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Que leur vie soit racontée |
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La guerre éclata le 4 février 1961, avec le meurtre de 2.000 Blancs et les représailles de la part du pouvoir colonial: 10.000 morts et des centaines de milliers d’Angolais réfugiés au Congo. Les affrontements entre forces rebelles et armée portugaise causèrent, surtout dans les régions du Nord, des dégâts et des souffrances sans nombre. Les missions catholiques, notamment celles des Capucins, connurent des jours difficiles. Les chrétiens furent soumis à des pressions de tout genre et forcés à accepter même la parodie d’un nouveau baptême. On les regroupait tout près d’un cours d’eau et on leur infligeait des leçons de rééducation: «Le Congo est à nous, la terre est à nous, les fleuves sont à nous, les forêts sont à nous, l’Afrique aux Africains, le Congo et l’Angola aux Congo-Angolais». Après quoi, on leur aspergeait la tête et les bras, dans le but de les immuniser contre les balles des ‘Blancs’ et les fortifier pour la lutte qui les attendait. Ceux qui n’acceptaient pas, étaient considérés comme «ennemis». Des choix difficiles, surtout pour les catéchistes et les responsables des communautés, accusés par les autorités coloniales d’être de connivence avec les rebelles. Nombreux furent les catéchistes tués. A Kiculungo, par exemple, «ils furent plus de trente: deux tiers exécutés par les Portugais et un tiers par les rebelles».
Ce récit de José Kahango, enseignant et catéchiste à Negage, permet de mieux comprendre la situation de violence qui s’était créée. «Un jour, ils sont venus m’arrêter et, après un bref interrogatoire, ils m’ont mis en prison. Nous étions nombreux et plusieurs prisonniers furent sauvagement torturés. Un soir, vers onze heures, on nous a chargés dans un camion et conduits au-delà du terrain d’aviation, à mi-chemin entre Kamabatela et Migna. Nous étions sûrs qu’on nous amenait à la mort. J’ai sorti mon chapelet et j’ai commencé à prier. La peur était si grande que je n’arrivais qu’à dire Ave Maria, Ave Maria… Ils nous donnèrent l’ordre de descendre et de nous mettre en rang. Une voix retentit: «Êtes-vous prêts?». Une autre répondit: «Oui, ils sont prêts!» Un petit phare éclairait l’endroit où nous étions. J’ai dit encore une fois: Ave Maria! Une rafale de mitraillette nous jeta tous au sol. Une balle était entrée dans mon côté droit. Ils s’approchèrent pour voir si nous étions morts ou non. Ils me tirèrent un autre coup au dos, à la hauteur de la ceinture. J’ai senti une douleur atroce, mais, je l’ai découvert plus tard, la balle n’était pas entrée. Face à terre, je ne bougeais pas, je ne respirais pas. Et pourtant, je sentais que j’étais vivant».
La signature des accords d’Alvor, au Portugal, le 15 janvier 1975, et la création d’un gouvernement de transition, semblèrent arrêter les violences. À peine sortie d'une guerre de libération nationale qui l'avait laissé épuisée, en 1975 l'Angola opta pour l’option marxiste. Petit à petit, le pays s'enfonça dans un conflit fratricide. D'un côté, le Mouvement Populaire de la Libération de l'Angola (MPLA), parti créé par le héros de l'indépendance, Agostinho Neto. De l'autre, l'Union pour l'Indépendance Totale de l'Angola (UNITA), dirigée par Jonas Savimbi. Ce n’est qu’en 1991 que le cessez-le-feu mettra fin à la guerre et bien plus tard, en 2002, avec le meurtre de J. Savimbi, que se termineront les combats entre troupes régulières et guérilla. Bilan de quarante ans de violence: un million de morts, 4 millions de déplacés. "Que le souvenir de tant de vies humaines sacrifiées puisse accélérer les temps du renouveau et de la concorde! Toutes les vies… Celles d'hier, tombées victimes du manque de clémence des voyages et du climat, ou des incompréhensions humaines. Lors de ma visite pastorale, votre Commission Justice et Paix prépara une liste de chrétiens kidnappés, torturés ou assassinés, durant les années 1960-1991. Ému, j'ai relu, ces noms. C’étaient des gens qui appartenaient à différents niveaux de l'Église, provenant des différents coins du pays et beaucoup de l'étranger. J'aimerais bien que leurs communautés puissent se glorifier de ces personnes et les imiter dans le courage et leur témoignage de vie chrétienne. Que soient racontés, selon la bonne tradition africaine, leurs actes glorieux".
Alvaro Carlos de Andrade Baptista + 1961 Né à São Salvador, le 9 mai 1909. Élève interne à l’école de la mission S. Salvador, où il apprit aussi la menuiserie. Il épousa Catarine Martins, en 1930, ses noces furent bénies par le P. Daniel Simões Ladeiras. Invité par le P. Manuel Saganha, il a travaillé comme catéchiste et menuisier à Maquela jusqu’en 1936. Peu après, toujours avec le P. Saganha, il alla fonder la Mission de Sanza Pombo, où il continua comme catéchiste et enseignant, jusqu'à la remise de la mission aux Capucins, en 1957. Quelques mois plus tard, il se transféra avec sa famille dans une ferme, tout près du fleuve Fupa. Tout se passait bien, jusqu’à l’éclatement des premiers troubles, en 1961. Carlos s’aperçut que le secrétaire de l’administration de S. Cruz convoitait Rosaria, sa nièce et filleule. Carlos désirait pour Rosaria un mariage, régulier, alors que l’aspirant à la main de la fille était d’un tout autre avis. En mai 1961, Carlos et sa famille se trouvaient à S. Cruz, avec d’autres fermiers qui s’y étaient réfugiés pour échapper aux attaques des partisans de l’UPA. Voyant que les vivres étaient désormais insuffisants, Carlos demanda à l’administrateur l’autorisation d'aller chercher de la nourriture à la ferme. Le secrétaire envoya, en cachette, des tueurs avec la consigne d’attendre Carlos au fleuve Cuvo. Au retour, lorsque Carlos arriva au fleuve, les bandits tirèrent sur lui et le tuèrent. Ils jetèrent son corps dans l'eau. Les chrétiens de Sango se souviennent encore des instructions en kikongo et des séances de prière pendant le mois de mai, dirigées par Carlos. Tout le monde en parle en bien. C’était un homme assidu à la prière.
Bernardo Pasquale Calundungo Sebastião 04.01.1999 Catéchiste de Bange Castelo Alfonso Paulino + 22.04.1961 Da Conceiçao José +Mars 1961 Da Silva Antonio + 1961 Francisco Sebastião Antonio Josefa Paulino Lopes Antonio + 1961 Lopes da Gama Edouardo + Avril 1961
Magalhães Antonio Pedro Il était né à Makela do Zombo, Province de Uíge. Marié avec Maria Alberta Valmor, originaire de Damba, Province de Uíge. Père de sept enfants (cinq filles et deux garçons). Chrétien exemplaire, il fut un grand évangélisateur. Partout où il se trouvait, il annonçait la parole de Dieu, à tel point que les gens l’appelaient parfois, avec un brin d’ironie "Père sans soutane". Ce que les gens disaient de lui ne l’intéressait pas tellement: son objectif était de faire connaître l’Évangile de Jésus-Christ à ses amis et à ses voisins. Même au prix des moqueries ou des insultes. Il a aussi donné sa contribution dans le domaine de l’éducation en apprenant à lire et à écrire aux ouvriers qui travaillaient au service de l’État et de la Mission de Damba et, en tant qu’aide infirmier, on le trouvait souvent au dispensaire de la Mission. "Ce fut au dispensaire - raconte un témoin - que j’ai pu constater directement la foi profonde et la charité de maître Magalhães. Il m’a soigné plusieurs fois et toujours avec une grande amabilité. Les soins à la multitude de malades étaient toujours accompagnés d’une petite catéchèse". Couturier apprécié et habile, il préparait les habits des autorités civiles et des prêtres. Chaque fois qu’il confectionnait un habit pour lui-même, il en faisait un deuxième du même tissu pour son épouse. Il se préoccupait beaucoup de sa famille. Le dimanche, ils venaient à l’église tous ensemble et bien habillés. À toute sa famille, il a appris la dévotion au S. Cœur de Jésus et la pratique du premier vendredi du mois. La Providence a permis que son arrestation arbitraire ait lieu le 7 avril 1961, premier vendredi du mois. Lorsque les rebelles de l’UPA attaquèrent la région, Pedro s’opposa à l’idée de se sauver dans le Congo voisin: il craignait que ses enfants ne soient pas en mesure de parcourir la longue route jusqu’à la frontière. Á cause de l’insécurité croissante, les Sœurs de la Miséricorde décidèrent d’interrompre leurs activités à la mission et de se réfugier à Luanda. Avant de partir, elles confièrent à Pedro l’école et leurs structures sanitaires. Arrêté par les sbires de la PIDE le 7 avril, Pedro fut tué dans sa terre d’origine, Makela do Zombo. Il était l’un des rares catéchistes capable de traduire en kikongo les homélies du célébrant portugais. Les gens étaient contents et disaient "le Vieux, il connaît!" Il était un homme pacifique, toujours souriant. Il n’avait que 43 ans.
Makiesse
Maria Adriano
Miguel José Francisco + Mars 1961 Connu de tout le monde comme Mestre Sousa. Sousa était son nom de famille qui n’avait jamais été enregistré dans les documents. Il travailla comme catéchiste pendant 30 ans à Kasseno Golungo Alto (Mission Salazar, aujourd'hui Ndalatando). Sa maison se trouvait au bord de la grand-route Luanda-Malange, dans une petite plantation de café. Marié avec Maria João Augusta qui lui avait donné six enfants. Elle mourut prématurément, à cause des tensions provoquées par les tracasseries dont son mari était l'objet de la part des forces de l'ordre. En effet, les autorités coloniales le soupçonnaient de sympathies pour les mouvements indépendantistes. Un matin, alors que la lutte pour l'indépendance était déjà commencée, des soldats portugais armés, se présentèrent chez lui. Mestre Sousa était assis devant la porte de sa maison et récitait son rosaire. Il était très préoccupé par les nouvelles des désordres qui secouaient le nord du pays où se trouvait, pour raison d'études, un de ses fils. Après l'avoir arrêté, les soldats fouillèrent la maison et détruisirent certains papiers. Avec lui, fut aussi arrêté son fils Augusto. Ils furent chargés dans un camion et conduits à Vila Cambondo. Durant le trajet d’une dizaine de kilomètres, il fut frappé à plusieurs reprises. Des femmes qui étaient sur la route ont vu qu'un soldat brisa le chapelet qu'il tenait en main. Il fut enfermé dans le dépôt de la gare du chemin de fer. Les tâches de sang sur les murs montreront qu'il a été torturé. Mort probablement au cours du mois de mars 1961. Puisqu’on venait de baptiser son neveu au nom de Paixão (Passion), on pourrait conclure que son supplice a eu lieu durant Semaine sainte. Il avait environ 60 ans. Mestre Sousa n'avait jamais manifesté un intérêt quelconque pour la politique. Dans la communauté chrétienne, il était un homme très estimé. On ignore tout de sa fin ainsi que de celle de son fils Augusto
Mpaxi João Baptista + 22. 04.1961
Ngombo Pedro + 1961
Rodrigues Carlos
Rodrigues Joaquim + fin Avril-début Mai 1961
Samalinha Agostinho José + 04.01.1999
Zua Luiz |