En 635, un groupe de missionnaires de la Syrie orientale (Perse) arriva a Chang’an (aujourd’hui Xian), la capitale de la Chine des T’ang. L’empereur finança la construction de la première église chrétienne en Chine. Avec le temps d’autres églises et des monastères furent bâtis. Plusieurs textes chrétiens furent publiés, parmi lesquels «Jésus-Messie Soutra», un recueil de citations des évangiles. On fait mémoire d’un certain évêque Adam, connu pour sa maîtrise de la langue chinoise: même des missionnaires bouddhistes venaient le consulter. On dit qu’il a aidé un groupe de moines bouddhistes indiens et japonais dans la traduction en chinois de sept volumes de soutras bouddhiques.

  Cela nous offre un exemple très précoce de coopération interconfessionnelle ! Sans aucun doute, au cours de leurs pérégrinations, les moines chrétiens étaient en contact avec les zoroastriens, les bouddhistes, les manichéens, les taoïstes, les confucéens, les hindous, les musulmans et les responsables de religions tribales dans les pays habités par les Turcs, les Huns, les Mongols. Il y avait beaucoup d’emprunt mutuel. Nous trouvons certaines expressions bouddhistes et taoïstes utilisées pour bien formuler certains enseignements chrétiens. Et la communauté chrétienne continuait à croître.

 Cent ans après la mort du Prophète Mahomet (632), la moitié du monde chrétien était déjà sous la domination politique musulmane. Les chrétiens n’avaient d’autre choix que celui d’approfondir la pratique du dialogue.

On dit que le calife Mahdi, de la dynastie Abbasside, a invité le patriarche perse Timothée Ier pour un débat sur le Christ et la compréhension chrétienne de Mahomet. De deux côtés, on aborda la question très sérieusement et avec un respect mutuel. L’empereur indien Akbar

tenta lui-aussi, à un certain moment, le dialogue interreligieux.

 Vivre et travailler avec des gens de différentes confessions religieuses n’a rien de nouveau pour les chrétiens d’Asie. C’était leur seule expérience. Mais ils n’ont jamais manqué de témoigner de l’Evangile.

A partir de l’an 1000, le christianisme avait atteint les Turcs Kerait de la Mongolie et probablement la Corée et le Japon. Cependant, avec la chute de la dynastie des T’ang, tolérante, les chances de la chrétienté diminuèrent. Mais les moines de la Syrie orientale continuèrent à opérer sérieusement pour l’évangélisation. Ils ont fait ce que les moines irlandais avaient fait dans l’Ouest, en avançant pour porter le Christ dans d’autres régions et à d’autres groupes ethniques.

Porter l’Evangile à d’autre peuples ce n’est pas un sous-produit du colonialisme, ni un signe d’une mentalité de conquête, c’est un signe de l’amour des croyants pour les personnes.

Les moines syriens offraient aussi assistance médicale, pastorale et éducative aux communautés chrétiennes et aux populations avoisinantes, un peu comme les religieux font aujourd’hui dans différentes parties de l’Asie.

L’impact du monachisme chrétien sur la société musulmane était grand et il a favorisé le développement d’une tradition islamique mystique et extatique, connue sous le nom de Soufisme. Le statut de minorité de l’Eglise de la Syrie orientale dans de nombreux pays, la nécessité d’entrer en dialogue, la détermination à préserver son identité et de partager l’Evangile avec les autres malgré tous les obstacles, le grand rôle joué par les moines, tout cela offre de grandes leçons pour le travail religieux dans l’Asie d’aujourd’hui.

   Jean de Monte-Corvino, délégué du pape, affirmait d’avoir baptisé 6000 personnes chez les Turcs, à partir de l’an 1305. Puis il y avait les Mongols, tolérants, qui avaient établi un empire de courte durée, qui s’étendait du Pacifique jusqu’aux frontières de la Pologne, un véritable empire eurasien. Au cours de leur travail en Chine, les Franciscains organisèrent plusieurs expéditions missionnaires dans ce pays: en 1313, 1322 et 1342. Mais cette aventure prit fin en 1369 avec la défaite des Mongols.

 

Un point de vue injuste

Il faut admettre que, au cours des derniers siècles, pendant la période coloniale, les rivalités nationales entre puissances impérialistes ont joué souvent un rôle négatif sur les communautés chrétiennes naissantes. Cependant, nous ne pouvons pas ignorer le fait que l’Eglise en Asie aujourd’hui (sauf pour les Eglises orientales) est le fruit du travail des missionnaires, nombreux et généreux de cette période. Malheureusement, il y a une école de pensée très critique de cette époque la plus dynamique de l’histoire de la Mission: elle affirme que les efforts de l’évangélisation étaient trop liés à l’impérialisme. Il s’agit d’une façon injuste de voir les choses, car les missionnaires de cette période de l’histoire ont souvent vécu et travaillé sous plusieurs contraintes. Il suffirait de penser aux communautés chrétiennes travaillant sous des régimes totalitaires, ou des gouvernements trop nationalistes ou fondamentalistes. On ne doit pas oublier que beaucoup de nos pionniers missionnaires, durant la dernière moitié du millénaire passé, ont travaillé sous des gouvernements hostiles, des pouvoirs anticléricaux, des aventuriers sans cœur, bâtisseurs d’empires.

   En dépit des difficultés insurmontables, ces âmes héroïques pénétrèrent dans les endroits les plus inaccessibles, confrontées à des dirigeants peu accueillants, dépassèrent des barrières culturelles immenses, annoncèrent l’Evangile, construisirent des communautés, donnèrent l’écriture aux langues et des textes littéraires aux groupes linguistiques, poursuivirent des études ethnologiques, présentèrent des communautés inconnues au grand monde, créèrent l’intérêt pour des réflexions anthropologiques, intervinrent en faveur des communautés opprimées, offrirent des services dans le domaine de la santé et de l’éducation, proposèrent des réformes sociales, plantèrent des idées dans le cœur des personnes en orientant leurs sociétés vers la liberté et encouragèrent la responsabilité dans l’Eglise et dans toute la société. Ils ont lancé la réflexion théologique dans les différents contextes culturels, avec une dose édifiante d’autocritique, qui a jeté les bases de la pensée missiologique d’aujourd’hui. Nous devons être fiers de ces réalisations. Si l’Église en Asie apparaît aujourd’hui comme une force à compter avec, le crédit est dû en grande partie à ces valeureux hommes et femmes.

 

Le trésor caché

Profitant des idées des missiologues Stephen Bevans et Roger Schroeder, je tiens à tirer quelques conclusions de ce que nous avons dit plus haut: (1) la nécessité d’entrer dans le monde des autres communautés avec respect; (2) de communiquer avec des personnes d’une manière intelligible et respectueuse de la culture locale; (3) reconnaître les valeurs l’Évangile déjà présentes dans cette culture, et de poursuivre ainsi la tradition d’Origène, Justin, Cyrille et Méthode.

 «Tandis que nous témoignons de la Seigneurie du Christ, nous payons aussi le respect dû à la puissance merveilleuse de la raison humaine, de l’expérience humaine et de la culture humaine» (Bevans). Il faut écouter attentivement les cultures afin de remarquer la présence de Dieu et l’activité de l’Esprit, pour découvrir le trésor caché du Christ dans les façons de vivre les valeurs culturelles, pour appeler les cultures à réaliser leur identité la plus profonde à travers le message de l’Évangile, pour aider à répondre à leurs désirs les plus profonds. Cela signifie de continuer à apprendre tout le temps, chose que quelqu’un a décrit comme «mission à l’inverse.»

   Autrefois on parlait de ‘missio ad gentes’. Cette disponibilité à apprendre implique une ‘missio inter gentes’. Parlant de cette époque Schroeder affirme: «La collision qui s’est produite au cours du seizième siècle n’était pas seulement entre des cultures opposées, ou entre des races différentes, ce n’était pas entre les cultures ‘plus avancées’ et les cultures ‘arriérées’, ou entres peuples ‘civilisés’ et peuples ‘barbares’.

Elle était, essentiellement, entre deux états de conscience, et c’est peut-être pour cela qu’elle était si douloureuse. Les complexes coloniaux de supériorité exigent la sérénité typique de la femme/homme asiatique si on veut  s’engager créativement dans une nouvelle réflexion théologique et missiologique.»

 

Thomas Menamparampil, SDB,

archevêque de Guwahati, Inde

La première église chinoise

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Aux débuts du septième siècle, l’empereur chinois finança la construction de la première église chrétienne. Un résultat obtenu sans doute grâce à un dialogue interreligieux. Et cela continue. Pour ouvrir la tête et le cœur des Asiatiques à la foi chrétienne, certaines attitudes  s’imposent: entrer dans le monde des autres communautés avec respect; communiquer d’une manière compréhensible par la culture locale; reconnaître les valeurs de l’Évangile présentes dans cette culture.

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