Pensez-y! (Saint Augustin, Sermo 295; PL 38).

 

Les clés

Le Christ annonce à Pierre la remise des clés du Royaume des Cieux. C’est le deuxième symbole. Les clés du Royaume des Cieux, dit le Seigneur. Que signifie cela? Les clés sont le symbole de la puissance; elles permettent d’ouvrir et de fermer, sur l’ordre du Maître, la porte d’une demeure. De quelle demeure? Le Royaume des Cieux, c’est-à-dire, l’Économie du Salut, le rapport surnaturel instauré par le Christ entre Dieu et les hommes (Col 1, 26; Ep 1, 7 ss.). «Remettre les clés, c’est conférer le pouvoir» (Lagrange; Mt 16, 19). Pierre et, avec lui tous les apôtres, sert donc d’intermédiaire indispensable pour accéder au Royaume des Cieux... Ce symbole si simple et si clair est toutefois riche de sens. Il invite à la réflexion.

 

Le filet

Et le filet? Vous pouvez en voir sa reproduction stylisée sur la porte de la Basilique, reproduction étrange, sans doute, mais symbolique! Le filet rappelle l’humble profession de Simon Pierre: il était pêcheur. Jésus a choisi le métier de son disciple et de tous ceux qui, comme lui, le pratiquaient, pour en faire le symbole de la mission qui leur était destinée. Après la pêche miraculeuse, Jésus, en effet, leur dit: « Je vous ferai pêcheurs d’hommes» (Mt 4, 19). Pêcheurs d’hommes! Cela veut dire approcher les hommes, apprendre à connaître leurs coutumes, s’adapter à leurs exigences, savoir les attirer, les aimer, les convaincre. C’est là, la mission apostolique, l’exercice d’un ministère patient! La perspective d’une diffusion universelle du message évangélique! Voilà la promesse silencieuse du Christ: cette action téméraire de convertir le monde s’accomplira avec succès, non par habileté humaine, mais par la grâce divine et ce, malgré la résistance obstinée des hommes.

 

 Le coq

L’histoire de Pierre nous offre un autre symbole: le coq. Ce coq implacable qui chante la nuit du reniement de Pierre, la nuit du procès de Jésus, ainsi qu’il l’avait prédit: « Je te le dis Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui, que par trois fois tu n’aies nié me connaître» (Lc 22, 34).

Pierre nous apparaît dans toute la complexité de son caractère et dans toute sa faiblesse humaine; il est bon, sincère, exubérant; transporté par son enthousiasme, il se fie à lui-même. Mais c’est le démon qui l’emporte, et alors, la peur envahit Pierre qui renie la fidélité et l’amour: «Non, je ne le connais pas»  (Mt 14, 71). Par bonheur la bonté de Jésus est sans limite. Le Christ se tourne vers son disciple et ce geste suffit à bouleverser l’Apôtre qui s’enfuit mais ne désespère pas. Jésus lui avait prédit qu’il se ressaisirait et qu’il aurait pour mission « d’affermir ses frères» (Lc 22, 32).

Nous pouvons conclure cette série de symboles en rappelant le dernier, celui du Pasteur, autre titre propre à Jésus, mais que le Seigneur Ressuscité a conféré à Pierre; après avoir éprouvé par trois fois son amour. Par trois fois, il lui a confié son ‘Troupeau’, son Eglise (Jn 21, 15 ss.). Pierre, Pasteur! Son successeur le Pape est «le principe éternel et visible, le fondement de l’unité» (Lum. Gent. 23) dans la foi, l’espérance et la charité!

Celui qui, en cet instant, s’adresse à vous, exulte et frémit à cette évocation de Pierre par laquelle l’Eglise veut, aujourd’hui, honorer Jésus-Christ. Vous en savez la raison. Fils et Frères très chers, priez donc pour Nous, indigne mais véritable successeur de Pierre. (Benoît XVI 28 juin 2011).

 

La barque

Lorsque nous pensons à Pierre pêcheur, comment ne pas penser à un autre signe: la barque? Cette barque dans laquelle Jésus monte, s’assoit et, comme du haut d’une chaire, parle à la foule « rassemblée sur les bords du Lac de Génésareth» (Lc 5,3).

C’est dans cette même barque que Jésus commande aux disciples de lancer les filets. Ceux-ci se remplissent de poissons à tel point qu’une autre barque s’avère nécessaire. Pierre comprend aussitôt qu’il s’agit d’un miracle et, tombant à genoux devant Jésus, il s’exclame: «Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur» (Lc 5, 8). (Marc nous raconte, informé peut-être par Pierre, qu’un coussin se trouvait dans la barque). Sur ce coussin Jésus s’endort mystérieusement. Mais voici que tout-à-coup, la tempête se déchaîne. Les disciples, saisis de terreur, réveillent leur Maître; Jésus se lève et, d’une main, apaise la fureur du vent et des eaux; le calme se fait soudain (Mc 4, 35-41).

Cette barque est devenue le symbole de l’Eglise en mouvement, qui vogue sur les flots du temps et de l’histoire. Cette barque est l’emblème de Pierre; elle figure encore sur le sceau apposé pour authentifier les documents de l’Église marqués de «l’anneau du pêcheur.»

«Le Sauveur, assis dans la barque de Pierre, dit à celui-ci:

- Dirigez vers la haute mer et jetez vos filets pour pêcher.

Le Sauveur lui apprend moins à jeter ses instruments en pleine mer, qu’à jeter au loin les paroles de la prédication. Il ne s’agit pas d’envelopper des poissons dans un filet, mais de rassembler les hommes sous la bannière de la foi. Pierre s’écria:

- Maître, nous nous sommes fatigués toute la nuit sans rien prendre, mais sur votre parole je jetterai le filet - ; comme s’il eût dit: - Puisque la pêche que nous avons continué toute la nuit est restée pour nous sans résultat, je pêcherai désormais, non plus avec un instrument, mais avec la grâce; non plus avec des moyens humains, mais avec tout le zèle de la dévotion. - Sur votre parole, je jetterai le filet.» (St. Augustin, Sermon 59)

  Numéros on line      

Texte de l’homélie de Benoit XVI la veille de la fète des Saints  Pierre et Paul 2012  “Voilà la promesse silencieuse du Christ: cette action téméraire de convertir le monde s’accomplira avec succès, non par habileté humaine, mais par la grâce divine.»

Accueil

Editorial

Courrier

Toujours

plus brisé

La fin du monde

La guerre

de l’eau

150 ans

Fondement d’unité

Les missionnaires de la parole

Europe: moteur

à la traîne

Proclamer

la verité

La première église chinoise

Maroc:

le printemps,

est-il aussi pour l’Eglise?

Armes: déçus, mais...

Tchad: agriculteurs

et éleveurs

On cherche

des fautifs

Vademecum