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Marie Joséphine Benvenuti (Zeinab Alif), généralement appelée « la Moretta » (petite Noire), née au Soudan vers 1845-46, enlevée par des marchands d’esclaves à l’âge de 8 ans, rachetée peu de temps après et amenée en Italie où elle fut confiée aux Pauvres Clarisses de Belvedere Ostrense (Ancône). À l’âge de 30 ans, elle fut acceptée dans la communauté des Pauvres Clarisses. Quelques années plus tard elle sera nommée abbesse : charge dans laquelle elle manifestera la richesse de sa personnalité: sagesse, compétence, générosité, accueil. Elle mourut à l’âge de 80 ans.
«Va-t-en!, Zeinab, va-t-en! Les marchands!», cria un garçon. C’était trop tard. Deux hommes, sortis d’un buisson, rapides comme des serpents, se ruèrent sur les trois enfants en train de jouer à quelques pas de leur hutte. «Ne cries pas, je vais te couper la tête!», hurla le marchand, tenant la gorge de Zeinab, une fillette d’environ 8 ans. Ils trainèrent en courant les trois petits, les chargèrent sur des chevaux qui attendaient à quelques centaines de mètres et disparurent derrière la colline. Avant la nuit, ils arrivèrent à un endroit où des chameaux les attendaient. Ils prirent la direction du désert. Les trois enfants étaient attachés sur des chameaux différents. Zeinab n’avait plus la force ni de crier ni de pleurer. Finalement, pendant une étape, elle s’endormit. Au réveil, le matin, elle se retrouva dans une cabane pleine de monde. Des gens qui criaient et pleuraient, tous attrapés les jours précédents dans les villages de la région. Blottie dans un coin, terrorisée, Zeinab regardait dans le vide, en se demandant où étaient sa sœur et son frère. Elle ne les verra plus. Leur enlèvement avait été perpétré dans un village du Kordofan, une région au cœur du Soudan, un après-midi. Les vagues et douloureux souvenirs qu’elle gardera dans son âme pour le reste de sa vie, lui permettront, plus tard, d’établir avec suffisamment de certitude que tout s’était passé en 1853-54. Très vite une longue caravane était formée. Les prisonniers furent enchaînés avec leurs têtes bloquées dans un ‘caîga’, une planche horizontale autour du cou, qui les empêchait de s’arrêter ou de s’enfuir. Ils marcheront pendant des mois et des mois, jusqu’à atteindre d’abord El Obeid et puis, Khartoum et Le Caire. Des marchés, où ils ont été exposés, examinés, appréciés, vendus.
Un jour Zeinab ne sera jamais en mesure d’expliquer comment elle avait pu parcourir plus de 2.000 miles, d’abord à pied et puis sur une barque remontant le Nil jusqu’au Caire. Le soleil implacable, la soif, les coups de bâton lorsqu’on marchait plus lentement que les autres, les morts qu’on abandonnait là où ils tombaient, c’était l’apanage de tous les jours. Dans la capitale égyptienne, elle passa d’un propriétaire à l’autre. Un parcours infernal. «C’était la main de Dieu qui me conduisait à travers toutes les difficultés et qui m’a sauvée» dira-t-elle plus tard. Un jour, Zeinab vit passer devant la maison où elle habitait, un homme habillé en noir. Derrière lui, une dame accompagnée d’un petit groupe de fillettes. Il salua Zeinab. Celle-ci le regarda, silencieuse, intimidée, craignant qu’un autre changement de maître s’annonçait. L’homme en noir la salua de nouveau et lui demanda: «Quel est ton nom?». Elle répondit: «Mon nom est Zeinab et mon père s’appelait Alif». Il lui expliqua, en arabe, qu’il visitait des marchés d’esclaves pour y racheter des fillettes comme elles, les libérer, leur donner la possibilité d’apprendre à lire et à écrire, à connaître Dieu. Il s’appelait Nicolas Olivieri. Italien, prêtre, il avait fondé une Association qui s’occupait de la libération de filles esclaves, les conduisait en Europe et leur donnait une éducation solide. Zeinab, silencieuse, regarda longuement les filles qui le suivaient, libres et joyeuses, et qui se préparaient au grand voyage. Finalement elle dit: «Oui! Mais il faut que mon patron accepte de me vendre». L’abbé Olivieri alla voir le patron: «Qu’est-ce que vous demandez pour Zeinab? Je suis prêt à l’acheter. Mais je ne peux pas vous donner plus de 3 sterlings». «Quatre ou rien! Vous ne pouvez pas trouver une fille comme celle-ci à moins de 5 sterlings». «Faisons 3.50», dit l’abbé. «D’accord. Donnez-moi 3 sterlings et demie et prenez-la».
Une vie nouvelle A son arrivée en Italie, Zeinab sera confiée à la communauté des Sœurs de Sainte Claire, de Belvedere Ostrense (Province d’Ancona), pour une première formation humaine et chrétienne. Baptisée le 24 septembre 1856, avec le nom de Marie Joséphine, elle sera adoptée par la noble famille des Benvenuti. Ayant une prédisposition spéciale pour la musique, Zeinab M. Joséphine, devint vite une excellente organiste, jusqu’à surpasser son professeur pour la technique parfaite et une exécution originale et pleine d’inspiration. Les liturgies accompagnées de la musique de la sœur ‘Moretta’ (=la petite Noire) attiraient des musiciens fameux et foules de fidèles. Le contact quotidien avec les religieuses fait naître en elle le désir d’embrasser cette vie. Mais elle ne peut pas le réaliser, car des lois fixées par le nouveau gouvernement de l’Italie indépendante et plus laïque que jamais, défend aux monastères d’accepter de nouvelles candidates. Ce n’est qu’après 18 ans d’attente, en décembre 1874, qu’elle pourra prendre l’habit religieux, et deux ans plus tard faire sa première profession. En 1894, elle passa avec sa communauté dans le monastère de Sainte Marie Magdeleine à Serra de Conti où, dans les années suivantes, elle fut nommée maîtresse des novices, travail dans lequel elle donnera un exemple très grand de sagesse et de capacité éducatrice. En 1910, elle fut élue, à l’unanimité, Abbesse du monastère. De 1916 jusqu’à sa mort, elle fut aussi gardienne et cela lui permit d’entrer en contact avec beaucoup de personnes, qui l’appréciaient pour ses qualités humaines et religieuses. Devenue aveugle, elle ne perdit pas sa sérénité et son désir de communiquer à ceux qui frappaient à la porte du monastère désireux d’entrer en contact avec elle, sa confiance en Dieu. Elle mourut le 24 avril 1926. Les catholiques du Soudan du Sud ont accueilli enthousiastes la nouvelle que le Saint-Siège a reconnu, le 27 juin dernier, l’héroïcité des vertus de cette compatriote. Un décret qui ouvre la voie à la béatification de la servante de Dieu Marie Joséphine Zeinab, en cas de miracle authentifié et dû à son intercession. G.L. |
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L’esclave Marie Joséphine Benvenuti (Zeinab Alif) |
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Je t’ai choisi |
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