Que leur vie soit racontée

Zimbabwe

Bernard Mizeki

Né au Mozambique, vers 1861. A l’âge de treize ans il partit vers l’Afrique du Sud, à la recherche d’un travail. Au Cap il fut embauché par des Blancs. Il s’inscrivit aux cours du soir organisés par l’Eglise Anglicane. Sa conduite était sérieuse. Encouragé par ses enseignants - des Religieux de Saint Jean Evangéliste (SSJE, un ordre anglican connu aussi sous le nom de Pères de Cowley), il se prépara au baptême qu’il reçut le 9 mars 1886.

Il maîtrisait l'anglais, le néerlandais, le français, et plusieurs langues locales. Une fois terminée l’école, il accepta d’accompagner l’Evêque Knight-Bruce dans la région habitée par les Shona (aujourd’hui Zimbabwe), et d’y rester comme catéchiste. C’est à Nhowe, le village du grand-chef Mangwende qu’en 1891 il commença son apostolat. Cinq années fructueuses, car nombreux furent ceux qui demandèrent le baptême. Sa fidélité à la prière quotidienne et son travail dans les champs inspiraient de l’estime. Il développa une approche amicale de la religion traditionnelle: du grand  dieu shona, Mwari, on pouvait faire un égal du Dieu de la Bible. Cependant, certains responsables de la religion traditionnelle l’accusaient de ne pas respecter les coutumes ancestrales et d’avoir coupé des arbres ‘sacrés’. En 1890, la brusque invasion du pays mashona par des colons européens, «justifiée comme protection contre les razzias des Ndébélé, fut bientôt accompagnée d’occupation de terres, d’imposition d’une taxe pour les cases et de traitements sans respect. Cela a suffi aux Shona pour qu’ils considèrent leurs anciens protecteurs comme des oppresseurs». Pendant un soulèvement en 1896, des amis avertirent Bernard de s’éloigner. Il refusa, car il ne considérait pas son travail comme si c’était n’importe quoi et ne voulait pas abandonner ses convertis. Il fut transpercé la nuit du 18 juin 1896, près de son habitation. L'endroit de sa mort est devenu un centre de pèlerinages.

 

George Bherebhende. Catéchiste à la mission St. Boniface, Hurungwe. Au milieu des années 1970, surtout après l'indépendance et l'accession au pouvoir d'un régime progressiste au Mozambique, la guérilla, dirigée contre les fermes blanches et les nœuds de communication, s'est intensifiée. Jusqu’à la formation d’un gouvernement transitoire de coalition formé avec les représentants nationalistes et les élections en avril 1979.

Au plus fort de la guerre de libération, conformément à l’invitation de l’Evêque, le curé et les religieuses se retirèrent dans un endroit plus sûr. Les trois centres de prière de la paroisse furent confiés aux trois catéchistes, qui se retrouvaient à Karoi, une fois par mois.

Au cours d’une réunion, comme la situation semblait calme, le curé, P. Zinkan, sj, se déclara disponible pour visiter la paroisse et y célébrer la messe, le dimanche. George en informa les fidèles. Les guérillas l'accusèrent d’avoir arrangé la messe à la mission avec le prêtre blanc et le tuèrent, le 21/09/1978. Chez lui, à Mzitawombi. «Il est mort car il a voulu rester dans sa mission de Hurungwe et partager les dangers quotidiens auxquels étaient exposés les gens de la région».

 

Mujekedze Edson. Tué avec l’abbé Raymond Ruziwe Machikicho, quelques semaines avant les élections pour l'indépendance. Voici la version de leur décès faite par le journal national The Herald:

"Deux assassinés sur la route de l'église. Le matin du 1er février 1980, le curé de la mission de Gokomere, Fort Victoria, et Mr. Edson Mujekedze ont garé la voiture à l'école Zimuto Tribal Trust Land et sont partis à vélo vers une église. Le soir, on a trouvé la voiture calcinée et une note écrite par des soi-disant "Forces auxiliaires de la Sécurité", affirmant que les deux avaient été tués pour des raisons politiques.

A la suite d'intenses recherches, on a arrêté un certain nombre de collaborateurs de ZANLA, qui ont indiqué à la police l'endroit où les victimes avaient été enterrées. Elles avaient été frappées à mort avec des bâtons. Les charges qui pèsent sur les auxiliaires ne reposent que sur des hypothèses".