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Dans son livre ‘La Libération de Lubumbashi’ C. Bakatuseka écrivait que le président Mobutu «confiant en ses propres mensonges…, entouré de courtisans de tout acabit dont la seule fonction consiste à donner de faux rapports pourvu que le chef se sente toujours en sécurité, refuse de céder le pouvoir. Néanmoins, il n’est pas opposé au principe d’une solution diplomatique au conflit. Cependant il fait de son mieux pour renvoyer la date pour s’asseoir à la table des négociations. Jusqu’à sa défaite.» (L’Harmattan,1997) Des lignes qui résument la réalité dans laquelle on vit, surtout lorsque c’est le recours au mensonge qu’on utilise comme outil de sauvetage. Et cela, depuis longtemps! L’écrivain anglais Jonathan Swift (1667-1745) affirmait dans un livre consacré à ce thème, que le mensonge politique est l’art de convaincre le peuple, l’art de lui faire croire des faussetés salutaires et cela pour quelque bonne fin. Et que l’abondance de mensonges politiques était une marque certaine de la liberté dans son pays! «Il y a trois sortes de mensonges - écrivait-il. - Le mensonge de calomnie, ou le mensonge diffamatoire: est celui par lequel on dépouille quelque grand homme de la réputation qu’il s’est acquise correctement, de peur qu’il ne s’en serve au détriment du public. Le mensonge d’augmentation: donne à un grand personnage plus de réputation que celle qu’il a d’ordinaire. En faisant cela, on espère qu’un jour ou l’autre il se sentira dans l’obligation de rendre qualque service. Enfin, le mensonge de translation: on transfère le mérite d’une bonne action d’un individu à un autre individu.» Ce qu’on voit et ce qu’en entend tous les jours semble confirmer que le troisième millénaire respecte ces vieilles indications.
Le penchant Comment corriger le penchant que tous les hommes ont à croire les mensonges? «Je suis persuadé que le moyen le plus efficace pour combattre et détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge - écrivait Swift - Nous avons la satisfaction secrète, le plaisir de trouver les autres plus méchants, plus lâches, plus méprisables et plus malheureux que nous-mêmes. Quand on attribue à quelqu’un une chose qui ne lui appartient point, il faut bien fabriquer le mensonge, de façon que la chose ne soit pas directement contraire et opposée aux qualités connues de la personne. Il faut savoir raconter ce qui n’est pas vrai d’une façon crédible. Si on parle d’un monsieur timide, il ne faut pas dire qu’il arrive à chasser des bataillons entiers. Au plus, on pourra affirmer qu’il fait du bruit et qu’il a tiré une bouteille contre la tête de son adversaire! Ceux qui dirigent la société doivent bien doser les arguments encourageants et ceux qui font peur.» Les grands, les personnes riches et puissantes savent promettre la lune avec une habilité extraordinaire: «Ils vous mettent la main sur l’épaule, ils vous embrassent, ils vous serrent, ils sourient, ils se plient en vous saluant, ils font des serments répétés: attention, ils vous trompent!... Dans le Royaume Uni, il y a deux partis, les ‘Libéraux’ et les ‘Conservateurs’: qui est le plus habile, le plus versé dans l’art du mensonge politique? J’avoue que c’est quelquefois l’un, quelquefois l’autre… Quand même, ils ne doivent pas exagérer: si un parti veut rétablir son crédit et son autorité, que pendant trois mois il ne dise rien qui ne soit vrai et réel. C’est le meilleur moyen pour acquérir le droit de débiter des mensonges les six mois suivants. Mais j’avoue qu’il est presque impossible de trouver des gens capables d’exécuter ce projet!... La règle de la société doit être d’inventer chaque jour un mensonge, quelquefois deux et dans le choix de ces mensonges, il faut avoir égard et faire attention au temps qu’il fait et à la saison où l’on est: les mensonges pour épouvanter et imprimer la terreur font des merveilles et produisent de grands effets dans les mois de novembre et de décembre, mais ils ne font pas si bien et n’ont pas tant d’efficacité en mai et en juin, à moins que les vents d’Est ne règnent alors. Il faut qu’il y ait une peine ou une amende imposée à quiconque parlera d’autre chose que du mensonge du jour. »
Indispensables! Dans son livre «La connaissance inutile» le philosophe français Jean-François Revel (1924-2006) affirme que «le mensonge fait partie du quotidien de l’homme politique. Pour lui, le mensonge est indispensable à sa survie. Un politicien paresseux peut réussir, un politicien ennuyeux également, mais un politicien qui ne sait pas utiliser le mensonge est voué à l’échec, selon la plupart des observateurs de la scène politique. Pour les politiciens, cette manipulation quotidienne de la vérité, peut sembler bénigne, mais par leur prolifération, par la place qu’ils prennent dans la culture politique, les petits mensonges quotidiens ouvrent la voie aux gros mensonges, notamment, aux tromperies électorales. Observons un nouveau candidat et nous l’entendrons débiter la même série de vérités du genre: «Je n’ai d’autre ambition que celle de servir mes concitoyens.» Dans n’importe quel parti, on l’entendra dire qu’il n’est pas un politicien traditionnel, qu’il désire faire de la politique différemment, être franc et honnête. Mais, aussitôt élu, il s’empressera de travestir la réalité pour qu’elle lui soit la plus favorable, de dissimuler les côtés moins glorieux de son passé et de taire son opinion sur une politique controversée de son parti.» ‘C’est partout et toujours comme ça!’, on est tenté dire. «Regardez autour de vous. Pour réussir dans la vie, on érige en principe d’action l’injustice, le mensonge, le vol, l’égoïsme ou se servir, pas servir les autres… Dans notre société, le mensonge est considéré par beaucoup comme un moyen naturel et légitime de réussir, de se tirer d’affaires. Presque tout le monde y recourt. D’ailleurs certains parents apprennent à leurs enfants à mentir», écrivait le card. Malula en 1973.
Les plus habiles Il est donc important de trouver les origines du mal et de chercher à comprendre pourquoi les politiciens «mentent comme ils respirent.», assurent les opposants. La réponse nous apparaît bien simple: si les politiciens ont recours au mensonge, c’est parce qu’ils sont convaincus de sa rentabilité. Cette rentabilité n’a-t-elle pas été maintes fois démontrée? Les politiciens qui sont les plus habiles menteurs sont ceux qui durent le plus longtemps et qui obtiennent le plus de succès. Les hommes et les femmes qui se lancent en politique et pour qui la franchise est une valeur importante, sont écartés dès leurs premiers pas. Remarquez que ce n’est pas d’honnêteté dont il est question. Certains politiciens sont bien intentionnés, dévoués et travailleurs. Mais en entrant en politique, les nouveaux venus pénètrent dans une culture qui fonctionne au mensonge et leur réussite dépend de leur adhésion totale à cette culture. C’était un peu la conviction de Machiavel (1469-1527) qui, en se moquant des conceptions politiques médiévales et en justifiant l’action de celui qui dispose du pouvoir (le prince) par l’efficacité et non plus la morale, disait «Gouverner, c’est faire croire». Les médias prodigieux dont dispose aujourd’hui l’humanité, le savent très bien et offrent des choses précieuses pour la compréhension de ce qui se passe; mais aussi des bobards, des chiffres biaisés, des omissions, des inexactitudes, des produits toxiques. Gérés par des spécialistes de la communication, qui vendent de l’information comme ils vendraient un produit de consommation courante, préoccupés de créer ou de consolider les opinions et, surtout, de promouvoir l’image manipulée.
N. Gaétan Yawo |
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Qu’est-ce qu’on nous raconte ! |
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Un sujet toujours actuel et complexe, celui du mensonge politique. Dans les sociétés où la vie est organisée d’une manière correcte, qu’il s’agisse de débats parlementaires, de campagnes électorales ou de conflits devant les tribunaux et les cours, le mensonge n’est moralement pas acceptable comme moyen de défense ou d’attaque. Et pourtant, selon ce qu’on voit et on entend, le mensonge est employé généreusement. Pour combattre les oppositions, détourner les enquêtes, tromper l’opinion publique, etc. C’est donc, en un mot, une arme politique. |
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Le Printemps |