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Que leur vie soit racontée |
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Acacio Mañé
Novembre 1959. Acacio Mañé rentrait de la chasse à l’éléphant lorsqu’il fut appelé par le chef de la police de Bata. Avant d’aller au bureau de la police, Acacio passa saluer le curé, P. Nicolas Preboste, religieux clarétain, son ami et son conseiller. - Je viens de la zone de Rio Campo où il y a des éléphants. J’aime beaucoup ce genre de chasse, dit-il. Mais je me demande pourquoi le chef de la police veut me voir. Ces derniers jours j’ai remarqué la présence de certains individus qui semblaient suivre mes traces et qui questionnaient les gens sur des propos qu’on m’attribuait. - Est-ce que c’est la première fois que le chef de la police vous appelle? - Non. Chaque fois que je rentre de la chasse aux éléphants, il m’invite chez lui. On prend un verre, on parle de la chasse et de ses résultats. Ils se séparèrent. Acacio entra à l’église pour une courte prière, puis se dirigea vers l’habitation du chef de la police. On ne le reverra plus. Mariana, son épouse, l’attendit en vain. La police espagnole le donna comme ‘disparu’. Trois mois plus tard, des parents d'Acacio et des habitants de Ndjakom demandèrent au curé une Messe pour le repos de son âme. La grande foule présente à cette célébration eucharistique dans la Cathédrale de Bata sembla confirmer l’idée que la disparition d’Acacio n’avait pas été ‘accidentelle’. Le Procureur Général de la Colonie mena une enquête dont les conclusions restèrent secrètes. Six ans plus tard, le Procureur, excellent chrétien, dit un jour au curé: "Vous, Père, vous ne m'avez jamais rien demandé à propos de la disparition d'Acacio". Le P. Preboste lui répondit: "Vous savez, j’aimerais bien connaître la vérité". Le Procureur lui révéla alors que les gardes civiles avaient arrêté Acacio au sortir de la maison du chef de la police. Il fut emmené dans une Jeep jusqu’à la Garde territoriale. Deux ou trois jours plus tard, il fut transporté au large pendant la nuit dans une vedette du Port de la ville. Il est probable qu'ils ont tiré sur lui, mais ceci n'a pas été confirmé. Après lui avoir attaché une grosse pierre au cou, ils l’ont jeté dans la mer. Ainsi est mort Acacio Mañé. Son crime? Il était accusé de battre campagne pour l'indépendance de son peuple. Les responsables de sa mort n’ont jamais été inquiétés. Mañe Elá avait quinze ans, en 1919, lorsqu’il fut admis au Collège de la Mission de Bata. Élève laborieux et doué, il fut reçu au baptême en 1922 et prit le nom du responsable de la Mission, P. Acacio Ferraz. Promu enseignant, il se dévoua entièrement à cette tâche. «Je voudrais faire quelque chose pour nos paysans de Ndjakom – disait-il – et pour le Christ». L’accueil de la communauté chrétienne ne fut pas enthousiaste au départ, surtout de la part des personnes âgées qui ne pensaient, eux, qu’à leur catéchiste disparu, Miguel Itemi. Les jeunes cependant, l’appréciaient et l’aidèrent dans la construction de la première chapelle en bois. Les catéchumènes étaient nombreux et, petit à petit, l’attitude des vieux changea. Acacio visitait aussi les villages environnants, Ndama, Ntobo, Mbiralén et d’autres. Sa catéchèse était attrayante et les paysans parcourraient de longues distances à pied pour aller l’écouter. Lorsque la chapelle de Ndjakom devint trop petite, il s’engagea dans la recherche des moyens nécessaires pour en bâtir une plus spacieuse qui fut bénie le 24 août 1930. Vingt ans plus tard, elle se révélera encore insuffisante et en 1953 l’Evêque, Mgr Leoncio Fernández, se rendra à Ndjakom pour bénir la première pierre d’une nouvelle église plus solide et plus grande. Un projet qui verra Acacio investir généreusement, une fois encore, ses énergies. Il œuvrait aussi au sein de la Commune de Bata et dans les bureaux du ‘Patronat des indigènes’. Même si, à un certain moment, il dut renoncer à l’enseignement du catéchisme, il resta très attaché à l’Eglise et à la pratique religieuse. Jusqu’à la fin. |