Selon Enzo Bemmi, un animateur biblique italien, l’Europe, du point de vue de la foi chrétienne, peut être partagée en quatre zones. La première : le Christianisme est considéré contraire à la liberté de l’homme et à sa réalisation. Donc c’est le refus. Font parties de cette zone la France, la Belgique et les Pays-Bas. La deuxième : attachement à la tradition chrétienne. Dans cette zone il y a l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Portugal. La troisième: la foi est considérée comme un fait privé. Dans cette zone il y a les pays qui ont subi la domination de l’URSS jusqu’en 1989, à la chute du mur de Berlin.

Actuellement les Chrétiens, n’étant plus persécutés et donc attachés à la foi comme réaction à ses ennemis qui étaient souvent aussi les ennemis de la patrie, laissent le Christianisme à un choix privé et personnel. La quatrième : l’athéisme comme un choix pacifique et normal. Font parties de cette zone l’Allemagne, la Suède, la République Tchèque, etc.

La foi chrétienne donc en Europe ne se porte pas bien. Pour cette raison Benoît XVI demande aux Evêques de se réunir à Rome (en octobre 2012 du 07 au 28) pour un Synode consacré à la nouvelle évangélisation, c’est-à-dire à la proclamation de l’Evangile dans les régions qui ont déjà été évangélisées une première fois, mais qui ont besoin d’une deuxième évangélisation. Le Pape invite aussi tous les Chrétiens du Monde, à l’occasion de l’année de la foi, lancée le 11 octobre de cette année, à inventer des initiatives pour que la proclamation de l’Évangile devienne une réalité à proposer aux habitants du Monde à travers tous les moyens de communication sociale.

 

Partout

Mais l’Europe pendant des centaines d’années a envoyé ses Missionnaires dans tous les Continents pour faire connaître le Christ comme le Sauveur de l’humanité tout entière. Les apôtres Pierre et Paul, tout d’abord: ils ont fondé l’Eglise de Rome et sont morts martyrs, au temps de l’empereur Néron (37-68). Saint Benoît (480-547), fondateur du Monachisme occidental, à travers ses moines a, on pourrait dire, pratiquement ‘colonisé’ toute l’Europe. Saint Boniface (675-754) évangélisa la Germanie. Saint Cyrille (827-869) et son frère saint Méthode (825-885) : ils ont évangélisé les Slaves. Les ordres mendiants des Dominicains et des Franciscains (13ème siècle) ont essaimé dans tous les pays de l’Europe et au-delà, pour annoncer l’Évangile. Au 16ème siècle, les Jésuites et les Capucins se sont rendus en Amérique, en Afrique et en Asie comme Missionnaires et ils ont fondé des communautés chrétiennes partout. Du point de vue politique, l’Europe, avec les grandes découvertes et le progrès scientifique, se présenta comme la région la plus développée du Monde et la plus puissante. D’où le phénomène de la colonisation, qui durera jusqu’au 20ème siècle, lorsque les pays de l’Europe, qui dominaient tous les Continents, s’entredéchirèrent en deux guerres mondiales et perdirent toute possibilité de domination et toute suprématie. Pendant ce temps, des Congrégations Missionnaires surgirent, surtout en France, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, et diffusèrent l’Evangile dans tous les coins du monde, même les plus reculés.

 

Pays de mission

Selon Olivier Roy, sociologue et directeur de recherche au CNRS de Paris, le Saint-Siège, au 19ème siècle, réussit à construire une Eglise catholique  supranationale et globale, grâce au mouvement missionnaire, réalisé par les Congrégations et les Sociétés Missionnaires qui avaient comme seul but la «Mission», c’est-à-dire l’annonce de l’Evangile «ad Gentes» (= aux non Chrétiens). Mais actuellement, surtout en Europe, le Christianisme est en train de devenir minoritaire. Déjà en 1943, deux prêtres français, Henri Godin et Yves Daniel, avaient écrit un livre : «France, pays de mission ?», pour faire comprendre que le Christianisme n’était plus un fait social, un acquis pacifiquement accepté. A juste titre, le Pape Jean Paul II,  dans sa première visite à Paris, en 1981, s’était exclamé: «France, fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême?»

   La France et les autres pays de l’Europe sont en train de faire l’expérience de la présence de toutes les Religions du monde dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les villes et villages. Le Christianisme, qui a forgé l’Europe comme unité culturelle et entité politique, n’est plus le ciment qui lie toutes les cellules de la société pour arriver à former comme un seul bloc. Les Européens sont passés de la conviction que le Christianisme était la vraie religion, au sentiment très répandu que toutes les religions sont les mêmes.

Le dialogue œcuménique aussi devient une recherche de l’ « unité dans la diversité réconciliée », selon l’expression d’Oscar Cullmann (1902-1999), théologien protestant. Cela signifie que chaque Eglise garde ses particularités, tout en sachant que nous devons tendre vers l’unité, selon la parole de Jésus : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17, 20-21).

 

Quelle évangélisation?

Pour ce qui concerne la religion, surtout les jeunes, on a l’impression qu’ils se situent comme dans un grand supermarché : chacun met dans son chariot ce qui lui plaît, en faisant un choix dans l’étalage des offres religieuses. En effet Internet et tous les médias ont transformé chaque pays dans une parcelle du village global qu’est le Monde, où il y a tout et toutes les religions de la planète se retrouvent chez elles.

Alors quelle évangélisation est-il possible de faire en Europe et aussi dans le reste du monde?  En Europe, les quatre zones dont nous avons parlé sont présentes partout, dans les familles, dans nos connaissances, et même en chacun de nous. Ce qui est en crise n’est pas la foi, mais  la forme sociologique de cette foi. On pensait que pour être des humains il fallait d’abord être chrétiens. Ce qui n’est plus vrai dans la société européenne pluriculturelle et areligieuse. Si on veut faire une deuxième évangélisation en Europe, selon Enzo Biemmi, il faudra tenir compte de ces trois constats.

   Premier constat  liberté du choix. Tertullien (155-222), écrivain chrétien de Carthage en Afrique, disait : « On ne naît pas Chrétien, on le devient!» Deuxième constat : l’évangélisateur doit proposer la foi d’une manière libre. Troisième constat : cette proposition doit être faite dans une communauté capable d’engendrer à la foi. En Europe on parle de la deuxième évangélisation. Il est question en effet de proposer la foi à des personnes qui se sont éloignées de l’Église à cause d’expériences négatives, ou par le doute ou bien par l’influence d’autres religions.

La deuxième évangélisation doit se concrétiser non pas seulement par la proposition du «credo», mais surtout par le «témoignage» de quelqu’un qui croit et qui accompagne celui qui écoute à la découverte du Christ. Et cela dans une communauté chrétienne vivante qui, grâce à l’Esprit, peut engendrer à la foi. Dans les  Lineamenta pour le 13ème Synode des Evêques de 2001 on dit: «La stérilité de l’évangélisation d’aujourd’hui est un problème ecclésiologique.

C’est    l’Eglise qui doit se proposer comme une véritable communauté avec expérience de vie fraternelle.» Saint Augustin a, à ces propos, des conseils très pertinents qu’il propose aux catéchistes: «Quand on s’aime et entre celui qui parle et celui qui écoute il y a une profonde communion, celui qui écoute s’identifie en celui qui parle, et celui qui parle en celui qui écoute» (De catechizandis rudibus, 39). Alors la communication passe et la foi est découverte et acceptée.

 

«Notre désir»

La restructuration et la diminution du Christianisme en Europe ne sont pas le signe de la faillite de l’évangélisation. Au contraire, elles peuvent être une occasion providentielle pour que le Règne de Dieu gagne dans l’espace et dans les esprits. L’Eglise, dans son oeuvre de deuxième évangélisation, doit devenir la communauté qui accueille et qui propose la grâce que Dieu le Père, dans le Christ et par l’Esprit, veut donner à tous avec abondance.

Mère Theresa de Calcutta disait à ses Sœurs: «Moi et mes Sœurs nous ne faisons rien pour que les autres deviennent chrétiens.» Mais elle ajoutait: «Notre désir le plus profond est celui de porter Jésus et son amour aux plus pauvres des pauvres». Et encore: «Nous ne voulons pas convertir ceux que nous aidons, mais dans notre action, nous présentons le témoignage de l’amour de Dieu.» En effet c’est cela l’essentiel : proclamer que Dieu est Amour et qu’il l’a manifesté dans le Christ.

Le but de toute évangélisation est justement le suivant : faire l’expérience, dans une communauté, et donc dans l’Eglise, que le Dieu de Jésus Christ est un Dieu d’amour, parce que Lui est Amour (1Jean 4, 8).

Tonino Falaguasta Nyabenda

Europe, moteur à la traîne

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L’Europe, depuis le temps de saint Pierre et saint Paul, fondateurs de l’Eglise de Rome, a été le moteur de l’évangélisation du Monde. Mais actuellement le phénomène de la déchristianisation et de l’indifférence religieuse pousse les Chrétiens de ce continent à chercher des chemins pour une ‘nouvelle’ évangélisation.

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