Malgré le handicap

Né à Ndjamena le 16 avril 1981, Beral Mbaikoudou n’avait pas encore 30 ans quand il a été élu lors des élections législatives du 13 février 2011. On n’aurait eu pratiquement rien à dire sur lui s’il n’était pas frappé par la cécité depuis sa naissance. Un cocktail de produits modernes et traditionnels n’a pas eu raison de son handicap. Donc, pas d’école pour lui, à l’instar de ses grands frères et sœurs aînés.

 

Mais la planche de salut lui viendra cependant du Centre catholique de Ressources de Jeunes Aveugles où il entrera en contact avec différents groupes religieux et où il apprendra non seulement l’écriture braille, mais aussi la menuiserie et la musique, spécialement le piano et la guitare. Il était si appliqué qu’il réussira brillamment à un concours de la Francophonie qui lui ouvrira les portes de l’Université Charles de Gaulle de Lille, en France. Il y étudiera la philosophie étique et politique. Etudes qu’il terminera en 2009.

Rentré au Tchad, il enseigne la philosophie. Lors des élections législatives de 2011, malgré son handicap, il brigue la députation. Maiikoudou a une grande chance, c’est d’être jeune. Ce sont les jeunes qui battent campagne en sa faveur. Avec des méthodes différentes des anciennes: pas d’achat de conscience, pas de distribution d’argent, mais seulement la volonté et le bénévolat de ses pairs, les jeunes. Et ce qui devait arriver arriva: Béral est élu!

 

Quel sentiment avez-vous eu à votre élection en tant que député?

Une grande fierté personnelle, oui, mais essentiellement collective. Dès lors, je ne m’appartiens plus. Je suis devenu un élu du peuple, un élu des jeunes, qui, avec eux, a bravé les méthodes traditionnelles de battre campagne.

 

Pour quel programme politique?

Bien qu’il ait une apparence simple, mon programme tourne essentiellement autour de deux socles: l’éducation et la culture d’une part ainsi que l’amour du prochain d’autre part.

Dans l’absence de l’éducation et de la culture, il faut que l’éducation redevienne un droit plus qu’une chance. En Afrique, le Tchad est parmi les pays qui, en matière de scolarisation, tient la queue de la liste. Il faut que cela change.

Dans l’absence de l’amour du prochain, le constat est amer: les Tchadiens ne forment pas encore une nation, car un peuple n’est nation qu’à partir du moment où il se retrouve sous l’inspiration d’un désir commun. Aujourd’hui encore, le Tchadien est encore très régionaliste et c’est à partir du moment où nous saisirons la nécessité de nous aimer sincèrement et d’aimer la patrie que nous pourrons parler de nation.

 

Croyez-vous en la paix, au développement durable dans votre pays?

Pourquoi pas? Mais, contrairement à ce que l’on pense généralement, la vraie paix ce n’est pas toujours le silence des armes que chez nous, on interprète comme stabilité ou même paix. Non, la paix a une connotation plus vaste, plus sociale, c’est principalement la paix sociale et la tranquillité du citoyen au quotidien.

 

Pour ce qui est du développement durable?

Oui, il y a d’abord lieu de noter qu’aucun pays au monde ne peut se développer en vase clos. Il faut considérer le contexte international, c.à.d. le marché international, avec ses lois et ses principes. Cela veut dire qu’il faut mettre dans le système des personnes ayant les compétences requises pour cette lecture-là. Dans ce même plan, il faut de prime abord, ausculter le pays même. Il ne faut pas que les cultivateurs du coton soient utilisés comme des bêtes de somme, c’est-à-dire qu’ils produisent sans aucune planification, abandonnés à leur triste sort. Il faut qu’il soient guidés dans leur travail par des spécialistes dans le domaine. Bref, il faut prendre le développement de toute l’agriculture en charge, pas seulement les semences et la récolte. Ce n’est que de cette façon que nous retrouverons les lettres de noblesse du coton tchadien. Ce qui est vrai pour le coton l’est aussi pour d’autres ressources, le pétrole par exemple.

 

Votre message à la jeunesse et au peuple tchadien?

D’abord, à la jeunesse. Mon message est de remerciement. Mais surtout, qu’elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Le Tchad est à eux. Ils doivent réclamer, bousculer, exiger leur place au soleil. Et à ceux qui constituent l’intelligentsia tchadienne, ceux-là qui ont eu la chance d’étudier et d’acquérir de l’expérience, qu’ils prennent aussi leur courage d’intellectuels à deux mains et cessent de faire la girouette en cherchant leurs intérêts personnels. Qu’ils prennent le temps de penser autrement, d’interroger la société, de la critiquer, de la réorienter. Bref, jeunesse d’une part, filles et garçons, intellectuels potentiels de l’autre, dans l’amour du prochain bien compris, voilà le nouveau souffle de vie pour faire décoller notre pays.

 

P. Ngoré Gali Célestin, mccj

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