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Je suis un loup parmi les loups
L’histoire ci-dessous se déroule dans un pays dont l’unité monétaire est le Mbal. « Demain, une interrogation vous tombera sur le crâne. Je vous demande de bien vouloir étudier car c’est l’unique interrogation de la période, dit un professeur pour inciter ses élèves à la corruption. » A la sortie des classes, les élèves se concertent pour fixer un montant dont chacun devrait payer au moins pour ceux qui ont l’habitude d’acheter les points moyennant des espèces sonnantes auprès du professeur. Le lendemain, très tôt ils sont dans la cour de l’école et le chef de classe joue le rôle de percepteur et totalise une somme de cinquante mille Mbals, l’équivalent du salaire mensuel du professeur. Ce dernier le rassure qu’ils auront la meilleure note de la classe. A la fin de l’interrogation, le chef de classe remet la somme perçue et la liste des élèves qui ont souscrit à l’achat des points. Le professeur est à l’arrêt du bus et monte dans un transport en commun plein comme un œuf. Après quelques heures de trajet, le bus arrive à l’arrêt où le professeur doit descendre. Il sort du bus avec une chemise mouillée de sueur. A 20 mètres de son domicile, le professeur croise une voisine. - Prof, votre épouse est partie à l’hôpital général, dit la voisine. - Pour quoi faire ? rétorque le professeur. - Votre fils cadet est tombé du manguier et s’est fracturé le bras droit. Le professeur se rend immédiatement à l’hôpital général et trouve son épouse pleurant dans le couloir. Personne ne s’occupe de son cas. Le professeur se souvient d’un médecin qu’il a connu à l’université. Il s’informe auprès d’une infirmière et cette dernière lui indique du doigt son bureau. Sans frapper à la porte, il fonce dans le bureau du médecin. - Quoi ! vous entrez comme dans une église, dit le médecin, vous connaissez la situation du pays. Il faut ‘bouger’ pour qu’on s’occupe de votre fils. Le professeur remet cinquante mille Mbals au médecin. Le problème est résolu. Le bras de son enfant est plâtré. Le professeur accompagné de son épouse et son enfant reprennent le bus pour la maison. Il est 15h 30. Le médecin ferme le bureau et prend sa voiture pour regagner son domicile. Arrivé chez lui, son épouse lui remet une correspondance dans laquelle il lui est demandé d’intervenir d’urgence pour son grand-frère incarcéré depuis une semaine au parquet général. Heureusement pour lui, le magistrat chargé du dossier trainait encore dans son bureau. - Bonjour, monsieur le magistrat. Je suis médecin à l’hôpital général et suis venu pour le cas de mon grand-frère. - Que voulez-vous alors ? demande le magistrat. - Chef, pouvez-vous faire quelque chose pour lui ? - Sois clair, enchaîne le magistrat. - J’ai ‘votre bière’ si vous pouvez le relâcher. Le médecin remet cinquante mille Mbals au magistrat. Et le grand-frère du médecin est relâché. Quelle joie ! s’exclame le magistrat. L’argent m’est tombé du ciel. Arrivé chez lui, après quelques minutes, il a la visite du petit-frère de sa femme. -Beau-frère, dit le garçon, vous savez que depuis cinq ans, je suis au banc des chômeurs. Je viens de parler avec un chef du personnel. Celui-ci me demande l’argent pour m’embaucher. Il m’a rassuré que si je lui donne l’argent cette nuit, demain déjà, je pourrai commencer à travailler. - Combien t’a-t-il demandé ? interroge le magistrat. - Cinquante mille Mbals, répond le garçon. Malgré lui, le magistrat remet la somme demandée à son beau-frère. Ce dernier court vite chez le chef du personnel. - Excusez-moi de vous déranger. J’ai trouvé ce que vous m’aviez demandé. Il remet cinquante mille Mbals au chef du personnel. - A demain, au service, dit-il. Très contente, l’épouse du chef du personnel s’empare de la somme d’argent. Elle avait besoin d’argent pour payer ses bijoux en or. Car dans deux jours, le plus jeune de ses enfants recevra la première communion et l’aîné recevra la collation en jurisprudence. Quelqu’un frappe à la porte. La femme du chef du personnel ouvre la porte et voit un policier. - Bonsoir, madame. - Bonsoir, monsieur. - Votre mari est là ? - Pourquoi le cherchez-vous ? rétorque la femme. - J’ai un mandat d’arrêt pour lui. Il est attendu au parquet général. La femme rentre dans la maison et glisse cinquante mille Mbals dans une enveloppe. En sortant, elle sourit et remet l’enveloppe au policier. Les cinquante mille Mbals dans la poche, le policier rentre avertir le commandant que l’intéressé a fait un voyage de cinq mois en Europe. On dirait que c’est le sport le plus pratiqué : tous trompent tous et comme ça tout le monde espère trouver de quoi vivre ou survivre.
Longin Kizobo Langh
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Le Printemps |