Que leur vie soit racontée

Madagascar

Botovasoara Lucien

 

Gagné au Christ et baptisé pendant l'adolescence, Lucien Botovasoara devient instituteur et enseigne le catéchisme à l'école de la mission de Vohipeno. Tertiaire franciscain, il se donne pleinement à son métier, à sa famille et à son Eglise. Une vie simple d'un homme simple qui a découvert la foi chrétienne et s'y est donné de toute son âme!

Au printemps 1947, une insurrection nationaliste éclate à Madagascar. Elle s'en prend à tous ceux qui paraissent - à tort ou à raison - "complices" du colonisateur. Les missions catholiques sont particulièrement visées. Lucien est menacé. Il se cache, mais quand il apprend que les missionnaires ont dû s'enfuir pour sauver leur vie, il rentre au village et propose aux catholiques et aux protestants de prier pour que la paix revienne. Respecté de tous, on vient lui demander conseil en ce temps d'angoisse et de trouble. Pour les chefs de la rébellion, il gêne, car son rayonnement le rend très populaire. Le soir du Jeudi Saint 1947, une "assemblée" est convoquée. Lucien est invité à se joindre à la rébellion. On lui propose même un poste important. Lucien répond qu'en âme et conscience, il ne peut se joindre à un mouvement qui brûle des églises, fait enlever les croix des maisons, arrache les médailles au cou des croyants et pratique la violence contre la population.

En tant que chrétien et petit frère de Saint François, il ne peut pas accepter les violences, les condamnations à mort, les exécutions sommaires. Mais il ajoute: qu'on ne s'y trompe pas, lui, Lucien, n'est pas contre l'indépendance de sa patrie, au contraire.

Alors l'Assemblée se transforme en "tribunal populaire" et après avoir en vain essayé de le faire changer d'avis, décide de le condamner à mort. Lucien demande: "Pourquoi voulez-vous me tuer?".

On lui répond: "Parce que tu es chrétien".

"Alors, vous pouvez le faire, je reconnais". Et, s’adressant au président du tribunal populaire: "Un jour, tu auras besoin de moi et je serai là près de toi pour t'assister. Je te le promets".

Les bourreaux conduisent Lucien Botovasoara sur le terre-plein où l’on abat les bœufs, au bord de la rivière Matitanana. Il prie tout le long du parcours jusqu'au lieu du supplice et demande encore quelques minutes pour achever sa prière. Un témoin racontera: "J'étais près de lui, j'ai bien entendu sa prière. Il disait: Mon Dieu, pardonne à ces frères, car il leur est dur d'accomplir ce devoir à mon égard. Que mon sang tombé en terre sauve ma patrie". Il est tué.

Dix-sept ans plus tard, alité et mourant, un vieil homme du village de Vohipeno fit appeler un prêtre. L’homme confessa: "C'est moi qui ai fait exécuter Lucien Botovasoara. Il m'a promis d'être auprès de moi quand j'aurai besoin de lui. Je sens qu'il est présent. Peux-tu me baptiser?"

Le prêtre le baptisa et le vieil homme mourut peu après.

Aujourd'hui, non loin du lieu où Lucien Botovasoara a connu le martyre, un village de handicapés et d'exclus a vu le jour, à l'initiative d'un Lazariste français, sans nul doute le fruit du bon grain jeté en terre.