Principales Hérésies
des premiers siècles

   Les premiers siècles du Christianisme connurent de nombreuses hérésies, diverses dans leur formulation, mais qui, toutes, se rapportent au problème fondamental de Dieu, de la Trinité révélée par le Christ, de la personne du Christ et de sa mission. Le propre des hérésies est souvent de souligner une vérité, un principe, une idée avec tellement de force qu'à la fin on l'oppose à tout le reste, à la raison, à la tradition, à la foi. Avec le temps, le rôle de l'Église face aux hérésies s'est aussi précisé: elle doit montrer que la raison peut s'égarer sans la foi et que la foi inclut la raison. On peut dire que l'enseignement de l'Église a fait fonction de garde-fou.
   On ne saurait ici énumérer toutes les hérésies. Déjà saint Hippolyte (vers 220) a écrit un ouvrage monumental qu'on nommera Le Labyrinthe, où il expose et réfute toutes les fausses doctrines, toutes leurs variétés, toutes leurs dérivations: dix volumes, trente-deux hérésies! Tôt ou tard, l'une ou l'autre hérésie fait surface. On en retrouve plusieurs dans les doctrines de nombreuses sectes modernes.


ADOPTIANISME
. Doctrine prétendant que Jésus n'est pas Dieu. Il ne serait qu'un homme qui aurait été adopté par Dieu.

ARIANISME
(du nom d'Arius d'Alexandrie, 280-336). Nie la divinité du Christ. Le fils de Dieu, qui s'est incarné en Jésus, n'est pas éternel ni égal à Dieu le Père. Le Christ était une créature exceptionnelle, mais on ne peut pas l'adorer, puisqu'il n'est pas Dieu. Condamné au Ier Concile (Nicée) en 325 et au 2e Concile (Constantinople), 381.

ASTROLOGIE.
Puisque le monde terrestre semble absurde et que le malheur est le lot de l'humanité, il n'y a qu'une solution: laisser faire le destin, rigoureux comme le cours des astres. Par l'étude des astres et de leurs influences, on peut prévoir le destin des hommes.

DOCETISME.
Doctrine du IIe et IIIe siècle, ayant pour point commun la négation de l'incarnation du Christ: celui-ci est considéré comme ayant seulement revêtu une apparence humaine (Docétisme vient du grec dokein, sembler). Le Christ de Nazareth ne serait qu'un simulacre, une apparence de la Divinité. On retrouvera cette doctrine dans le monophysisme.

DONATISME. En Afrique du Nord, l'évêque Donat (+ vers 355), soucieux de la fidélité aux principes, n'admettait pas le baptême administré par d'autres églises et imposait un deuxième baptême; il faisait aussi dépendre la validité du sacrement de l'état de grâce du ministre. En homme "pur et dur", Donat défendait que la vraie Église était celle qui n'admettait pas de pécheurs dans son sein. Il combattait les évêques jugés trop 'miséricordieux'. Donat entraîna dans son schisme une large part de l'Église d'Afrique du Nord. Saint Augustin conduira avec succès la lutte contre cette doctrine.

GNOSTICISME. Grande hérésie du IIe siècle. Du mot grec gnosis, connaissance. Si Dieu est parfait et bon, d'où vient le mal? - se demandaient les gnostiques. Alors que les chrétiens et les juifs répondaient: "Le monde a été créé par Dieu, parfait, mais la faute de l'homme y a introduit le mal, rupture du projet de Dieu", les gnostiques affirmaient que le monde a été crée par une force maligne, une sorte d'anti-Dieu. Naturellement - puisque toute chair est fruit du mal - ils ne voyaient pas d'un bon œil le mystère de l'incarnation: le Christ ne saurait avoir pris un corps matériel, impur pas essence.

ICONOCLASTES. Chrétiens byzantins (VIIIe-IXe siècle) opposés à toute représentation figurée, jugée idolâtrique. Ils détruisent (du grec eikonoklastes= briseur d'images) les images du Christ et des saints. Les iconoclastes furent surtout les empereurs, l'épiscopat byzantin, l'armée. La querelle des images ne s'éteignit qu'avec le concile de Constantinople, en 843, rétablissant la légitimité de la vénération des images.

MANICHÉISME. Admet deux principes divins: le Bon et le Mauvais. Doctrine proche du MARCIONISME. Cf. note n.8.

MARCIONISME. De Marcion, un chrétien du IIe siècle, originaire de Sinope, au bord de la Mer Noire. "Pourquoi Dieu a-t-il fabriqué des scorpions, des serpents, des crocodiles?", se demandait-il pour souligner que dans la création il y a beaucoup de choses dangereuses ou mauvaises pour l'homme?
D'où la conclusion qu'il y aurait deux dieux, l'un, inférieur, le créateur, auteur des choses négatives; l'autre, qui est toute bonté.

MILLÉNARISME. Dans certaines communautés de l'Église primitive l'idée était fort répandue que le Christ ne tarderait pas à revenir sur la terre, majestueux et vainqueur. Cette idée, associée à quelque légende juive fixant à mille ans le règne temporel du Messie, liée aussi à une interprétation tendancieuse de l'Apocalypse, aboutit au millénarisme: Jésus régnerait en personne durant mille ans sur la terre avec les justes, lesquels jouiraient alors de mille délices, après quoi aurait lieu le jugement dernier. Les Témoins de Jéhovah se rattachent en partie à cette doctrine.

MONOPHYSISME. (du grec mono-physis, une seule nature). Dû à Eutychès (vers 378-453). Cette doctrine affirme que la nature divine de Jésus a absorbé sa nature humaine. Elle fut condamnée à Chalcédoine en 451.

MONTANISME. Dans un monde où le don de la prophétie s'était peu à peu fait rare, Montan, originaire de la Phrygie, à la fin du IIe siècle, annonça que le monde touchait à sa fin et que l'Esprit annoncé par Jésus allait apparaître. Il prônait même le refus du mariage pour préparer le millénaire prochain de la nouvelle Jérusalem.

NESTORIANISME. De Nestorius, patriarche de Constantinople (vers 380-451). Il voit dans Jésus un être double: une personne humaine dans laquelle le Verbe divin habite comme dans un temple. Pour lui, Marie est la mère de l'homme Jésus, non la mère du Fils de Dieu. Marie peut être appelée à la rigueur mère du Christ mais non mère de Dieu. Condamné au Concile d'Ephèse en 431, qui a proclamé Marie mère de Dieu, Théotokos. Le Nestorianisme gagna la Perse, l'Asie Centrale, l'Inde et même l'ouest de la Chine.

NOVATIANISME. A Carthage, un groupe de prêtres se révolte contre saint Cyprien, dont ils refusent d'admettre la validité de l'élection épiscopale. A Rome, peu après, on verra le prêtre Novatien, une des personnalités les plus éminentes du clergé romain, partisan d'une discipline pénitentielle impitoyable aux apostats, s'insurger contre le Pape Corneille, jugé mou (cf. Donatisme). Dans l'histoire de la communauté chrétienne les deux tendances s'affrontent souvent: on voit toujours face à face les rigoristes qui symbolisent l'exigence de la fidélité à la doctrine et les miséricordieux qui invoquent la dimension évangélique du pardon.

PÉLAGIANISME. Contre le manichéisme, le moine breton Pélage (360-422) exalte l'excellence de la création, la libre responsabilité de l'homme, sa capacité d'atteindre le bien. La perfection est possible sur terre. Cette doctrine minimise la portée du péché originel et le rôle de la grâce donnée par Dieu. Condamné au concile de Carthage, en 418.

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