Que leur vie soit racontée

R.D.Congo

Mazaliya, Bondo

 

Sina Elisabeth, Songoli

 

Les années 1960

Le 30 juin 1960, le Congo Belge devint indépendant. Au cours des années suivantes, le pays connut une rébellion armée qui, à partir de la province du Kwilu, s’étendit dans l'Est. Très vite le mouvement, parti d'Uvira et d'Albertville (Moba), déferla sur Kasongo, Kindu et Stanleyville (Kisangani). Une partie de l'ex-province du Kivu-Maniema et la totalité de l'ex-province Orientale tombèrent aux mains des rebelles. Le jeudi 4 août 1964, ceux-ci prirent le contrôle de Stanleyville. "Il était exactement 14h00, lorsque des coups de feu éclatèrent à travers toute la ville. Infiltrés depuis déjà quelque trois jours, les Simbas (rebelles) surgirent de partout, surprenant ainsi la défense de l'armée gouvernementale. C'est ainsi qu’ils devinrent maîtres de la ville de Stanleyville. Le 15, ils arrivent à Wamba et le 25 à Mungbere. Le 7 août a lieu la proclamation de la République Populaire, avec Gbenye Christophe comme président.

Immédiatement, c'est le début d'un massacre mémorable. Parmi les premières victimes dans la capitale de la province orientale: Balepe, le secrétaire provincial, Musanga Jules, Mundeke Augustin, Sabiti Mabe, Alfred Boningoli, Yaleko Marcel, Zambite, tous notabilités de la ville. Ils ont été cueillis à froid chez eux et fusillés ou égorgés.

Ce n’est que plus tard que les tueries "théâtrales" vont commencer. Tous les matins, les gens étaient obligés d’aller «applaudir» le massacre des leurs. Les victimes étaient  issues de l'élite intellectuelle que comptait Stanleyville, car la caractéristique marquante de la rébellion Simba était l’élimination physique des têtes pensantes des régions conquises. «Ce sont des PNP (Parti National pour le Progrès) soutenus par les Belges», disaient les Simbas en guise de justification Mais c'est l'exécution de Kokonyange Georges, ministre provincial de l'Intérieur, qui va le plus secouer Stanleyville".

Gagnés par leur folie communarde, les rebelles fusillaient ou déchiraient à coups de machette les personnalités les plus marquantes des Azande de la région de l'Uélé.

"A Stanleyville, chaque jour, plusieurs dizaines de Congolais étaient exécutés, surtout devant le monument érigé à Patrice Lumumba. Les corps sont mutilés, les cadavres restent exposés. Après quelques semaines, les autorités rebelles s'opposent à ces massacres en pleine ville. Dorénavant, les tueries devront avoir lieu à la périphérie de la ville, sur le bord de la rivière Tshopo. Ainsi, les cadavres pouvaient facilement être jetés à l'eau. D'après un fonctionnaire rebelle, 4.500 personnes auraient été tuées à Stanleyville pendant ces quatre mois d’occupation". "Dans le diocèse de Kasongo, 35 enseignants ont été tués". "Des prêtres, des religieuses, des laïcs sont morts dans des circonstances qui, plus d'une fois, permettent de les considérer comme de vrais confesseurs de la foi ou très simplement comme de bons pasteurs qui ont donné leur vie pour leur troupeau".

"Qu'il y ait eu au Congo d'horribles scènes de cruauté, le monde ne le sait que trop. Mais à côté de ces excès, les réfugiés ont rapporté aussi le récit de scènes plus consolantes et qui, parfois, font penser aux temps des premiers chrétiens.

Un chef de village a été enterré vivant pour avoir refusé de remettre les biens d’une paroisse aux insurgés… Un colonel rebelle a été exécuté par des hommes drogués pour s’être opposé à des brimades aux prisonniers. Les réfugiés à Léopoldville (Kinshasa) attestent que parmi leurs gardiens, il y a eu quelques hommes de bonne foi qui, au risque de leur vie, enfreignaient parfois les consignes en leur facilitant un traitement plus humain et qu'il y a eu aussi des chefs rebelles qui manœuvraient leurs troupes de façon à sauver certains prisonniers du massacre".

 

 

Lunza Albert, Batama - Bafwasende

Parmi les missions fondées par les Prêtres du S. Cœur, au début du 20è siècle, il y avait celle de Batama-Bafwasende, à environ 200 km de Kisangani, sur la rivière Lindi. Les prêtres y résidèrent à partir de l'année 1930. En 1960, le catéchiste en chef à la paroisse était Albert Lunza. Il était aussi directeur de l'école. Le témoignage ci-après est apporté par sa fille, Sœur Marie-Bénédicte Dorothée Lunza. Laissons-la parler.

"Mon père, Albert Lunza, est né à Avakubi, de Michel Lunza et de Dorothée Inyongobi, des catholiques mariés à la paroisse de Batama (Avakubi). Le grand-père, Michel, priait beaucoup et aidait les prêtres de la paroisse. Il présidait la prière des chrétiens après avoir sonné la cloche le matin, à midi et le soir.

Des douze enfants que lui avait donnés Dorothée, seulement deux survécurent: mon père Albert et sa sœur Angèle.

À son tour, mon père, marié religieusement à Elizabeth Asha, a eu dix enfants: Dorothée, Matthieu, Angèle, Anne-Marie, Jean-Marie, Jacqueline, Louise, Michel, Charles, Marie-Thérèse Albertine. C’était un papa exigeant, très soucieux de l’éducation de ses enfants. Un modèle dans le genre! Il nous apprenait à prier et nous parlait souvent de la vie de Jésus. Nous partagions le repas ensemble. Parmi ses grandes qualités, on observait notamment la douceur, l'humilité, la persévérance, la politesse, l'esprit de prière, la fidélité à sa carrière d'enseignant, le courage, la ponctualité... Il enseignait le catéchisme aux enfants. Accompagné de sa femme, il était chaque jour à la Messe et, dans la journée, il faisait son chemin de croix. Un jour, il lui a été posé une question sur cette dévotion au chemin de la croix. «Ignorez-vous, avait-il répondu, la lourde responsabilité que Dieu m’a confiée? Je le fais afin que Dieu qui m’a donné autant d’enfants me montre lui-même la voie à suivre pour Lui rester fidèle»".

Sentant approcher l’invasion de la rébellion les missionnaires prirent la décision de s'éloigner de Batama Bafwasende. En partant, ils confièrent à Albert l'église, l'Eucharistie, la résidence, enfin, toute la mission. Ils seront arrêtés, emprisonnés et tués plus tard. Albert fit de son mieux pour assurer la vie religieuse de la communauté. Un jour Ngalo, le chef des Simbas, lui exprima sa volonté de vouloir prendre une de ses filles. Mon père refusa. La réaction de Ngalo fut immédiate: il arrêta Albert, sa femme et tous leurs enfants. Au cachot, Albert continua à distribuer l'Eucharistie à sa famille et l’encourageait dans la prière. Leurs geôliers  restaient ébahis devant une foi aussi inébranlable.

Quand le chef simba se présenta pour prendre Albert et l'exécuter, en chœur, sa femme et les enfants refusèrent de se séparer de leur chef de famille. Ils dirent: "Nous voulons mourir ensemble"! Albert intervint, encourageant son épouse à rentrer à la maison avec les enfants. Il proposa que seuls Matthieu et Jean-Marie restent avec lui, pour représenter la famille devant le Seigneur.

Au bout de quelques jours, tous les trois furent escortés jusqu'au pont de la rivière Lindi. Pour les Simbas, il était question de ne tuer que papa Albert, mais les deux enfants protestèrent avec force: "Nous voulons mourir avec notre papa." Ils prièrent encore un peu ensemble, puis furent fusillés, l'un après l'autre. Leurs corps furent jetés dans le Lindi.

 

Mbelabuni Flavien, Idiofa

«Vivait à Laba-Impini un jeune menuisier, de formation non pas scolaire, mais purement villageoise. Il était très ouvert d'esprit, et en contact avec les pères itinérants; il leur rendait souvent visite au séminaire. Il aimait discuter, interroger, s'instruire. Désabusé comme tous les villageois par les fallacieuses promesses liées à l'indépendance du pays, il n'était pourtant pas découragé.

Il parvint à se convaincre que pour s'en sortir et progresser, il fallait agir par ses propres forces, sans attendre d'hypothétiques aides de l'Etat ou d'ailleurs. Meneur né, Flavien communiqua son zèle à plusieurs amis et connaissances de son village et des villages voisins. Peu à peu, se constitua un noyau de «13 apôtres», un groupe qui prendra le nom de "Savoir-Vivre", signifiant par là la pratique de bonnes habitudes et de bonnes relations sociales et la recherche du mieux être  qui permettent, à la jeunesse, d'envisager l’avenir sous de meilleurs augures.

Les treize premiers apôtres avaient chacun un 'nsiku', un 'commandement, un domaine' qu'il devait développer devant ses amis lors des réunions et mettre en exécution le cas échéant:

1. le respect de  Dieu et la fidélité à sa foi.

2. le respect et l’amour d'autrui

3. l’art de commercer

4. l’art de conserver l'argent

5. la lutte contre l’orgueil

6. l'accueil des étrangers

7. l’harmonisation entre la vie moderne et les règles des anciens

8. les questions relatives au mariage

9. la politesse dans le boire et le manger

10. les règles de propreté et d'hygiène

11. comment vivre en famille

12. comment élever du petit bétail

13. comment organiser son travail

Loin d’être un traité de morale, ce «savoir-vivre» était plutôt un code de points insistants sur un vie villageoise bien menée, axée sur le développement communautaire rural. Il y entrait beaucoup de bon sens, de sagesse ancestrale, un souci de dignité, une recherche d'harmonisation entre les coutumes traditionnelles et les nouveautés de la vie moderne.

L'ardeur des jeunes gagna les adultes et les vieux. Dès janvier 1962, commença une 'école' pour jeunes gens et adultes. A Laba-Impini, un local en matériaux trouvés sur place fut construit en forme de croix grecque, destiné à diverses réunions et au culte dominical. Un dispensaire, un atelier d'apprentissage en menuiserie, un moulin à manioc fonctionnèrent l’un après l’autre, dans un premier temps. Puis des idées germèrent et se concrétisèrent: habitat, pompe à eau avec tuyaux, tissage du raphia, amélioration de l'agriculture et du petit élevage, introduction du gros bétail, commercialisation, foyer social, loisirs, construction de petits ponts et de lieux de prière, réduction des impôts et corvées…

Le 1er novembre 1962, paraît le premier numéro d'un bulletin au stencil, intitulé Savoir-Vivre, avec, à l’introduction, un mot du président Flavien. Soucieux de donner plus de solidité au mouvement, Flavien se rendra à Léopoldville, pour y faire approuver les statuts du Savoir-Vivre. Les bénédictions ministérielles n'aboutirent qu'à une approbation provisoire. Mais, depuis la capitale, Flavien lia connaissance avec des responsables du Fonds du Bien-Être Indigène (Belgique), qui acceptèrent de financer un projet de fourniture d'eau à plusieurs villages de la région.

La question se posa dès lors de savoir si l’ONG saurait gérer une aide extérieure aussi importante et inattendue. L'engagement que la population avait pris de s'impliquer dans des travaux de terrassement, d'extraction de pierres, de gravier, du sable, ne devait nullement se muer en un pur cadeau tombé du ciel. Des jalousies prirent corps et Flavien Mbelabuni fut arrêté.

Que lui reprochait-on? "D’avoir vendu la terre des ancêtres à des étrangers"! Il fut jugé à Iyene; on lui infligea une terrible peine celle de «la commande». Contre toute attente, même les membres de son village ne le défendirent pas, et il l'accablèrent sous prétexte qu'il avait usurpé le leadership du clan. Son tortionnaire fut un certain Mbongompasi, un dur, un sadique qui sera finalement tué par les militaires.

Flavien ne se remettra plus de cette terrible épreuve. Le 15 février 1966, au terme d’une rencontre à Mokala, à quelque distance de Laba-Impini, rentrant à la maison où il logeait, il s'affaissa et il tomba raide de mort; les soins prodigués aussitôt ne serviront à rien. Etait-ce une crise cardiaque? Il ne fut pas possible de le préciser. Le jour suivant, le père Vincent Kasaï, directeur du collège Christ-Roi et le régent, l'abbé Adolphe Mbulu Lwang, conduisirent le cercueil au village de Flavien. Jusqu'à ce jour y prévaut toujours l'opinion d'un empoisonnement. Il avait 36 ans. Il était marié et avait un enfant».

 

 

Bulu Albert et Londoni Jean, Nduye

 

Tabalo Léopold, Bourgmestre, tué à Rungu (1964).

 

Kuleyo Constant , Wamba

"Le 15 août 1964, après la messe pontificale dans une église bondée, les Simbas faisaient leur entrée à Wamba, sous des salves de coups de fusils et de mitrailleuses. À la sortie de l’église, l'administrateur territorial, Kuleyo Constant demanda une bénédiction à Mgr Wittebols, évêque de Wamba: "Monseigneur, ce sera peut-être la dernière fois", dit-il. Bon chrétien, de la famille princière des Avungara, il avait été élève au collège Notre-Dame, à Dungu.

Sur un signe du capitaine, les Simbas se précipitèrent sur l'infortuné et le martelèrent à coups de crosses et de bottes, puis sous nos yeux effarés, l'abattirent séance tenante à coups de fusils.

Peu après, le premier Simba parut à la mission et donna l'ordre aux missionnaires et à toutes les Sœurs de se rassembler dans la demeure de l'évêque. Nous étions 22 autour de Monseigneur, plus 16 religieuses.

Les jours suivants, la grand-place qui s'étend devant les bureaux de l'Administration territoriale devint le théâtre de scènes atroces. En présence de toute la population convoquée d'office, femmes et enfants aux premières loges, afin de mieux suivre le spectacle, tous les chefs indigènes, employés d'Administration, titulaires de postes importantes, furent abattus comme du bétail.

Le colonel qui présidait en personne cette boucherie avait à sa disposition trois pelotons d'exécution, le premier armé de fusils, le second de lances et le troisième de gros bâtons. Au gré du colonel, l'un ou l'autre de ces groupes de bourreaux fut mis à contribution pour procéder aux exécutions. Pour corser le spectacle, beaucoup de condamnés, avant de recevoir le coup de grâce, furent estropiés ou mutilés: on leur coupait tout ce qu'il est possible de couper à un corps humain, on leur cassait bras et jambes; un infirmier fut contraint d'écorcher vif un grand chef de tribu; plus tard cette peau sera portée en cortège à travers toute la chefferie, accompagnée d'un commentaire qu'un coryphée hurlera à tout venant: "Voyez ce qui reste de votre grand chef". En l'espace de trois jours, plus de 60 personnes furent ainsi massacrées".

 

 

Boyonga Vincent , Bumba + 1964

.

Bitorwa, Catéchiste tué par les Mulelistes à Walungu, en 1964.

 

Mubalama Joachim, Catéchiste tué à Walungu (Makwale), par les Mulelistes.

 

16 Février 1992

"Répondant à l’appel du Comité Laïc de coordination, plus d’un million de chrétiens, toutes confessions confondues, sont descendus dans les rues de Kinshasa le dimanche 16 février 1992. La Conférence Nationale Souveraine (CNS) avait déjà commencé à travailler avec efficacité, mais le pouvoir dictatorial en place avait suspendu ses travaux le 19 janvier. Blocage injuste! Les évêques de l’Église catholique, suivis en cela par les responsables d’autres confessions religieuses, demandèrent aux autorités politiques de laisser la CNS poursuivre son travail. Le dimanche 16 février, les communautés chrétiennes répondirent par une marche non violente. À la fin des messes du matin, des cortèges partis de différents coins de la ville et ayant à leur tête des prêtres et des pasteurs se dirigèrent vers des endroits fixés. Les marcheurs portaient en main rameaux, crucifix, chapelets et bibles et se déplaçaient en priant et chantant des cantiques de louange et d’action de grâces. Pour leurs parts, les forces de l’Ordre (Division Spéciale Présidentielle «DSP», Service d’Action et de Renseignements Militaires «SARM» et Garde Civile, ne manquèrent pas de travail ce jour-là. D’abord, comme moyen d’intimidation, elles utilisèrent le gaz lacrymogène. L’antidote était vite trouvé par des manifestants aussi résolus:des mouchoirs qu’on imbibait d’eau afin d’atténuer les effets du produit nocif sur les yeux.

Ensuite, il a fallu, à ces forces de l’ordre, passer à l’étape supérieure consistant à brutaliser et à tirer carrément sur les manifestants.

Le jour suivant, les médias officiels parleront de 17 morts, la Ligue zaïroise des Droits de l'Homme, elle, avancera le chiffre de 32 personnes tuées, tandis que les journaux de la place et «l’Organisation Médecins Sans Frontières» feront état d'une liste de 49 morts, établie, selon eux, par l'Hôpital Mama Yemo, de nombreux blessés et de 32 ecclésiastiques arrêtés, dont deux, de nationalité belge, seront expulsés".

"Un monument est à élever à la mémoire de ces martyrs de la démocratie. La tentation de récupération et de déformation des faits et l'opportunisme sont maintenant manifestes de la part de beaucoup de groupes qui n'étaient peut-être pas présents lors de ce drame". Que reste-t-il du sacrifice de ces gens-là? Dans un message signé le 15 avril 1992 par les Églises catholiques, orthodoxe, protestante, kimbanguiste et la communauté islamique - on peut lire : "Leur mort interpelle tous les Zaïrois et demande solennellement que, plus jamais, le sang des innocents ne soit versé"! Un événement qui peut aider les chrétiens à découvrir le sens profond de tout engagement dans la vie sociale: pas de fuite dans une spiritualité fictive, pas de déviation dans la violence ou la revanche.

 

Dangulu Watalusu. Âgé de 18 ans, élève mécanicien, il était très engagé dans les activités de la paroisse Saint André.

 

Diwoko Otshute. Il habitait le quartier Sanga-Mamba. Il fréquentait la paroisse Martyrs de l’Ouganda.

 

Kambolo Wanga. Chauffeur-mécanicien, 27 ans. Il était de la paroisse Saint Adrien.

 

Kondi Maselo Théophile. Il avait 22 ans Jeune chrétien de la paroisse Saint Adrien de Ngaba, Kondi Maselo était un animateur de foules. Pendant la marche, il encadrait les manifestants.

 

Kwete Ruphin. Originaire du Kasaï Occidental, né en 1953 à Kakenge, dans le territoire de Mweka.

 

Kyenga Tevo. Il habitait dans la commune de Ngiri-Ngiri. Lorsqu'il a entendu parler de la marche, il a pris la décision de partir avec le groupe de la paroisse Saint Pie X.

 

Henriette Lusangi. 45 ans, mère de neuf enfants. Elle était très engagée dans le groupe de la Légion de Marie de la paroisse Christ Sauveur, avenue Makiona, n° 10, non loin de la prison centrale de Makala, dans la commune de Selembao.

Le matin du 16 février, avant de se rendre à l’église, Henriette avait raconté à son fils aîné que pendant la nuit elle avait rêvé: des soldats tiraient sur elle à bout portant, ce qui engendrera une forte discussion dans la famille. Ses enfants, ne parvenant pas à la dissuader, s’en iront voir le curé pour le rallier à leur cause. Peine perdue.

Chapelet en main, elle s’empressa de rejoindre les autres chrétiens de la paroisse qui partaient déjà pour la marche.

Au croisement des avenues Saio et Kasa-Vubu, près de la boulangerie Maman Poto, deux cents soldats de la Garde Civile avaient barré la route aux manifestants en provenance de Bumbu et Selembao, leur interdisant l’accès à l’avenue Kasa-Vubu. Ils ont d’abord tiré en l’air pour ébranler la résistance des marcheurs. Ces derniers se sont d’abord mis à genoux levant les bras au ciel; puis, ils ont poursuivi jusqu’au croisement des avenues Kasa-Vubu et Birmanie, soit 500 mètres plus loin. Dans la foule, ils ont atteint mortellement un jeune de la paroisse St Antoine, Mpoyi Katumba Hyppolite.

Mais c’est à l’arrêt des bus du Marché Bayaka, au croisement des avenues Kasa-Vubu et Assossa, que la répression a été d’une rare férocité. Descendus d’un véhicule Pajero, des militaires ont tiré à bout portant et écrasé d’autres marcheurs avec leurs bottes. Les fugitifs ont tenté d’escalader les murs des parcelles environnantes, mais ont été pourchassés et traqués jusqu’à l’intérieur des habitations. C’est à ce moment-là qu’Henriette est tombée, foudroyée par une balle tirée par un ‘gardien de l’ordre’.

Ses funérailles ont été organisées à la paroisse qui a fourni cercueil et croix, tandis que l’enterrement a été assuré par l’Hôtel de Ville.

 

Lusangu Mazewu Anicet. Il résidait avenue Nyembo au N° 9, au quartier Righini, dans la commune de Lemba. Agé de 23 ans, et venu récemment en ville, il était nouveau à la paroisse Notre-Dame Reine des Apôtres.

 

Mafungu Mukodi. Né le 12 Avril 1956 à Songo, dans la province de Bandundu.

 

Mangala Bonaventure. Né en 1967 à Kinshasa.

 

Mbuyi Kabongo. Fidèle de la paroisse Sainte Trinité. Il avait 23 ans.

 

Mina Mathi Paul. Né en 1957, à Kinshasa, il résidait au quartier Kauka,  Sa dernière parole avant de rendre l’âme a été: «Continuez, Dieu est avec nous».

 

Mpongo Mazira Roger. Né en 1959 à Kinshasa, il habitait dans la commune de Kalamu et il fréquentait la paroisse St Joseph.

 

Mpoyi Hyppolite Katumba. Il est né en 1963 à Kindu et il résidait sur l’avenue Yasa n° 175, aux confins des communes de Ngiri-Ngiri et Bumbu.

 

Mupondo Stanislas. Chrétien de la paroisse Sainte Félicité.

 

Mutanda Matshiongo.

 

Ndjoku Mukoko. Fidèle de la paroisse St Marc.

 

Puati Bayona Bob (Petit Bob). Âgé de 9 ans, il habitait avec sa mère et son grand-père Avenue Wando n° 2, à Yolo-Sud, dans la Commune de Kalamu. Bob était en 4ème année de l’École primaire de Yolo-Sud.

Il a suivi le groupe des chrétiens de la paroisse Saint Gabriel. A un manifestant adulte qui lui disait de retourner à la maison, parce qu'il y avait des militaires qui en voulaient aux manifestants, l'enfant répondit : "Non, moi aussi je vais marcher comme vous". Lorsque les manifestants sont arrivés au croisement des Avenues Kapela et Université, ils ont été stoppés par une barrière de militaires.

La foule s'est mise à genoux en priant. Les militaires ont commencé à tirer. Tout d'un coup une balle a transpercé un oeil de l’enfant et est ressortie par la nuque. L'enfant est mort sur le coup. Les manifestants l'ont transporté à l’église Saint Joseph, à Matonge.

Ses funérailles ont été grandioses: pendant la veillée qui fut riche en couleurs, son grand-père avait ému tous les cœurs en disant: "Seigneur, je t'offre mon enfant pour la libération de notre pays". Avant l'enterrement et à la fin de la messe célébrée à cette occasion, la foule des fidèles chantait et criait: "Bob tu n'es pas mort, tu es à jamais vivant parmi nous!"

 

Songadio Baudrique. 5 ans, orphelin de mère, il habitait avec son oncle Avenue Banalia n° 43, dans la commune de Kasa-Vubu. L’enfant suivait le cortège des manifestants qui venait de la paroisse Christ-Roi vers le Rond-point de la Victoire.

Au croisement des avenues Gambela et Victoire, il a été atteint par une balle.

 

Tshioni Pembe. 14 ans, elle habitait Avenue Kikwit n° 48 bis, au quartier Kingasani. Elle est morte à l’hôpital Saint Joseph, à la suite des blessures causées par des balles.

 

Yeye Ngangwete Sébastien. Né en 1963, il résidait dans la Commune de Lemba.

 

Kadahanwa Bushaza Venant. Né en 1947 dans la province du Sud-Kivu.

 

————

 

Mahele Lieko Bokungu

 

BUNIA

On doit encadrer les témoignages qui suivent dans les événements qui ont eu lieu surtout dans l’Est de la RDC, à partir de 1997. Selon la Commission des N.U. pour les Droits de l’Homme, la RDC «était en proie à neuf conflits armés – internes, internationaux ou internes- internationalisés – dans lesquels étaient engagés six armées nationales et 21 groupes irréguliers. Un autre conflit, attisé par les forces armées ougandaises, opposait les ethnies hema et lendu».

Un Rapport de Human Rights Watch permet de mieux connaître la complexité de la situation: «La majorité de la population en Ituri n'est ni hema, ni lendu, les deux groupes ethniques dont les milices sont responsables d'une bonne partie de la violence actuelle. Mais tous les habitants de l'Ituri ont été forcés de choisir un camp et sont soumis à des attaques parce qu'on les pense associés soit aux Hema, soit aux Lendu. Le rapport qui couvre les événements des 12 derniers mois apporte des preuves, entre autres, d'un massacre de civils à Nyakunde, début septembre 2002, au cours duquel des combattants lendu ont massacré environ 1.200 personnes du groupe ethnique hema et de groupes apparentés. Sur une période de dix jours, les tueurs ont fait sortir les gens de chez eux de force et assassiné des patients dans leur lit, dans un hôpital géré par des services missionnaires. Selon les recherches de Human Rights Watch, le massacre de Nyakunde aurait fait considérablement plus de victimes que cela n'avait été envisagé initialement. En 1998 l'Ouganda occupa l'Ituri, une région riche en ressources minières et une importante réserve potentielle de pétrole. Les troupes ougandaises ne se retirèrent qu’en mai 2003, suite à de fortes pressions internationales. Au cours de cette occupation, les soldats ougandais ont fourni des armes et une formation militaire aux différents groupes ethniques, favorisant la propagation d'une dispute initialement limitée, entre les Hema et les Lendu sur des questions foncières. Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Mouvement de Libération (RCD-ML) s'est souvent associé dans le combat à la milice des Lendu et des Ngiti qui leur sont apparentés. Le Rwanda apporte son appui au RCD-Goma, un mouvement qui a fait scission du RCD-ML, qui fournit une aide à l'Union des Patriotes Congolais (UPC), une milice hema qui a récemment contrôlé la ville de Bunia en Ituri».

 

Véronique Dz’da. Elle est née à Iga-Barrière le 13 avril 1948, de Pierre Ngbape et de Thérèse Goy, dans une famille de sept enfants, dont six filles et un garçon. Orpheline de père à six ans, Véronique apprendra très tòt à s’engager pour subvenir aux besoins de ses cadets. Elle fréquenta l’école jusqu’à la deuxième primaire.

Baptisée le 29 avril 1948 à la paroisse de Drodro, elle a reçu la première communion le 23 septembre 1962 à la Paroisse Saint-Pierre Aumônerie, à Bambu et la confirmation le 12 novembre 1962 à la paroisse de Lita, diocèse de Bunia. Elle s’est mariée civilement et coutumièrement le 03 juin 1965 à Djugu, District de Kibali-Ituri; et religieusement, le 08 avril 1969 à la Mission Kanzenze, diocèse de Kolwezi, au Katanga. Mère de onze enfants, dont huit garçons et trois filles, elle était ménagère et cultivatrice.

Le salaire de son époux, un gendarme, devenant de plus en plus insignifiant, Véronique redécouvrit le travail de la terre qu’elle avait appris dans son enfance. Elle initia ses enfants aux travaux des champs et les bons résultats leur permirent, aux filles aussi, de fréquenter l’école. Elle faisait de son mieux pour les élever chrétiennement et encouragea son mari à embrasser la foi catholique.

Véronique fut assassinée lors du massacre des Hema à Nizi. Elle fut enlevée le 11 octobre 2002 et conduite de Nizi à Bambu, sur ordre de Tekpate et Mambo, commandants des milices de FNI/KOBU (Lendu). Elle a été exécutée non loin de la paroisse Sainte Thérèse de Bambu-Mines. Son corps a été brûlé.

Ce n’est que le 04 janvier 2003 qu’une rescapée, Dikanza Stella, qui avait été capturée avec Véronique, arriva avec la nouvelle de sa mort. On lui avait tiré trois balles, dont deux fatales: une à la tête et une dans la région thoracique. Avant l’exécution, elle avait été obligée de marcher avec un lourd fardeau sur la tête. Chemin faisant, elle avait plusieurs fois répété le mot’pardon’. «Que Dieu pardonne aux combattants Lendu pour les massacres commis jusqu’a présent. Vous me tuez, je n’ai rien contre vous, je vous pardonne pour tout ce que vous m’avez fait. Je demande pardon à Dieu et à tous ceux que j’ai pu offenser d’une manière ou d’une autre». Ceci dit, elle rendit l’âme.

 

Ndama Ruzangiza Ruphin Abunuasi, Uvira

 

Juma Pili Rumanya, Uvira

 

Munguhashire Pascasia

 

Bagaza Jean Pierre Kasombo, Masimaninba

 

Bienheureux Bakanja Isidore, Mbandaka