L’ONU a déclaré 2011, Année Internationale des Forêts. Les forêts couvrent 30% de la surface de la planète, mais elles contiennent 90% de la biodiversité mondiale et 60% de l’eau potable.

 

Ils évitent les érosions, les glissements de terrains et les coulées de boue qui augmentent la pollution des cours d’eau. En plus, la présence des forêts diminue les émissions de gaz à effet de serre et constitue une barrière contre le réchauffement climatique et ses conséquences dévastatrices: sécheresses et inondations.

Et cependant, le rythme de destruction des forêts ne laisse pas de croître. Dans le monde, entre 1995 et 2000 furent coupés 15 millions d’hectares de forêts.

De 2000 à 2005 ce furent 13 millions de hectares abattus. À partir de 2009 la perte de la masse forestière atteint plus de 13 millions d’hectares chaque année. En Afrique la tendance est similaire. Si entre 1990 et 1995 on avait détruit 3,7 millions d’hectares de forêts, actuellement on détruit 4 millions par an. C’est-à-dire, maintenant disparaît dans une seule année la même masse forestière qu’avant disparaissait en 5 ans. Dans le cas africain, cette déforestation affecte les pays du Bassin du Congo, seconde forêt tropicale de la planète, mais aussi les pays situés dans les zones de savane.

 

Pourquoi?

Plusieurs causes expliquent la déforestation. La première et plus ancienne vient de l’activité agricole des populations, habituées à brûler la forêt pour rendre les terres arables. Liée à celle-ci, on peut citer comme deuxième cause le besoin du charbon de bois pour faire la cuisine. En Afrique subsaharienne, le taux d’électrification ne dépasse guère le 10% et l’immense majorité de la population est contrainte à recourir aux forêts pour réchauffer la nourriture ; ainsi, nous assistons à la transformation en charbon de forêts entières, surtout autour des grandes villes africaines. Si les prévisions de 2001 signalaient une augmentation de 34% de la consommation de bois de feu en Afrique, l’escalade des prix des carburants incrémente sans doute ce pourcentage.

Une troisième cause de la déforestation, peut être la plus importante, est l’abattage massif des arbres. Le Bassin du Congo est particulièrement touché par cette destruction à grande échelle, où foisonnent des centaines de sociétés étrangères qui pratiquent une exploitation forestière anarchique, sans aucun souci pour le développement durable et la régénération naturelle des forêts. Ces sociétés bénéficient souvent de la complicité des gouvernements, qui accordent les licences d’exploitation sans contraintes réglementaires. Ainsi, on estime que la moitié du bois abattu au Cameroun échappe à tout control. Ce pillage apporte de solides bénéfices aux compagnies étrangères au détriment des populations autochtones, souvent méprisés. Par exemple, un mètre cube de bois noir des forêts du Bandundu ou de la Province Orientale en RDCongo, payé à 6 dollars sur place, peut être vendu en Europe à plus de 3.500 dollars.

Dernièrement, le développement de l’industrie des biocarburants menace aussi les forêts. Les nouvelles cultures pour la fabrication d’éthanol ou d’agrodiesel exigent inéluctablement de nouvelles terres. Holly Gibbs, un scientifique de l’université californienne de Stanford a prouvé, à l’aide d’images satellites, que la moitié des surfaces utilisées à ces fins provient du défrichement de zones de forêt tropicale.

 

Quoi faire?

Dans une logique simple, la première chose à faire contre la déforestation est la reforestation. En 2006, le Programme de Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) lança une campagne pour planter un milliard d’arbres chaque année dans le monde. En 2008 on arriva à trois milliards d’arbres plantés, avec une spéciale incidence en Afrique où l’Ethiopie obtient le record de reforestation avec 725 millions d’arbres plantés, suivi de loin pour le 140 millions d’arbres plantés au Kenya. Une outre organisme international, le Programme Alimentaire Mondiale (PAM) a contribué à planter cinq milliards d’arbres comme stratégie de lutte contre l’insécurité alimentaire. Il y a aussi des projets institutionnels comme l’ambitieux «Mur Vert», conçu en 2010 pour lutter contre l’avancée du désert au Sahara. L’objectif est construire un espace vert large de 15 kilomètres et long de 7.600 kilomètres entre le Sénégal et Djibouti.

Nombreux sont aussi les rencontres et conférences internationales autour des problèmes climatiques liés toujours à la déforestation. Depuis 1972 les dirigeants mondiaux se réunissent tous les 10 ans dans ce qu’on appelle Sommets de la Terre, dont le dernier a eu lieu à Johannesburg en 2002. Au niveau international les Conférences sur le climat, comme celle de Copenhague en 2009 ou celle de Cancun en 2010, essayent de trouver des accords de principe pour lutter contre le changement climatique et ses dégâts. Plus proche de nous, du 30 mai au 3 juin 2011, a eu lieu à Brazzaville (République du Congo) une Conférence qui a réuni les représentants des 32 pays qui partagent les trois grands bassins forestiers de la planète: l’Amazonie, le Congo et le Bornéo-Mékong. Dans la déclaration finale, les participants, parmi lesquels 7 chefs d’Etat africains, ont réaffirmé leur volonté de travailler ensemble pour une meilleure protection et conservation des forêts tropicales primaires.

Ces louables initiatives et rencontres provenant d’en haut, tout en étant importants, n’ont pas réussi jusqu’à maintenant à renverser la tendance destructive des forêts. Il s’impose une implication de la base, un encadrement de la population pour un usage moins destructif de la forêt et son engagement pour la reforestation. Nous tous, nous sommes responsables. Un exemple significatif est celui de la militante écologiste Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix en 2004. Fille d’un pays, le Kenya, qu’entre 1975 et 2000 a détruit 75% de ses forêts et qu’aujourd’hui ne dispose que d’un pauvre 1,7 % de surface forestière, cette femme courageuse et son mouvement Green Belt (Ceinture verte) ont planté environ 30 millions d’arbres à travers l’Afrique. C’est une invitation lancée à chaque Africain pour qu’il s’implique dans la protection des forêts : «Plantez un arbre, svp», semble-t-elle nous dire.

 

Inversions indésirables

Une autre menace pour les forêts africaines est le manque de législation sur la propriété des terres. Moins de 2% des forêts sont soumises au contrôle des localités et les Etats africains doivent être plus prudents lorsqu’ils cèdent leurs terres à des compagnies privées étrangères qui, très souvent, poursuivent leurs intérêts, sans souci environnemental.

Face à cette menace, les gouvernements africains devraient défendre le droit coutumier des populations sur les intérêts des sociétés étrangères.

On observe en Afrique un nouveau pillage: l’accumulation des terres entre les mains de groupes financiers, entreprises multinationales et gouvernements étrangers. Entre 2004 et 2010 au moins 50 millions d’hectares ont été acquis dans 20 pays africains à des prix souvent risibles. Depuis 2007, l’Ethiopie a approuvé 815 projets agricoles dans les régions de Gambela et Awasa où Dubaï a construit la plus grande serre du pays, dont la production agricole est destinée intégralement à cet émirat. Et cela malgré les famines récurrentes dont souffre l’Ethiopie. En RDCongo, la Chine a acquis 2,8 millions d’hectares pour la culture de l’huile de palme, destinée à la production de biocarburants. Des entreprises indiennes ont pris le contrôle de centaines des milliers d’hectares en Ethiopie, Kenya, Sénégal et Mozambique pour approvisionner leur marché intérieur. Afrique du Sud, Malaisie, Brésil, Arabie Saoudite, Italie ont fait des accords avec le Bénin pour développer des cultures produisant de l’Ethanol. Entre 2007 et 2010, au Sud Soudan 28 compagnies étrangères ont acquis 2,64 millions d’hectares...

Certains disent qu’en Afrique il y a beaucoup de terres non exploitées et que les nouvelles acquisitions de la part d’opérateurs étrangers apportent emploi, richesse et création d’infrastructures. La réalité est bien différente.

Selon une étude commandée par la FAO, ces acquisitions sont très nuisibles. Souvent les populations concernées sont exclues et leur droit sur la terre ignoré. En 2010, la FAO a invité les gouvernements africains à éviter la cession des terres à des groupes étrangers. Son directeur général, le Sénégalais Jacques Diouf, a qualifié cette cession comme un nouveau type de colonialisme. En réalité, il s’agit d’un vol légalisé.

 

Kike Bayo

 

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