Le 31 octobre 2011, l’humanité franchissait le 7ème milliard de personnes vivant sur la planète terre. Faut-il en être préoccupé? Ou plutôt que faut-il chercher avec force pour que la vie sur les cinq continents soit paisible, plus juste et plus digne? Une réflexion sur ce que signifient la paix, la justice et l’intégrité de la création est de rigueur. A Cotonou (Bénin), Benoît XVI a présenté le document  final de l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques: un texte très riche, qui invite les communautés chrétiennes d’Afrique à s’engager au service de la réconciliation, de la  justice et de la paix. Des termes qu’on retrouve dans le texte proposé par Benoît XVI comme sujet de réflexion à l’occasion de la 45ème Journée mondiale de la paix, du 1er janvier 2012: «Eduquer les jeunes à la justice et à la paix.»

 

La Paix

Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies de 1997 à 2006, disait: «Sans progrès, il n’y a pas de paix possible. Sans paix, il n’y a pas de progrès possible.» Tout le monde la considère importante. Mais -  c’était l’avis de Raymond Poincaré, président de la France de 1913 à 1920, qui disait: «La paix est une création continue». La paix est le fruit de l’engagement de tout un chacun jour après jour. Jésus aussi enseignait: «Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu» (Mt 5, 9).

Dans la Bible paix se dit shalom, en hébreu, et désigne l’état de l’homme qui possède le bien-être de l’existence quotidienne et vit en harmonie avec la nature, avec lui-même et avec Dieu. La paix est ce qui est bien par opposition à ce qui est mal. «Evite le mal, fais le bien, recherche la paix et poursuis-la» nous dit le psaume 34, verset 15. Et un autre d’ajouter: «Ne me traîne pas avec les impies, avec les malfaisants, qui parlent de paix à leur prochain, et le mal est dans leur cœur.» (Ps 28, 3).

   La paix va donc de pair avec la justice et vice-versa. Finalement la paix n’est pas seulement absence de guerre, selon la doctrine de certains philosophes, mais elle est la plénitude du bonheur, parce qu’elle ne peut venir que de Dieu, grâce à la présence de son action. Elle en est le don le plus précieux. Dans d’autres passages de la Bible on dit aussi, au lieu du souhait de la paix: «Le Seigneur avec toi», comme en Juges 6, 12, ou en Ruth 2, 4 et ailleurs.

   Mais la paix peut être compromise par le désordre et le non respect de la loi et des commandements. Les prophètes alors interviennent pour dénoncer les alliances internationales dangereuses, l’absence de rapports justes parmi les membres du peuple ou le culte célébré par des cérémonies extérieures, sans conversion des cœurs. Michée n’a pas peur d’annoncer le malheur qui pèse sur une société faite de riches qui s’emparent de tout, de créanciers impitoyables, de commerçants fraudeurs, de familles divisées, de prêtres et de prophètes cupides, de chefs tyranniques, de juges corruptibles (Mc 6,1s). Amos, qui avait été pris par Yahvé de derrière son troupeau et envoyé pour prêcher sous le règne de Jéroboam II (783-743 a.C.), fustigera au nom de Dieu le vie corrompue des cités, les injustices sociales, le luxe des grands, la misère des opprimés, la fausse assurance qu’on met en des rites où l’âme ne s’engage pas. Des thèmes qu’on retrouve dans les premiers chapitres du livre d’Isaïe, les reproches de Jérémie et d’Ezéchiel, etc. On pourrait dire que dans les textes prophétiques est déjà présente la dimension que de nos jours on appelle ‘paix positive’, qui comprend absence de guerre et présence de justice sociale et de développement.

   Cependant, la paix véritable est essentiellement un don de Dieu et dans sa plénitude elle ne peut être réalisée qu’à la fin des temps. Cela comporte deux aspects de cette paix, don final de Dieu. La cessation totale de toute guerre parmi les peuples et la réunion de toute l’humanité autour de Jérusalem, parce que c’est là que Dieu a mis son siège et sa gloire dans le sanctuaire du temple (Is 56, 1-9 et 66, 22-24). Cette paix est nécessairement liée à la personne et à l’œuvre du Messie (lire Mic 5, 4; Is 7, 8 et 9, 5-6).

Le thème de la paix, qui dans l’Ancien Testament avait une place non marginale, dans le Nouveau a une place centrale. L’apôtre Paul parle du message de Jésus comme de «l’évangile de la paix» (Ep 6, 15). A la naissance de Jésus, les anges chantent: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance!» (Lc 2, 14).

La paix, bien sûr, parce qu’un sauveur est né (Lc 2, 10-11) et ce sauveur s’appelle Jésus, qui signifie: «Dieu sauve», en effet il «sauvera le peuple de ses péchés» (Mt 1, 21). Jésus a dit: «N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère; on aura pour ennemis les gens de sa famille » (Matthieu 10, 34-36). La paix donc que nous devons chercher est celle que nous découvrons dans le Christ (Jean 16, 33) et dans laquelle nous avons la certitude du salut. Nous devons vivre en paix. Une paix qu’il faut aussi promouvoir. Le premier des artisans de cette paix c’est le Christ, parce qu’il a réconcilié avec Dieu tout l’univers (Colossiens 1, 19-20). Et il nous invite à l’amour parfait, c’est-à-dire à l’amour crucifié, qui englobe dans son cercle les ennemis aussi, pour être parfait comme Dieu l’est (Matthieu 5, 47).

 

La Justice

Justice est un mot utilisé partout et par tous. Il faut donc en préciser le sens. Un homme sage, René Armand Prudhomme (1839-1907), célèbre poète français, disait: «La justice est l’amour guidé par la lumière». Mais où chercher cette lumière? Il faudra nécessairement demander à la Parole de Dieu des clarifications à ce propos.

Le mot ‘justice’ revient 458 fois dans la Bible; le mot ‘juste’, 452 fois. L’enseignement des prophètes est constant: il n’y a pas de religion véritable, pas de vraie foi en Dieu, sans engagement pour la justice. Jésus reprendra à son compte cet enseignement prophétique. Il n’y a pas de vrai amour de Dieu sans l’amour du prochain. Et cet amour dépasse les barrières et les frontières de la famille, de la langue, de la couleur, de l’appartenance à un groupe culturel ou à un peuple. Le prophète Isaïe a des formules lapidaires: «Le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes.. partage ton pain avec l’affamé, défais les chaînes injustes, renvoie libres les opprimés, ne te dérobe pas devant celui qui est ta propre chair…Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire du Seigneur te suivra…Si tu te prives pour l’affamé et si tu rassasies l’opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour. (Is 58, 6…10).

Bien sûr nous ne pouvons pas seuls offrir la solution à tous les problèmes sociaux, nous avons besoin de nous mettre ensemble pour nous attaquer surtout aux causes des malheurs et des injustices.

  Ces perspectives concernant la justice et la paix, en particulier celle donnée par le Sermon sur la montagne, vont à l’encontre de la conception de l’existence qui a cours aujourd’hui. À la vision de Jésus, on oppose la volonté de profiter dès à présent du monde et de ce qu’offre la vie, de chercher le ciel ici-bas sans se laisser arrêter par le moindre scrupule. Déjà au 19e siècle Frédéric Nietzsche, dans son livre ‘Ainsi parlait Zarathoustra’ avait dit à l’encontre des promesses de Jésus: «Nous sommes devenus des hommes et c’est pourquoi ce que nous voulons, c’est le royaume de la terre… Nous ne voulons nullement entrer dans le royaume des cieux.» Cette vision des choses est pénétrée dans la culture de nos contemporains.

 

Expériences négatives

Et pourtant, après l’expérience des régimes totalitaires, de la brutalité avec laquelle ils ont écrasé les hommes et frappé les faibles tout au long du vingtième siècle, nous sommes à nouveau à même de comprendre ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui sont dans l’affliction et leur droit à être consolés. Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nous comprenons ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle entre ses horribles serres de rapace une grande partie du monde. (Cf J. Ratzinger, Jésus de Nazareth, p.118s.)

.L’Afrique garde encore la mémoire des expériences négatives. Benoît XVI en parle en Africae munus du 19.11.2011: «La mémoire de l’Afrique garde le souvenir douloureux des cicatrices laissées par les luttes fratricides entre les ethnies, par l’esclavage et par la colonisation. Aujourd’hui encore, le continent est confronté à des rivalités, à des formes d’esclavage et de colonisation nouvelles. La première Assemblée Spéciale l’avait comparé à la victime que des bandits ont laissé moribonde au bord du chemin (cf. Lc 10, 25-37). C’est pourquoi on a pu parler de la ‘marginalisation’ de l’Afrique. Une tradition née sur cette terre africaine identifie le bon Samaritain au Seigneur Jésus lui-même et invite à l’espérance. Clément d’Alexandrie écrivait en effet: ‘Qui, plus que lui, a eu pitié de nous, qui étions pour ainsi dire mis à mort par les puissances du monde des ténèbres, accablés d’une multitude de blessures, de craintes, de désirs, de colères, de chagrins, de mensonges et de plaisirs ? L’unique médecin de ces blessures, c’est Jésus’. Il y a alors de nombreux motifs d’espérance et d’action de grâce. Ainsi par exemple, malgré les grandes pandémies – comme le paludisme, le sida, la tuberculose, etc.- qui déciment sa population et que la médecine cherche toujours plus efficacement à éradiquer, l’Afrique maintient sa joie de vivre, de célébrer la vie qui provient du Créateur dans l’accueil des naissances pour que s’agrandisse le cercle de la famille et de la communauté humaine.

 

Intégrité de la création

Le chrétien a une mission, à laquelle il ne peut se dérober: promouvoir la justice et la paix. Des mots qui concernent les problèmes de société les plus divers, notamment l’économie, le développement, les relations sociales, la pauvreté, le chômage, les migrations, les droits humains, l’écologie, la drogue, la violence, la course aux armements. Et le terrorisme au nom de Dieu, dont Jean-Paul II disait lors de sa visite au Kazakhstan, en 2001: «C’est une profanation et un blasphème de se proclamer terroristes au nom de Dieu». La justice et la paix peuvent être réalisées dans la société humaine, à laquelle nous appartenons, sur cette planète, qui est notre maison à tous (des hommes, des animaux et de leur milieu).

La Bible nous dit que tout ce que nous voyons a été créé par Dieu. «A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts - nous dit le psaume 8 - la lune et les étoiles, que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter?» (Ps 8, 4-5). Ce monde, créé par Dieu, est non seulement une merveille, mais il est aussi un chemin pour arriver au Créateur (Sg 13, 5), qui s’occupe d’une manière particulière de la créature préférée, l’homme, image de Dieu (Gn 1, 27).

C’est à la créature qui lui ressemble davantage que Dieu confie l’univers. «Soyez féconds – dit-il, - multipliez, emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 28). La doctrine biblique de la création n’est pas seulement une réflexion théologique, elle commande une attitude de l’âme, qui doit provoquer dans chacun de nous un sentiment profond d’admiration, de reconnaissance et d’humilité (Job 42, 1-6). Dieu est le créateur de tout et il continue cette opération en vivifiant ses créatures. En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être, selon l’enseignement de saint Paul à l’aréopage d’Athènes (Ac 17, 28).

 

Actuellement

Même les lois de l’ordre naturel doivent être respectées par l’homme. Malheureusement le péché humain peut toujours introduire un désordre dans la nature et nous vivrons jusqu’à la fin des temps un drame tragique. Jusqu’à l’accomplissement de la rédemption. On peut comprendre comment la création entière, assujettie encore actuellement à la vanité et à la destruction, aspire à être libérée de la servitude de la corruption pour accéder à la liberté de la gloire des enfants de Dieu (Rm 8, 18-22).

Voilà en bref les fondements bibliques de l’action de l’homme dans la création et son devoir de travailler pour que cette planète, dans laquelle nous habitons, soit respectée selon la volonté de son Créateur.

«J’exhorte l’Église en Afrique à encourager les gouvernants à protéger les biens fondamentaux que sont la terre et l’eau, pour la vie humaine des générations présentes et futureset pour la paix entre les populations.»

 

La Parole de l’Eglise

Justice, paix et intégrité de la création, ce sont des thèmes auxquels le magistère de l’Eglise s’est toujours intéressé. Nous allons nous limiter aux derniers temps, à partir de la fin du 19ème siècle. «Rerum Novarum» par exemple, une encyclique du Pape Léon XIII, publiée en 1891; elle marque le début de l’enseignement social moderne de l’Eglise Catholique. Elle est consacrée à la condition ouvrière dans la société industrielle et note que «les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée.»

Le Pape adjure l’État d’arracher «les malheureux ouvriers des mains de ces spéculateurs qui, ne faisant point de différence entre un homme et une machine, abusent sans mesure de leurs personnes pour satisfaire d’insatiables cupidités… L’autorité publique doit aussi prendre les mesures voulues pour sauvegarder le salut et les intérêts de la classe ouvrière. Si elle y manque, elle viole la stricte justice. L’État doit se préoccuper d’une manière spéciale des faibles et des indigents. La classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesse pour la mettre au couvert des injustices, compte surtout sur la protection de l’État. Que l’État se fasse donc la providence des travailleurs qui appartiennent à la classe pauvre en général.»

Dans les années qui ont suivi, il y a eu de nombreux documents qui ont traité des problèmes sociaux et de l’environnement. En 1931, le Pape Pie XI publie: Quadragesimo Anno (= quarante ans), pour célébrer le quarantième anniversaire de la publication de «Rerum Novarum». Il y dénonce les effets pervers de la cupidité et de la concentration du pouvoir économique, sur les travailleurs et sur la société. Il appelle à une répartition équitable des biens, selon les exigences du bien commun et de la justice sociale. Il défend le droit à la propriété privée et en élargit la possibilité.

En 1961, le Pape Jean XXIII fait sortir l’encyclique Mater et Magistra (= Mère et maîtresse). Il déplore le fossé grandissant entre nations riches et pauvres, la course aux armements et la situation critique des paysans dans le monde entier. Il plaide pour l’aide aux pays moins développés et fait de la doctrine sociale chrétienne une partie intégrante de la vie des disciples du Christ. En 1963, toujours le Pape Jean XXIII publie Pacem in Terris (= paix sur la terre). Il y affirme que les droits de l’homme, dans leur totalité, sont le fondement de la paix. Il invite au désarmement. Il reconnaît la même dignité à toutes les nations. Il favorise la réinsertion des réfugiés. Il reconnaît une autorité publique mondiale (= les Nations Unies) pour promouvoir le bien commun universel. Il parle de la paix qui doit être assise sur quatre piliers, à savoir: la vérité, la justice, l’amour et la liberté.

 

Pauvreté grandissante

Mais il faut attendre le Concile Vatican II (1962-1965) pour trouver la formulation de ce qui favorisera une attitude générale plus positive et plus intéressée de l’Eglise à propos de sa présence dans le monde. Il est question surtout de la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (=lumière des nations). On y déplore une pauvreté grandissante au niveau mondial et la menace d’une guerre nucléaire.  En 1967, le Pape Paul VI publie: «Populorum progressio» (= le développement des peuples). Il y enseigne que le développement est le nouveau nom de la paix et critique les structures économiques qui favorisent l’inégalité. Il fixe des obligations pour les multinationales, qui devraient être, surtout dans les pays dont elles exploitent les ressources, des initiatrices de justice sociale. 

 

Libération

En 1975, Paul VI publie la constitution apostolique Evangelii Nuntiandi (= l’évangélisation dans le monde moderne). L’annonce de l’Evangile est une libération de tout ce qui opprime l’être humain. La justice sociale donc fait partie intégrante de la foi. Les structures sociales ne sont pas anodines; elles peuvent être des structures de « péché », c’est-à-dire foncièrement mauvaises, si elles provoquent l’injustice, la domination, l’exploitation. En 1979, Jean Paul II rend publique l’encyclique  Redemptor Hominis (= le Rédempteur de l’Homme).

Les Droits de l’Homme doivent constituer le principe fondamental de tout système politique. Il faut changer les investissements pour l’armement en investissements pour l’alimentation des hommes et pour tout ce qui est au service de la vie. Il faut arrêter de dévaster la terre, notre maison commune, et œuvrer ensemble pour transformer les structures économiques afin qu’elles soient au service de l’homme.

En 1987, Jean Paul II, avec l’encyclique  Sollicitudo Rei Socialis (=intérêt de l’Eglise à la question sociale), revient sur l’enseignement traditionnel de l’Eglise sur la question sociale, particulièrement sur son intérêt pour les pauvres. Il invite les responsables politiques à utiliser les ressources investies dans l’armement pour privilégier le soulagement de la misère humaine.

Il y a en outre une injustice patente dans la société d’aujourd’hui qu’on ne peut pas accepter: le petit nombre de ceux (un tiers de l’humanité) qui ont tout et le grand nombre (les deux tiers) qui vit dans la misère et l’exploitation. Pour corriger tout cela, il faut réformer le commerce mondial et les systèmes financiers.

En 1991, à l’occasion du premier centenaire de «Rerum Novarum», Jean Paul II publie «Centesimus Annus». Il y reconnaît l’échec tant de l’économie du système socialiste que de l’économie de marché. Il invite au désarmement et à alléger ou remettre la dette des pays pauvres; à simplifier les styles de vie et à éliminer le gaspillage dans les pays riches; à créer des institutions pour le contrôle des armements, etc.

 

Contre la violence

En 1995, Jean Paul II, dans «Evangelium Vitae (= l’Evangile de la Vie), insiste sur la nécessité de reconnaître la valeur sacrée de la vie humaine depuis le commencement jusqu’à la fin.

Il faut donc œuvrer pour lutter contre la violence faite à la vie de millions d’êtres humains, spécialement des enfants, victimes de la pauvreté, de la famine et de la malnutrition. Il faut lutter contre les guerres et le commerce des armes, contre la destruction de l’environnement, le commerce criminel de la drogue, contre le contrôle des naissances comme moyen pour diminuer la croissance démographique des pays pauvres, etc. Le Pape Benoît XVI a continué à proposer l’enseignement traditionnel de l’Eglise à travers les messages, lors de la Journée Mondiale de la Paix.

En outre le deuxième Synode des Evêques pour l’Afrique, en date du 4 au 25 octobre 2009, s’est penché sur le thème: «L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. ‘Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du Monde’ (Mt 5,13.14)». Il se situe sur la ligne du premier Synode (10 avril – 8 mai 1994) et en actualise les résultats, en rapport avec les questions qui touchent à la paix, à la justice, à la réconciliation et à l’intégrité de la création.

«Le disciple du Christ, uni à son Maître, doit contribuer à former une société juste où tous pourront participer activement avec leurs propres talents à la vie sociale et économique. Ils pourront donc gagner ce qui leur est nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine dans une société où la justice sera vivifiée par l’amour. Le Christ ne propose pas une révolution de type social ou politique, mais celle de l’amour, réalisée dans le don total de sa personne par sa mort sur la Croix et sa Résurrection. Sur cette révolution de l’amour se fondent les Béatitudes (Mt 5, 3-12). Elles fournissent un nouvel horizon de justice inauguré dans le mystère pascal et grâce auquel nous pouvons devenir justes et construire un monde meilleur. La justice de Dieu, que nous révèlent les Béatitudes, élève les humbles et abaisse ceux qui s’élèvent. La justice de Dieu se manifeste, d’ores et déjà, là où les pauvres sont consolés et admis au festin de la vie.»

 

Notre Eglise

L’Afrique des Grands Lacs, depuis la partition des colonisateurs à l’occasion de la Conférence de Berlin (1885), n’a jamais connu une paix véritable et une correcte exploitation de ses ressources.

Les grandes puissances en ont profité et en profitent aujourd’hui encore pour augmenter leurs bénéfices, sans tenir compte de la population qui vit toujours dans une grande pauvreté. En outre, à partir de 1990, un déchaînement de la violence a provoqué des millions de victimes. Que faut-il dire? Que faut-il faire? L’abbé Richard Mugaruka, dans une réflexion publiée en trois tomes du titre: «Convertissez-vous et croyez au message du salut» (Mc 1,15), donne des points de repères historiques et surtout des suggestions afin que les peuples de l’Afrique des Grands Lacs puissent vivre en paix et profiter des immenses richesses que le Ciel leur a donné dans leur sol et sous-sol. L’Eglise du Congo Démocratique aussi, à travers ses pasteurs, a donné des suggestions et a invité les responsables à tous les niveaux à œuvrer en faveur de la paix, de la justice et de l’intégrité de la création. Nous pouvons résumer l’enseignement de la CENCO (Conférence Episcopale du Congo Démocratique) en sept points.

 

Premier point: Le changement de notre échelle des valeurs, qui sont: le respect de Dieu, le respect de la vie, le sens du bien commun, le respect de la Loi fondamentale, le développement solidaire, la vérité, la justice, l’amour, la liberté, la réconciliation, le respect des biens d’autrui, la tolérance, la capacité de prévenir et de gérer les conflits, etc.

 

Second point: Le devoir de revenir au sens de l’Etat et du bien commun. D’où la nécessité d’un leadership visionnaire et dynamique, appelé à défendre les intérêts du peuple, de promouvoir son bien-être, d’assumer ses fonctions régaliennes (= paix, sécurité des personnes et des biens, justice, etc.).

 

Troisième point: La réforme de l’armée, la fin de la guerre et le retour de la paix.

Quatrième point: Le choix de la justice sociale et distributive et de la lutte contre la corruption. En effet il n’y a pas de paix sans justice. C’est pourquoi la lutte contre l’impunité est une priorité, parce qu’elle décourage les velléités insurrectionnelles. La justice sociale en outre grandit la nation. La paix sociale est le fruit du travail productif fait par la population, qui doit éviter la mendicité, l’oisiveté, la loi du moindre effort et la fuite dans des formes de religiosité populaires, véritables « opium du peuple ».

 

Cinquième point: La mise en place d’un mécanisme de certification de l’exploitation des ressources naturelles. L’exploitation des ressources est le nerf de la guerre au Congo. Pour ce faire, il faut mettre de l’ordre dans le secteur minier et forestier, favoriser la concertation entre les populations locales, les autorités publiques et les exploitants miniers, pétroliers et forestiers, inviter les différents investisseurs à créer sur place des industries de transformation des produits bruts, faire en sorte que les exploitants respectent les conditions contractuelles, salariales et environnementales.

 

Sixième point: L’ouverture de la RD Congo à l’Afrique et au Monde.

 

Septième point: Le changement des cœurs et des mentalités. C’est peut-être le point le plus important. Il faut arriver à la conversion des cœurs par la prière, l’ouverture à Dieu, la méditation de sa Parole, la repentance des péchés, l’ouverture aux autres dans un dialogue fraternel, dans un esprit de paix et d’espérance, qui nous vient de l’Evangile du Christ. La préoccupation majeure des membres du Synode, face à la situation du continent, a été de chercher comment mettre dans le cœur des Africains disciples du Christ la volonté de s’engager effectivement à vivre l’Évangile dans leur vie et dans la société. Le Christ appelle constamment à la metanoia, à la conversion. Les chrétiens sont marqués par l’esprit et les habitudes de leur époque et de leur milieu. Mais par la grâce de leur baptême, ils sont invités à renoncer aux tendances nocives dominantes et à aller à contre-courant. Un tel témoignage exige un engagement résolu dans ‘une conversion continue vers le Père, source de toute vraie vie, l’unique capable de nous délivrer du mal, de toute tentation et de nous maintenir dans son Esprit, au sein même du combat contre les forces du mal’.

Travailler en faveur de la paix, pour la justice et dans le respect de l’environnement est un défi pour la réalisation duquel nous devons tous nous engager. Nous devons aussi être conscients que tout cela dépasse nos forces et nécessite la reconnaissance de notre faiblesse et de notre fragilité, que seule la grâce de Dieu, implorée dans la prière, pourra vaincre et surmonter.

T. F. N

 

Justice, Paix et Réconciliation

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